Société

Viol pendant une téléréalité en Espagne : Carlota Prado victime

Viol pendant une téléréalité en Espagne : Carlota Prado témoigne

L’Espagne n’échappe pas à la téléréalité et confectionne son émission à la façon Big Brother. Une candidate, violée, se retrouve contrainte par la production à regarder son viol au “confessionnal”.

Une émission de téléréalité espagnole sous le feu des projecteurs

L’Espagne diffuse son émission de téléréalité appelée Gran Hermano Revolution. Comme chez nous avec Loft Story (entre autre), le concept consiste à enfermer des jeunes dans un appartement et à filmer leur vie.

La candidate, Carlota Prado, s’inscrit à cette émission façon Big Brother et ne s’attendait pas à être violée dans cet espace, sous les yeux de la production. Cette agression sexuelle a dépassé les frontières espagnoles et a fait écho dans de nombreux pays. Le cauchemar de Carlota Prado, victime d’un viol, n’a fait que commencer.

La candidate de téléréalité Violée sous les yeux de la production

Carlota Prado amorce une relation amoureuse avec un autre candidat José María López, comme dans beaucoup d’émissions de téléréalité où des couples se font et se défont. Lors d’une soirée, la production a fourni de l’alcool à flot aux candidats. Alcool illimité et gratuit, pas besoin de penser à trouver son SAM (l’adulte responsable qui restera sobre pour ramener tout le monde à bon port, vive la sécurité routière), la musique, les copains, l’ambiance décomplexée, bref, tout était là pour passer un bon moment. Sauf que … Carlota Prado abuse de l’alcool (comme d’autres) et finit ivre.

Sous couvert d’élégance, son “ petit copain” de la maison, la ramène au lit. Quel gentleman me direz-vous ! Et pourtant… José Maria Lopez la dépose au lit, se glisse sous les draps. Carlota Prado le repousse et formule un refus. Ca n’empêche pas cet homme de la violer en toute impunité, pendant de longues minutes, jusqu’à ce que les hauts parleurs de la maison retentissent.

Se pensait-il à l’abri de la loi dans cet espace intermédiaire ? Pensait-il que dans ce jeu toutes les règles étaient permises ?

La candidate de téléréalité contrainte de regarder son viol par la production

La nuit passe. Sauf que la production n’en reste pas là. Vous pensez comme moi, qu’avec tact, intelligence, psychologie, la production avertirait la candidate de ce qu’elle avait vécu ? Que cet événement traumatique serait une excuse suffisamment grave pour rompre l’isolement de la candidate et la faire accéder à l’aide dont elle aura besoin ? Pas du tout ! En plus de la violence de l’événement, la production préfère convoquer la candidate au “confessionnal”, cette pièce où le candidat est seul, face à un écran où on lui diffuse des images pour qu’il réagisse. Plus l’émotion du candidat est forte, plus la production se frotte les mains, puisque ça laisse à penser que le buzz ne sera pas loin. Audimat = argent. Ça en dit long sur notre société n’est-ce pas ?

La suite, c’est Carlota Prado qui le raconte dans El Confidencial

Convoquée, la candidate arrive au “confessionnal” sans savoir ce qui allait se passer. La production lui diffuse alors les images de son viol le 3 novembre 2017 alors qu’elle n’en gardait aucun souvenir. Bien évidemment, la réaction de la jeune femme ne se fait pas tarder. Elle pleure, demande la suspension de la diffusion de ces images, et pour cause ! Malgré les demandes répétées de cette femme, la production n’arrête pas la diffusion et lui demande même de commenter.

Les conséquences de l’agression sexuelle pour la production

La production décide de ne pas diffuser la scène au public. Mais ça n’empêchera pas que cet événement traumatique ne soit connu de tout le monde. Le viol de la candidate dépasse les frontières espagnoles.

La première des sanctions est financière pour la production. Plus de 40 entreprises se sont retirées de l’émission, ne voulant pas être associées de près ou de loin à ce scandale.

Endemol Shine Group, producteur de Gran Hemano Revolution, prend la parole dans un communiqué et regrette que la candidate ait été avisée de son viol dans le confessionnal. La production informe ensuite des suites données à cet événement. Le candidat a été expulsé du logement sous caméra pour “comportement inadapté”. La candidate, elle, a eu accès à un suivi psychologique. Entre rester dans cet espace clos et revenir dans la “réalité”, la candidate a préféré rester.

Pourquoi rester sur les lieux du crime ? Tout simplement parce que tout est fait pour que les candidats investissent ce lieu jugé “protecteur”, entre mi-fiction et mi-réalité. C’est un lieu indéfinissable qui donne la sensation d’être protégé. C’est ce que la candidate a pu verbaliser en parlant d’un “monde alternatif”, expliquant alors son choix de ne pas rentrer chez elle. Il ne s’agit pas de la juger mais simplement de comprendre qu’elle a eu besoin d’un temps nécessaire pour mettre du sens dans ce qu’elle a vécu, d’être aidée, protégée dans un temps pour avoir les ressources nécessaires pour se défendre.

La justice saisit par la production et la candidate

La production et la candidate malheureuse déposent plainte pour que cette histoire ne reste pas sans sanction. Les images de cette agression sexuelle sont suffisantes pour qu’une affaire judiciaire soit lancée contre le candidat, qui malgré tout, dément les accusations.

Des interrogations subsistent

Cette émission de téléréalité montre bien que les agressions sexuelles peuvent être perpétrées partout. Il n’y a aucun espace où les femmes pourront être en paix et vivre comme elles l’entendent. Sauf, que cette histoire, collera à la peau de cette candidate toujours associée à cette histoire. Comment pourra-t-elle avancer sans qu’on la ramène toujours à ce viol qu’elle a subi ?

Ce qui m’interroge aussi c’est la façon dont la production informe la candidate. Il n’y a pas plus violent. N’y a-t-il pas un autre procédé pour prendre cette femme et lui expliquer humainement que ce qu’elle a vécu est une agression et un traumatisme plutôt que de le faire en la forçant à voir des images qu’elle n’a pas demandées ? Il ne convient pas de la responsabiliser ou de la culpabiliser puisqu’elle est victime : elle n’a strictement rien demandé ! Mais il est à regretter que nous aurons plus tendance à se souvenir de cette candidate victime d’un viol plutôt que ce candidat supposé violeur… Je ne peux pas mettre d’autres mots tant que la justice ne sera pas passée car il est toujours supposé innocent tant que la justice n’est pas passée.

En France, nous avons tous le souvenir de Loana et de Jean-Edouard dans la piscine. Cette relation sexuelle, consentie, a été filmée mais jamais diffusée. Nous associons toujours ces deux personnes à cette histoire et réduisons tout à cela.

Comme quoi, le sexe est réducteur et entâchera toujours d’une quelconque façon les protagonistes. Soumis au regard des spectateurs et de la production, le sexe, la sexualité, interrogent toujours et restent une affaire de buzz à coup sûr.

Cet événement traumatique doit rappeler aussi que la consommation d’alcool ouvre la porte à des prédateurs qui n’hésiteront pas à se jeter sur des victimes qui seront moins en capacité de repousser leurs assauts…

Mises en garde

Nous sommes dans une société qui a tendance à imputer les responsabilités aux femmes en disant que si elle a été violée c’est parce qu’elle l’avait choisi. Mais de quel droit une femme ne devrait pas boire au même titre que les hommes ? De quel droit pouvons-nous nous prévaloir à lui dire qu’il ne s’agit pas d’un viol mais d’une atteinte sexuelle puisqu’il s’agissait de son petit copain ?

Les projecteurs ont tendance à être plus braqués sur les femmes plutôt que sur les hommes, en l’occurrence, de lui. Maintenant, laissons-faire la justice faire son travail et profitons de l’occasion pour sensibiliser encore et toujours aux méfaits de l’alcool et aux conséquences surtout psychologiques d’un viol…

Gardons aussi en mémoire qu’un viol peut aussi se produire dans la sphère conjugale.

A propos de l'auteur

Eloïse Chow

Titulaire d'un double master en psychologie, cette maman de deux filles trop mignonnes, est la co-créatrice du site. Elle y développe conseils, astuces et présente des bons plans. Quotidiennement, Eloïse conseille les parents dans leur rôle et les soutient tout en les déculpabilisant.

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