A force d’être assaillie par ce mot, j’ai décidé de regarder d’un peu plus près le phénomène du GEEK. Le geek d’aujourd’hui n’est plus le Screech de Sauvés par le Gong, boutonneux, gauche, très intelligent mais l’antithèse du cool qui n’arrivait jamais à se sortir une fille.

Evolution du geek

Les trois caractéristiques les plus récurrentes du geek étaient alors son amour de l’informatique en général, des gadgets électroniques en particulier, et des animes japonaises qui le conduisaient à se fixer dans la vraie vie de manière obsessionnelle et excessive sur toute fille asiatique aux cheveux longs et brillants (comme dans GTO). Cheveux gras et forcément très mal habillé, il passait toute sa vie dans sa chambre ou au club de robotique de l’école à essayer de transformer sa TI89 en oscilloscope entre deux sessions de jeux de rôles.

J’aimais bien ces geeks, leur supériorité discrète, leur décalage attendrissant et leur imperméabilité parfaite aux modes. J’ai adoré leurs versions féminines les plus connues, Daria, Willow dans Buffy, Max dans the L Word, et plus récemment Dwight Schrute de The Office (ok, c’est pas une fille).

Aujourd’hui, parle t-on bien du même geek?

Est-ce le même, celui qui achète Wired et même GEEK, “the coolest magazine in the universe” selon la rédaction? Bizarrement, il serait devenu conscient de son potentiel de crédibilité auprès des femmes, s’habille bien mieux, a le regard ombrageux et les cheveux fournis mais soigneusement entretenus dans un désordre charmant.

Il porte des Wayfarer au volant de sa Mini BMW et s’est fait mettre des verres neutres sur sa paire de Rayban ClubMaster qu’il a déniché dans un magasin vintage. Il change sans cesse de taille d’écran et va être le premier à acheter cette daube de Macbook AIR qui va surtout lui servir à aller sur MSN quand le Blackberry n’aura plus de batterie.

Très Web 2.0, il ne dit pas “je fais une pause” au boulot mais “je vais checker mes flux RSS”. Il fait de l’informatique cool, LUI, du web design, du graphisme, du Photoshop sur ses photos numériques, des blogs, des wikis et même de la musique électronique. Son discours est surtout axé sur le design des nouveaux gadgets high-tech, les caractéristiques techniques lui important finalement peu car il achète toujours les nouveaux modèles. Y aurait-il confusion des genres? Même si le geek a bien sûr tous les derniers gadgets à la mode, n’aurait-il pas une fâcheuse tendance à se déclarer un peu trop vite geek, à usurper cette appellation en espérant bénéficier de sa caution intellectuelle?

Les Geeks sont de plus en plus nombreux

Ils sont de plus en plus nombreux, alors, les geeks, ces gens trop forts qui savent brancher une webcam. Il semblerait que quelque part dans les années 2000, il se soit opéré une scission entre le geek hardcore et le nouveau geek, technophile léger et fruityloopser occasionnel, comme si le premier s’était créé le second comme avatar, dans un plantage revanchard et magistral entre la vie réelle, ses rêves et Second life.

Mais il a perdu de sa noblesse, il s’est vidé de son essence, le geek version 2020, car il est devenu une cible marketing comme une autre. Le geek met autre chose que des polos promotionnels “MS Office Developpers Conference, San Jose, 94″ ou des t-shirts avec une tête de loup au clair de lune et ne possède pas 5 disques durs externes comme son homonyme.

Il est le nouveau branché ciblé par Apple, comme dans cette pub comparative qu’on voit ici aux US, ou “PC” est un connard ringard et bedonnant à raie sur le côté, aux lunettes graisseuses, engoncé dans un pantalon à pinces qui lui monte jusque sous les bras. Tandis que “MAC”, « Apple » est un beau gosse a mèche , un mignon en jean délavé, un mec trop cool .

Le geek est la caution high-tech/internet de tout dîner mondain qui se respecte.

  • Alors on l’encense, on le coiffe, on l’arrange, on l’habille (le succès du style Geek chic, adapté aux filles, avec les lunettes en fausse corne qui mangent le visage, les chemises avec chaussettes dans des chaussures plates emblématiques, bien représentées par la collection Luella S/S 2007, est un indicateur non négligeable du quotient de hype de l’effet”geek” actuel).
  • Mais le vrai geek, le nerd, le vrai, que devient-il? Il se fait plutôt rare et discret, un vrai homme de l’ombre, contrairement a son avatar hype.

Comme il y a 20 ans, imperméable à tout courant autre que technologique, on le trouve souvent dans le noir devant Battlestar Galactica, ou dans la pièce réfrigérée des serveurs de son entreprise. Après son job d’admin réseau, il rentre à 22h, se lance une pizza micro pendant que le réseau chauffe : dans sa chambre ensevelie sous les câbles, les canettes vides et les goodies à l’effigie de TUX, son pingouin préféré, les serveurs “Jessica”( applications sous Debian), “Alexandra” (metadata), “Aloha”(données), “Lara” (musique : eurodance 90/transe/Celine Dion/Metal hurlant), et “Clara” (300 G de nanars/ films érotiques et mangas)) se mettent à ronronner, une nouvelle nuit peut commencer.

En attendant sa pizza, il se dit qu’il aimerait bien offrir un T-shirt à sa réceptionniste préférée, ou il a eu l’idée d’écrire “Roses are #FF0000. Violets are #0000FF. All my Hex words belong to you.” Mais il est trop timide pour le faire de toute façon. Sa pensée revient alors à son projet principal : il va bosser toute la nuit sur une nouvelle appli Smart Client sur Silverlight, car il pense que le workflow engine qui gère les business process de son entreprise est naze et il veut en créer un nouveau, tout beau et tout en NODE.js. Et puis, c’est comme ca que Bill, l’homme le plus puissant du monde et leur père à tous, a commencé dans son garage…alors on sait jamais.

Ma description peut être ironique, mais ce geek-là, le vrai, mal rasé, authentique, touchant et assez antisexe, c’est mon préféré : pour reprendre les mots de l’immortel Barry White, his “sweetness is my weakness”.

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