Clémentine, Léonie, Aline, Hugo, Thomas, Timéo … Je regrette tellement d’avoir tué ce tout petit bout de moi. Je n’ai pas avorté pour moi. Mais j’aurais dû penser un petit peu à moi. Penser à mon bébé, à mon bien-être.

ivg - avortement

Avoir avorté me fait sentir comme une meurtrière

Après mon avortement, je me suis sentie meurtrière, et meurtrie. C’est sûrement la pire chose que j’ai faite de toute ma vie. Parce qu’après tout, quelle importance que le papa & moi n’étions plus en couple, quelle importance de se poser la question de savoir si j’allais être une bonne mère ou pas … j’étais prête. Je le voulais très fort. C’était un désir encore plus fort que celui d’englober ma tête dans un pot de nutella, de faire des batailles de pop-corn, de sortir jusque tard dans la nuit … comme tous mes petits plaisirs.

Enceinte, j’en avais de nouveaux : acheter des suces, des biberons, sentir l’odeur du Mustela, Biolane, poser longuement mon regard sur tous ces bouts de tissus qui étaient si mignons sur mes poupées autrefois, et que j’imaginais ardemment sur mon futur bébé. Tellement de prénoms en tête, tellement de moments rêvés fixés uniquement sur un bonheur parfait entre ce petit être et moi. Une transformation s’est effectuée en moi dès l’instant où j’ai entendu son coeur battre au doppler : une sensation de chaleur, de tendresse, et déjà d’amour. Lorsque j’ai eu l’échographie de mon bébé entre les mains, j’ai compris ce que j’avais fait.

Toutes ces fantaisies étaient stupides de ma part. Quelle idée d’acheter mille et un objets de future maman attendrie, d’avoir voulu faire une échographie. Parce qu’après avoir tué mon bébé, l’unique chose que j’ai pu ressentir, c’est du dégout envers moi-même.

Idées suicidaires et dépression après un avortement

Je suis passée par tout ceci : auto-mutilation acharnée, perte de poids important, pleurs intensifs, séances douloureuses chez ma psychologue, cauchemars, insomnies, coupure avec le monde extérieur… S’en est suivie une dépression. Avec bien évidemment de fortes envies de mourir tellement mon acte me paraissait inhumain de jour en jour. Mon geste est irréversible, et la prise de conscience est ravageuse. J’ai appris à faire un noeud coulant. A mentir à mon médecin pour obtenir de lourds somnifères que j’ai collectionné. A me détruire mentalement. A ne plus savoir comment m’en sortir autrement que par ma mort.

Les remords peuvent perdurer longtemps après une IVG

Et un jour, à force de remettre mon geste absurde au lendemain, les semaines, les mois passent, et je m’en suis sortie. Mais pas un jour, pas un seul, quand je marche dans les rues, je ne peux m’empêcher de détacher mon regard sur un nourrisson dans les bras attendris de sa maman ; je ne cesse d’imaginer la vie que j’aurais pu avoir avec mon bébé. Comprendre que certaines choses ne peuvent être défaites peut vous enterrer vivante. Vous marquer tout au long de votre vie. Chaque 4 janvier, je sais que je culpabiliserais.

Des souvenirs ressurgissent lorsque la date fatidique approche

J’allais beaucoup mieux. Mettre un pied par terre, se laver, s’habiller, se maquiller, déjeuner, sont des choses qui me paraissaient insurmontables il y a trois mois. Mais aujourd’hui je faiblis. A nouveau. Puisque plus l’été approche, plus je sens que je vais avoir besoin de soutien : j’aurais du accoucher le début du mois de juillet. J’ai 22 ans, une conscience pesante, avec l’impression de ne pas avoir de répit.

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