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A votre santé, poor Yorick !

NDLR : L’ouvrage de Dan Predescu a été envoyé à leshumeursdeviolette par la rédaction de Ladies Room.

La préface (dithyrambique) laissait pourtant présager d’un bon moment. La Roumanie dans les années 80, donc sous Ceaucescu (l’Histoire pour les nuls, me voilà), “un rythme survolté”, humour noir au rendez-vous, un “récit témoin où l’imaginaire s’ancre dans le réel ou l’historique”… Sauf que.

A votre santé, poor Yorick !Dès les premières phrases le style de Predescu me gêne. Quelque chose sonne faux. Le ton est trop familier, et surtout sans réel intérêt. Plus proche d’un article de magazine que d’un roman. Bon. Je m’accroche ; je compte sur l’ironie, l’audace et l’insolence promises.

141 pages plus loin, j’ai eu l’ironie, une fausse insolence, mais j’ai surtout connu l’ennui. Le héros n’est ni sympathique ni antipathique. Juste inconsistant. On le connaît tellement mal (malgré quelques bribes de son passé), il paraît tellement inintéressant qu’on a du mal à se soucier de ses péripéties. Encore faudrait-il comprendre ces dernières…

Je ne suis pas une militante de la chronologie, mais encore faut-il que les allées et venues entre passé et présent soient claires… Le récit est totalement décousu. Non seulement je pense m’être méprise sur l’ordre de certains événements, mais cette errance m’a vraiment gênée. Quelle est l’histoire, au juste? Qu’a à nous dire l’auteur ?

Il n’y a aucune progression dramatique, aucun pic, juste un enchaînement plat d’anecdotes lassantes et paresseuses qui ne servent en aucun cas le récit, et finissent surtout par devenir agaçantes.

Ce qui m’a le plus déçue, c’est qu’il y avait vraiment matière à écrire un roman intéressant, touchant, interpellant. La vie sous Ceaucescu, les situations ubuesques dans lesquelles se retrouvent les personnages, un avortement…

Mais on dirait que Pedrescu n’a écrit son roman que pour des Roumains. On est exclu du récit, truffé de références qui pour nous ne signifient rien. Sans parler des jeux de mots intraduisibles à répétition que même les notes en bas de page ne parviennent à éclairer.

Sans donner un cours d’Histoire généraliste, il aurait pu davantage resituer le contexte, l’atmosphère de cette époque; cela aurait davantage humanisé son récit et ses personnages. Et surtout accru la portée de son roman. On pense forcément au film de Cristian Mungiu, dont la fiction était bien ancrée dans le réel. Dans un autre genre, Goodbye Lenin ! de Wolfgang Becker nous emportait avec ses héros, que l’on comprenait, sans pour autant avoir jamais vécu en Allemagne de l’est.

Et il faut avouer que le livre de Pedrescu supporte mal la comparaison. Le support n’est peut-être pas totalement comparable, mais je reste convaincue qu’il aurait vraiment pu faire mieux, s’il s’était donné un peu plus de mal.

2 Responses to “A votre santé, poor Yorick !”

  • *** on dirait que Pedrescu n’a écrit son roman que pour des Roumains ***
    Si Mlle Violette ne comprends pas, par exemple, le sens d’une scène dans laquelle un individu s’assied à la queue, dans le froid, pendant plusieurs heures, pour un petit paquet de beurre – et pendant ce temps il pense à l’utilisation du beurre dans Le Dernier Tango à Paris, c’est pas la faute du livre.

  • Voici encore un passage difficile à comprendre (page 79):
    *** Le sens moral est un ensemble de préoccupations possibles avant et après avoir épuisé l’attraction face à une personne du sexe opposé – ou, si on est homosexuel, face à une personne du même sexe. Sa manifestation pendant l’attraction susmentionnée serait l’indice d’une maladie quelconque (du corps, en général). C’est ainsi que je me suis trouvé les yeux rivés sur le plafond écoutant les nouvelles à la radio d’une oreille distraite. Je commençais à voir flotter, presqu’immobiles, des poissons colorés au-dessus de la Grande Barrière de Corail. Je suis différent du mec cinglé d’Orange Mécanique. Là, c’est la 9e symphonie qui l’excitait à un tel point qu’il lui fallait violer urgemment tout ce qui croisait sa route. Moi,c’est exactement l’inverse, le fait qu’une femme s’occupe de moi tout à son aise porte à mes yeux des visions paradisiaques,
    merveilleusement colorées.
    À un moment donné, les mouvements rythmiques des joues de Margot sur mes cuisses cessèrent et elle releva un peu la tête :
    —Tu as entendu ? Je savais que Jimmy Carter n’allait pas avaler cette histoire des Russes ! Puis elle continua son affaire.
    Elle deviendrait, après la faculté, commentateur de politique internationale, à Scînteia d’ailleurs, si je ne m’abuse. ***
    (Scînteia = le quotidien officiel du Parti Communiste Roumain à l’époque de Ceausescu)

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