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La bisexualité, ou le choix du non-choix.

En cette année qui s’achève, à l’heure où le bilan se dresse de jour en jour et se fait de plus en plus net, une question s’est imposée, celle de ma sexualité. (Et non pas celle de mon orientation sexuelle.) Sachant pertinemment que cette question est souvent occultée, je me permets, du haut de ma petite expérience, de tirer mes minuscules conclusions : faites-en ce que bon vous semblera.

La bisexualité, ou le choix du non-choix.Avant de vous perdre, un petit mot sur la nuance que j’admets entre ces deux termes : l’orientation sexuelle, à savoir être hétéro, bi, gay ; détail insignifiant dans ce tout qu’est la sexualité. Revenons-en à nos moutons. Attablée avec mes amis dans un café hier, voilà que leur réponse à ma question fut univoque : “Mais non Rose, t’es pas bisexuelle.” Ils n’en démordaient pas. Pourquoi ? “Non, mais tu peux être attirée par des nanas, y a pas de problème, mais franchement, arrête. T’es hétéro.

Fin de la discussion.

Bluffée, je n’ai même pas tenté de les persuader du contraire. Parce que tout jouait contre moi ! Aux prises avec les hommes les trois quarts de mon temps, parfois même plusieurs à la fois (pardonnez ma désinvolture), je ne peux décemment pas me targuer d’être de celles qui aiment aussi (voire exclusivement) le beau sexe, sauf si je tiens en plus à m’affubler d’une réputation qui, même si certainement honorable, me dépasserait très certainement.

Et pourtant la question reste entière. Peut-être est-ce ma curiosité, ma volonté d’introspection, ne pas vouloir partir du postulat “Mon devoir en tant qu’individu femelle est de m’accoupler avec un individu mâle.” mais aller chercher au fond de moi, essayer, douter, m’interroger, sur tout, tout le temps ?

J’ai donc tiré de cette période de quête intérieure les conclusions suivantes : après quelques années d’éveil sexuel, quelques sérieux blocages sur des nanas qui m’obnubilaient (mais alors royal !), des discussions avec des lesbiennes, le visionnage intégral de la série The L Word (fallait bien passer par là…), avec, en prime, mon incapacité à lier toute relation sentimentale (avec des hommes), j’ai fait mon choix : j’ai décidé de ne pas choisir. Je ne serai pas hétérosexuelle, je ne serai pas homosexuelle. Je serai bisexuelle, à savoir celle qui ne choisit pas, et se contente d’aimer, sans entraves, sans barrières. Selon moi.

Tant pis, les ami(e)s. Je ne me sens pas exclusivement attirée par les hommes, c’est un fait. Je ne me sens pas non plus forcément capable de coucher, un jour, avec une femme. Mais je ne veux pas épouser l’idée que les gens fomentent autour de ma personne, surtout si celle-ci est fausse. Je ne me retrouve pas dans la Rose hétérosexuelle que tout le monde voit. Je ne me retrouve pas non plus dans une prétendue Rose lesbienne qui serait cachée au plus profond de mon être. Alors, la bisexualité me semble être l’option la plus adéquate.

N’est-on pas avant tout ce que l’on est, avant d’être ce que nous voulons être ou ce que les autres voudraient  que nous soyons ?

23 Responses to “La bisexualité, ou le choix du non-choix.”

  • Bon, je n’en ai jamais parlé avec mes proches. Si j’avais à me définir, je me définirais comme une bisexuelle théorique, mais une hétérosexuelle pratique. Je me vois avoir des rapports sexuels avec une femme, mais pas de vivre avec elle. Je vis déjà avec 160 femmes, c’est ce qui me déroute de vivre avec une seule. Je suis très heureuse avec un homme, et s’il lui prenait l’idée d’un plan à 3 avec une autre femme, je ne dis pas non.
    Je me suis toujours dit que je coucherais la première fois avec une femme sans l’intervention extérieure d’un homme. C’est un souhait que je souhaite toujours réaliser, mais bon, ne trouvant pas de femme d’accord et qui me plaise…

  • Tout pareil. Tout, tout, tout. Ou presque. C’est dingue.

    Je ne pense pas avoir peur d’une histoire avec une femme, j’ai peur des histoires d’amour tout court, en réalité…

    Pour ce qui est de trouver LA fille (du moins la première), je pense qu’on sera d’accord sur le fait que seul le plus grand des hasards pourra nous aider, sur ce coup. Sinon, autant dire que nous ne connaîtrons jamais les joies du saphisme.

  • À moins que l’on s’accorde pour coucher ensemble… :p Non, je rigole…

  • Je cite ta dernière phrase : “N’est-on pas avant tout ce que l’on est, avant d’être ce que nous voulons être ou ce que les autres voudraient que nous soyons ?”
    Je la reprends et je peux dire : oui, on doit en faire une affirmation et moins une question.
    Pour avoir deux choses en moi que je veux dire à ma famille et à mes amis proches (surtout réels), je peux comprendre un l’envie de parler. Ceux qui ne comprennent pas, tant pis pour eux. Facile à dire pour quelqu’un qui garde son secret et avance à très petit pas.
    Et deux eh bien, tu as raison, rien à voir avec une question de sexualité. C’est d’abord question de sentiments. Et je sens très bien que je ne pourrai jamais être avec un mec. Mais sur les deux plans : sexualité et sentiment. L’orientation, comme l’identité, ça ne se discute pas. Si quelqu’un dit être tel/le, eh bien, on doit lui faire confiance, voire soutenir en cas de besoin.

    Christelle

  • Avatar de teo
    teo

    Hétéro ou pas, qu’importe ? Chacun a droit au bonheur, à son bonheur. Et tant pis si cela choque certaines personnes tierces.

  • @Storia : C’est fou comme le pragmatisme nous mène à des associations d’idées parfois incongrues… C’est ce que je me suis dit aussi, figure-toi. Si seulement c’était aussi simple, on coucherait tous ensemble dans la plus grande des liesses, ce serait énorme, bien plus beau que le rêve de John.

    @christellet78 : merci pour ta réaction! C’est vrai que c’est important d’en parler. La réaction de mes amis m’a un peu choquée, il a fallu que je me conforte dans ce que j’étais en l’écrivant, de peur de ne plus y croire moi-même et me laisser persuader d’une réalité qui n’est pas la mienne. Comme tu dis, ça ne se discute pas.

    @teo : Simple, concis, efficace. Et pourtant, ça écorche la gueule de beaucoup de gens encore…

  • A toi de trouver le chemin qui te convient. Je pense qu’il est rassurant pour les autres de définir notre identité sexuelle même si elle nous échappe…

  • @zazouu : Life is a journey, not a destination. Je compte bien m’égarer sur les grands chemins, du moment que je vois du pays… Ca me va. ;)

  • Egare-toi Rose et profite de la vie, pourquoi s’encombrer de carcans?

  • @coppelia : Bon, bon, bon, bah si tout le monde est d’accord… Je m’exécute !

  • J’adhère. Oui… va là où tu dois aller !!!!! L’essentiel est là.

  • C’est amusant comme cet article m’a touché. A tel point que j’en suis venu à m’inscrire au site pour pouvoir le commenter.

    Donc tout d’abord je tins à dire merci à l’auteur.
    Cela fait très plaisir de voir que je ne suis pas seul à avoir ce genre de questionnement dans mon coin. Car je suis très exactement dans la même situation ou plutôt dans celle en miroir je suppose.

    Je suis hétérosexuel au sens strict du terme. Je ne suis jamais sorti qu’avec des filles (vous aurez devinez que j’ai donc une certaine particularité par rapport aux lectrices classiques de ce site :p ) et je n’envisage pas changer. Pourtant je me sens bien à l’étroit dans cette définition de la sexualité et je ne vois pas pourquoi je n’irais pas tester de l’autre coté (en particulier si c’est ma chérie qui me le demande pour la commodité de trouver un partenaire pour le triolisme).

    Pourtant tout cela reste au niveau du fantasme (tout comme le triolisme pour moi d’ailleurs mais c’est un autre sujet). Vous pourriez me dire, mais est ce nos désirs qui nous définissent ou nos actes ?

    C’est surement un question intéressante mais je pense qu’elle cache un sujet plus vaste: pourquoi existe-il cette notion d’hétérosexualité et d’homosexualité ?
    Elles existent dans le langage et en ce sens influe sur notre notion du monde en nous poussant à la catégorisation et donc au jugement (nb: je n’utilise pas ici ce terme dans un sens moral).

    Personnellement mon expérience m’ont poussé à la conviction personnel suivante: ces notions sont fausses. Non pas qu’elles ne disent rien mais elles sont inexacte et ne cadre pas réellement avec ce qui se passe dans la réalité.

    Si on excepte la notion de famille et donc d’avoir des enfants, il ne reste que deux concepts importants:
    - l’ensemble des gens avec qui je peux coucher (pouvoir pris ici au sens de possibilité psychologique pas physiologique bien sur). c’est à dire tout qui je regarde dans ce que je pense sexualité.
    - l’ensemble des gens que je pourrais aimer. C’est à dire qui je regarde que je pense amour ou couple.

    Certain dirons que ces deux groupes sont les mêmes c’est possiblement vrai pour certain mais dans mon expérience ce n’est pas le cas. J’ai longuement discuter de ce genre de sujet avec un dizaine de personnes différentes et de chacun des 2 sexes et ec qui en ressort est la chose suivante:

    En ce qui concerne la sexualité, tout le monde est bisexuel.

    Bien sur 10 personnes n’est pas un échantillon suffisant (surtout qu’il ne comprend pas de personnes se considérant homo, un grave manque que j’aimerais vraiment régler), de plus je sais bien que le monde est constituée d’exception et que rien n’est simple mais à l’heure actuelle cela reste ma conviction profonde.

    Pour ce qui concerne les enfants je suppose que tout est plus compliqué mais n’en ayant pas et vivant avec quelqu’un qui ne veux pas en avoir je ne me considère pas apte à parler de ses conséquences.

    Donc pour résumer
    Non mesdames vous n’êtes pas seules à vous poser multiples questions ^^ et méfions nous tous de ne pas enfermer notre vision du monde dans celui des mots.

    et pour l’auteur je dirais: vis ta vie comme tu l’entends; le regards des autres doit être une échelle que tu gravis pour t’élever et te trouver toi-même mais pas une prison. Sers t’en pour te donner de l’énergie et du courage, pour t’élever et te canaliser mais ne laisse jamais cela t’arrêter.

  • désolé pour le pavé >_>

  • @hinode : Je dis merci au lecteur, moi !
    “Méfions nous tous de ne pas enfermer notre vision du monde dans celui des mots”, c’est sublime, c’est exactement CA.

    Alors voilà, merci d’être passé par là, merci d’avoir réagi. Beaucoup.

  • Rose H., personnellement je pars d’un principe simple “C’est l’individu qui compte et non pas son sexe”.
    Ton texte écrit simplement (c’est un compliment, pas du tout une critique) amène au débat sur la théorie Queer. A partir où on met un “mot” sur sa sexualité, elle perd tout son sens et sa richesse et fausse la vision que les autres pourraient porter sur soi.
    Il existe des mots comme hétérosexuel, homosexuel, bisexuel… parce que ça rassure, ça implique des limites. Ne pas pouvoir nommer une forme de sexualité fait peur. Je pense que l’inconscient, sa propre histoire et la mémoire collective y sont pour beaucoup. Mais dans la société actuelle, on progresse, beaucoup d’entre nous ont réussi à se débarrasser de leurs propres carcans ou à juste titre les ont utiliser pour arriver à une certaine forme de résilience.

  • Perso je me vois très bien tomber amoureuse d’une fille mais je n’envisage pas avoir de relation sexuelle avec elle à long terme. Car, pardonnez moi du terme mais j’aime trop la bite pour pouvoir de passe d’un tel instrument. Alors oui il y a des tas de possibilités, des objets mais c’est pas pareil quand même.. Alors je suis quoi ? Je pense profondément qu’on est tous bi au fond, pourquoi devrait on choisir un camp ?

  • En lisant ton article je me suis sentie “obligée” de laisser un commentaire. Comment dire l’histoire de ma vie résumée dans tes mots. Je n’en parle pas a mes amis pas vraiment pour les mêmes raisons que toi, je suis connue pour etre l’handicapee des sentiments de service, n’a “été” qu’avec des mecs mais au fond j’ai trop peur d’avoir une relation quelconque mais a quoi bon c’est ma passion qui me guide! Je comprend tout a fait quand tu parles des phases L word, obnubilé par certaines trouvailles, etc..
    Enfin je crois que le principal c’est d’être fidèle a soit même et puis par la force des choses on rencontre toujours des gens qui passent par la même chose que nous même si ce n’est qu’a travers le net.^^

  • @pheno : C’est pour ça que même me considérer comme bisexuelle ferme ce que je peux ressentir pour les hommes et les femmes, et conditionne l’image que les gens peuvent avoir de moi s’ils viennent à apprendre que je le “suis”. Mais pour que les gens comprennent, il faut forcément se mettre dans une case, comme tu dis (je connaissais pas la théorie Queer, je vais me renseigner) et je trouve ça dommage. Pourquoi ne pas laisser les gens aimer qui ils veulent quand et comment ils le veulent, simplement. :)

    @Stiletto : Effectivement, ma démarche est passée par la sexualité, ce que j’aime, ce que j’aime pas, et puis en fait je me suis rendue compte que c’était pas seulement physique. Je suis fascinée par les femmes autant que par les hommes, certainement plus par les femmes parce qu’elles me sont encore inaccessibles, et du coup je pense pas au fait que les hommes vont me manquer, ou qu’il manquera quelque chose à une relation saphique. Et j’imagine mal tomber amoureuse d’une femme sans avoir envie d’elle ; c’est pas de l’amour sinon. Non ?

    @LauraD : Une acolyte “handicapée des sentiments”, chouette ! Moi aussi, jamais en couple, toujours libre comme l’air parce que pas envie de perdre mon temps avec n’importe qui! Et on a bien raison d’agir comme ça! On voit bien trop de gens se mettre en couple pour la sécurité, le confort de la situation plus que pour une passion dévorante… Il faut pas forcément qu’elle soit dévorante, d’accord.
    Mais bon, ça devient de plus en plus difficile, parce que j’en viens à être moins sur mes gardes, parce que je rencontre de plus en plus de monde, tout simplement que j’ai envie de vivre à donf. Surtout de ressentir des choses.

    C’est pas horrible d’avoir envie d’aimer comme ça ?!
    Merci pour vos réactions Ladies.

  • Rose H. : il y a plein de bouquins là-dessus mais principalement en anglais, les américains ont 20 ans d’avance sur le débat.
    Tu trouveras facilement des illustrations dans les livres de Wendy Delorme. Sinon pour la théorie en question, mais plus complexe à lire, Judith Butler reste incontournable sur la question (ses livres se trouvent en français). Ce n’est que deux références, mais je vais pas faire une liste ^^
    Par contre, au départ, quand on commence à se lancer dans ce genre de lectures et que l’on a toujours fréquenté un environnement clairement hétéro – aussi ouvert soit-il – on a du mal à retrouver ses petits.

  • @pheno : Je prends le risque. Ca m’intrigue.
    A rajouter à la liste des dizaines de livres qui s’empilent sur mes étagères et que je ne trouve pas le temps de lire.

  • Je pense que la plupart des femmes sont bisexuelles tout du moins sur le plan affectif, le therme bisentimentale conviendrait surement mieux dans bon nombre de cas. On aime souvent d’un sentiment bien proche son jules et sa meilleure amie. La sexualité n’est qu’accessoire si j’ose dire. On essaye ou pas , on aime le faire ou pas , chacun trouve midi à sa porte comme on dit. Et puis rien empêche de faire des expériences… l’important c’est de s’y retrouver ou de se trouver tout court.

  • Vaste débat auquel je ne participerais sans doute pas. Mais comme je suis une fille généreuse, je vais partager deux liens sur le sujet.

    Maïa 1 : http://www.sexactu.com/2008/08/17/le-cul-entre-deux-chaises/

    Et Maïa 2 : http://www.sexactu.com/2010/02/19/mes-identites-sexuelles/

  • Je vais peut-être reprendre une phrase “gnian-gnian” pour certaines, mais “l’amour n’a pas de sexe”.

    Réduire un être humain à une catégorie “sexuelle” c’est assez dommage en soi, mais c’est la volonté de la société de vouloir tout catégoriser/répertorier (car ce qui n’est pas répertorié fait peur) ; et c’est pour cela que l’on marche dans ce mécanisme. Mais sans celui-ci et cette peur de certains d’être montré du doigt je pense que pas mal de personnes n’auraient plus peur d’exprimer leur sentiment et qu’importe le sexe…

    Aussi la “bisexualité” n’est pas une option, ni ne doit être une forme de “fatalité” sentimentale. Je sais à quel point il est compliqué d’y voir clair dans tout ça, mais se mettre dans une catégorie c’est se donner des limites, faut juste être soi et qu’importe le regard d’autrui.

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