Coeur

Je te hais mais je te pardonne

Je ne suis plus en colère. Je ne suis plus triste. Surtout parce que je me (re)découvre. Je ne suis plus en colère. Je ne suis plus triste. Surtout parce que je ne te crains plus. Je ne dis pas que cela a été facile. Bien au contraire. Ce fut un long chemin. Un trop long chemin, peut-être.

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J’ai tout réappris. Je suis repartie à zéro. J’ai appris que j’étais une personne à part entière, j’ai appris que j’avais le droit de choisir mes vêtements le matin, de choisir quand voir mes amis, de choisir ce dont j’avais envie de manger au restaurant.

J’ai réappris le quotidien, j’ai réappris à vivre sans l’angoisse de tes réactions, sans tes critiques quotidiennes, incessantes, sur chacun de mes petits choix. De la couleur de ma jupe à la garniture de ma pizza, donc.

Je ne suis plus en colère. Je ne suis plus triste. Surtout parce que je ne suis plus brisée. A peine fêlée, quelque part au fond. J’ai redécouvert des petites choses. J’ai redécouvert la normalité des relations humaines.

Sais-tu qu’il n’est en fait pas normal de devoir mériter qu’on nous adresse la parole le matin au réveil, au moins un sourire, pour les moins bavards ? Je l’avais oublié. Je crois que ce fut ma plus grande révolution.

Tes mots acerbes que je reçois encore régulièrement pour vérifier ce que je fais de mon corps ne me touchent plus. Mais les jours down, je voudrais te cracher à quel point tu n’imagines même pas combien il y en a eu depuis toi. Et combien, chacun à leur façon, ont pansé mes blessures.

Et sais-tu combien, parmi ces quelques dizaines auprès de qui je me suis réveillée, m’ont adressé la parole le matin ? Absolument tous.

Te rends-tu compte que pendant les 6 premiers mois, j’ai trouvé ça étrange ? Qu’avais-je fait de si merveilleux, pour mériter que l’on me parle le matin ?

Sais-tu combien ont monnayé ce privilège que de m’adresser la parole contre des faveurs sexuelles ?Absolument aucun.

Te rends-tu compte que pendant les 6 premiers mois, j’ai trouvé ça étrange ? Comment se faisait-il qu’un homme puisse m’adresser la parole avant même que je n’ai utilisé ma bouche ou mes mains pour sa jouissance à lui ?

Je ne suis plus en colère, je ne suis plus triste. Surtout parce que j’ai réappris à dire non. Cela semble un peu bête, dit comme ça. Moi aussi tu sais, je ne comprends pas très bien comment j’en suis arrivée là.

Mais depuis quelques mois, ces trois petites lettres, anodines, ont révolutionné mon quotidien. Je peux dire non, je n’ai pas envie, non je n’aime pas ça, non je ne suis pas d’accord. Et pourtant même quand je dis non, le pire n’arrive plus.

Je n’ai plus été mise à la porte après avoir dit non. Je n’ai plus jamais été obligée sous la menace de me lever aux aurores pour aller surfer un jour où j’étais malade, malgré le fait que j’aie dit « non, je ne suis pas capable ». Je n’ai plus jamais été contrainte de subir des colères, du mépris, du chantage, des menaces après avoir dit non.

Je ne suis plus en colère, je ne suis plus triste. Surtout parce que je suis libre. Je suis libre de ton mépris, libre de ta folie, libre de l’amour aussi que tu avais pour moi surement. Je suis libre aussi d’être redevenue moi. D’assumer d’aimer les jupes trop courtes et les pizzas au chorizo.

Je ne suis plus en colère, je ne suis plus triste. Je te pardonne. Je ne suis plus en colère, je ne suis plus triste. Surtout parce que je ne t’aime plus.

(cc) (OvO)

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