Humeurs

Bouillon de Kub’ture #12 : Instruments de musique genrés

Avec pas mal de retard, je vous souhaite une heureuse année 2018. Qu’elle soit prospère malgré les difficultés et qu’elle vous apporte la paix.

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En ce qui me concerne, je vais commencer l’année 2018 comme j’ai terminé l’année 2017 : en interrogeant le rôle de la femme dans l’art et dans la société. Parmi mes lectures sur internet, je suis tombée sur cet article d’Aliette de Laleu, journaliste sur France Musique, qui s’interrogeait sur la représentation des genres dans la pratique des instruments classiques (à retrouver sur Slate). C’est tout à fait le genre de papier qui fait écho dans ma réflexion.

Aliette de Laleu y explique à la fois la formation des préjugés liés à la pratique musicale à travers les siècles et l’évolution récente et lente à travers les divers palmarès des Victoires de la musique classique. En ce qui concerne les préjugés liés à la pratique musicale, le questionnement principal vient à la fois de la tessiture des instruments (on a du mal à visualiser une femme jouer du basson ou de la contrebasse) et de la représentation du corps féminin en public. Des questions archaïques de décence se posent quand une femme doit écarter les jambes (pour pratiquer le violoncelle et la harpe) ou insérer un objet dans la bouche pour souffler dedans (pour pratiquer la plupart des instruments à vent ou à bois ou des cuivres, d’où une pratique très féminine de la flûte traversière qui permet de ne rien s’insérer dans la bouche). Un corps féminin ne doit pas non plus générer du bruit non mélodieux – et cela rejoint la question des flatulences. C’est pour cette raison également que les percussions leur étaient interdites.

Bref, jusqu’à très récemment, les filles étaient cantonnées au chant, au piano, à la harpe jouée, au violon et à ne jamais se produire de manière professionnelle (genre à enseigner où à jouer dans les dîners mondains). Aliette de Laleu souligne encore cette évolution lente dans le fait que certains cours au conservatoire – elle donne l’exemple des bois, des cuivres et des vents – ne sont ouverts aux femmes que depuis les années 1970, voire 1980. Autant dire qu’on a attendu longtemps avant de voir une demoiselle succéder à Maurice André (grand virtuose de la trompette pour les non-initiés).

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Cela m’a fait réfléchir à ma propre pratique musicale. J’ai commencé la musique vers 3-4 ans avec le solfège, le chant et le piano. A l’aube de mes 35 ans, ça fait donc trente ans que je chante et pianote, presque vingt ans que je manie les instruments à cordes piquées (guitare, mandoline et dérivés) et neuf ans que je pratique les percussions. Cette dernière pratique, d’ailleurs, a pu enrichir tout l’enseignement que j’avais déjà reçu en combinant mes pratiques musicales et chorégraphiques. Quand je pense que les percussions étaient interdites aux femmes, et que, dans mon orchestre, il y a quand même une majorité de femmes parmi les pratiquantes, ça me laisse songeuse.

Il faut dire que les percussions brésiliennes, comme les percussions antillaises/africaines, invitent à la chorégraphie. Et qui sont les initiateurs de la chorégraphie dans le questionnement archaïques ? Les femmes. Dans les orchestres traditionnels de percussions, elles étaient bien souvent réduites à ça. Et le fait qu’on puisse danser tout en jouant des percussions vient, là aussi, d’une réflexion féminine. A ce titre, je prendrai l’exemple de Zalindê, orchestre exclusivement féminin qui a notamment collaboré avec Ibrahim Maalouf et Oxmo Puccino :

https://www.youtube.com/watch?v=TQq3k3sYmOI

J’adore ce qu’elles font, mais ça m’agace qu’en tant que filles, elles tiennent leur valeur ajoutée de leurs chorégraphies.

Même dans mon entourage, je vois certaines copines se lancer de manière spontanée dans le trombone, la batterie… et cela ne devrait pas être une exception ou un choix que l’on fait à l’âge adulte. Comme le fait de vouloir jouer de la harpe ne devrait pas être réservé aux princesses ou le fait de jouer du violoncelle aux bruns ténébreux.

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Chaque instrument révèle la personnalité de son joueur, et s’autoriser à être soi-même passe pour un.e musicien.ne par le choix de son instrument. 

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