Coeur

Mots pour l’inconnu(e)

Cher(e) inconnu(e),

Il n’y a bien qu’à toi que je peux raconter tout cela. Autour de moi, les gens essaient de comprendre mais ils ne peuvent pas. Et puis, ils essaient de te consoler et/ou de te motiver mais ils ne font que te rappeler l’échec quotidien… Je sais, ils pensent bien faire mais moi, tu vois, j’ai de plus en plus de mal à voir dans les yeux des autres ma peine quotidienne.

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Attends, tu vas me prendre pour une folle qui essaie de faire pleurer dans les chaumières si je ne t’explique pas. Avant tout, sache que les mots qui suivront ne sont pas plaintes et désillusions mais le simple besoin de t’écrire, à toi qui ne saurait me juger, vu que tu ignores qu’ici, moi, j’attends.

J’attends le jour où je serai mère. Deux ans, tu vois, deux ans que je l’espère ce mioche. Que je devine ses yeux, dessine ses sourires et l’imagine dans les gestes de mon Autre. Mais on n’y arrive pas. C’est la faute de personne mais c’est nous deux quand même. Moi, la trompe pas jojo et lui, les nageurs pas sportifs. J’avais l’habitude d’aimer nos imperfections (Meetic n’y avait même pas encore pensé) mais depuis peu, je ne sais plus…

Et c’est dur. Très dur. L’espoir, l’attente, l’échec. Et recommencer encore. Avec un peu moins d’espoir et un peu moins d’envie… en fait non. L’envie, elle est partout. Omniprésente, insidieuse et acérée. L’envie, elle est dans le RER quand un enfant me fait sourire. L’envie, elle est dans ma série préférée quand l’héroïne tombe enceinte. L’envie, elle est là quand je prends mon neveu dans mes bras ou quand je vois mon Autre jouer avec le fils d’un ami.

L’envie, elle te tue. Surtout quand tu entends pour la énième fois : « Alors, vous c’est pour quand ?» Ou encore « Dix ans de vie commune, vous ne vous ennuyez pas ? » Attends, j’ai pire : « Toi, tu n’abandonneras jamais tes chaussures pour les petits pots ». Déjà, je ne vois pas pourquoi je devrais choisir entre mes chaussures et des petits pots. Je veux dire, sauf erreur, ils ne servent pas à la même chose…

Il y a le doute aussi. La perte de confiance en soi. Parce qu’on a beau savoir que ce n’est pas de « sa faute » et qu’il faut continuer à se battre, la société et le monde entier ne te permettent pas d’oublier que quand tu es une femme 30 ans et mariée de surcroît, il est temps. Et puis on parle de nous, « les femmes sans enfants » et on oublie souvent l’espoir du futur père. Le coup de massue qu’il prend quand on lui dit que sa « virilité » n’est plus aussi palpable… Moins ardue, moins forte, donc moins homme. Ridicule ! On les oublie de trop ces hommes qui, tous les jours, font face avec courage et dignité à la souffrance de leur Amour en prenant bien soin d’enfouir la leur… Non par pudeur ou orgueil mais par Amour. Parce que c’est déjà trop, tu comprends. Il ne faudrait pas en rajouter…

Et la colère. La colère de l’impuissance face à la nature. La colère de se rendre compte que cette Nature a fleuri pour d’autres. Tu te dis que c’est injuste, que franchement elle pourrait te regarder un peu la Dame… Et que, si elle s’en donnait un tout p’tit peu la peine et touchait ton âme, elle sentirait que chaque souffle de vie que tu expires est tristesse et que chaque parcelle d’air que tu inspires est prière…

Il m’arrive de vouloir abandonner. Après l’année horrible en France et l’état du monde, je me dis que dans ma cervelle de femme pas complète, tout ne doit pas filer droit pour souhaiter vouloir voir un enfant grandir ici et comme ça. Pourtant tous les jours, l’espoir refait surface. Je ne saurais te dire pourquoi. Par défi ou dépit ? Par amour pour mon Autre sûrement. Je ne vais pas te dire qu’il le mérite parce que c’est subjectif et qu’en vrai, si ça se trouve, nous sommes de purs enfoirés. Donc le karma, toussa, ça vient te faire payer. Mais connards ou pas, l’amour à donner à ce mioche, on l’a. L’enfant. L’espoir. On l’aime déjà tellement dans l’absence que je me demande bien combien on l’aimera quand il nous gratifiera de sa présence… Vaut mieux trop que pas assez n’est-ce pas ?

Cher(e) inconnu(e), tu pourrais penser avec tous ces mots un peu désolants que je suis triste, mais non. Si tu lis bien, tu verras que je parle pas mal d’espoir… et cela, je voulais le partager avec toi. Toi qui ne me connais pas mais qui pourrais rajouter une étoile à mon ciel car quand on y réfléchit, c’est plus facile d’y croire quand c’est pour les autres… Et juste pour ça, merci.

(cc) Flood G.

2 Responses to “Mots pour l’inconnu(e)”

  • Bon, puisque tu en parles, j’ose un commentaire.
    Sujet délicat.
    La souffrance est protéiforme et diabolique.
    Comment pourrais-je essayer de te réconforter ?
    La vie est injuste comme tu le dis. Je t’adresse tous les encouragements possibles et je te souhaite, aussi, la sérénité.
    Comme tu le dis aussi, j’espère que l’espoir surpasse le doute et la colère.
    En gros… ça craint quoi, mais reste comme tu le fais : le poing levé !
    Bravo à toi :)

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