Coeur

Not guilty

Il m’attend comme d’habitude devant la fontaine qui n’a jamais changé, depuis le temps qu’on s’y retrouve. Ça va faire au moins 10 ans.

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10 ans qu’on se sent libres comme des gamins, autorisés à dire et faire toutes les bêtises qui nous passent par la tête. Ce soir c’est spécial, on s’est pas vus depuis des mois. Enfin si, mais pas tous les deux. Et se voir parmi la foule, avec elle, avec lui, ça revient à passer la soirée avec un cadeau qu’on ne peut pas déballer : on est content qu’il soit là, mais on sait qu’on ne peut pas accéder au meilleur.

Sauf que ce soir, c’est possible. Alors enfin on respire, on se prend un océan d’oxygène dans la gueule, et on commence à tout balancer : son insatisfaction chronique, mon mec qui veut toujours avoir raison, son besoin de folie, son stagiaire qui se croit en vacances, les gens qui me prennent pour une poire, ma soeur qui me culpabilise dès qu’elle peut, “Et si c’était pas le bon ?” “Tu crois qu’on peut savoir ?”, “Et si j’étais pas fait pour ça ?

C’est marrant parce qu’on parle de tout ça maintenant, en se retrouvant, alors qu’en réalité, ça n’a plus aucune importance. Ça ne fait pas partie du monde où l’on est, là, tout de suite. Pour l’instant, nous sommes dans un monde où il n’y a que nous, sans conditions ni comptes à rendre.

Alors on boit comme des trous, on se fait des potes, on bouffe bien, on loupe le métro, on teste des cocktails imbuvables dans des bars miteux encore ouverts, on drague les gens à côté de nous, on dépense l’argent qu’on n’a pas, on chante, on gueule, on re-bouffe mais mal, on danse et on ne ressemble à rien. On se dit qu’on s’aime trop, qu’il n’y a personne d’aussi génial que lui, que moi, et qu’on est les meilleurs.

Et puis comme là où on est il n’y a pas de règles, on s’en fout de s’embrasser. Parce que, qu’est-ce qu’il y a de plus naturel et de plus beau que d’embrasser quelqu’un qui connaît le meilleur comme le pire de vous-même ?

On est dans la rue en t-shirt alors qu’il fait 10 degrés, je suis sur son dos et j’ai envie que ça ne s’arrête jamais. Il me dépose en bas de son escalier, “T’es vraiment un bâtard”. Quand il rentre la clé dans la serrure, j’ai pendant une fraction de seconde un “merde qu’est ce que je fous” mais je n’ai même pas le temps d’y répondre. C’est parti comme c’est arrivé.

Ça s’accélère, ça devient flou, j’entends nos fous rires en bruit de fond et puis on touche le point ultime de l’interdit, de l’agir sans réfléchir.

Et croyez-moi, ce qui se passe ne peut pas s’appeler de l’infidélité. Parce que dans cette bulle qui ne contient que nous, on a le droit. On a tous les droits. C’est nous, mais c’est pas vraiment nous. On alors l’inverse. Je sais plus, on s’en fout. Ça ne compte pas. C’est notre monde, une parenthèse dans la vraie vie. Et c’est un putain de beau monde parallèle dans lequel chacun devrait avoir la chance d’aller quand il le souhaite.

(cc) ben haley

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