Histoires

Flamby familial #1

Je n’ai pas de souvenirs d’enfance ou très peu. Les photos, peut-être, viennent compléter une mémoire défaillante. Des photos d’anniversaire, immuables dans le jardin des grands-parents, des photos de vacances, en Corse, beaucoup, et des albums entiers des concerts familiaux, avec collection de vestes à épaulettes façon années 80, choucroutes capillaires et bustiers noirs. Et toujours, sur toutes, deux grosses joues, le teint frais, l’œil bleu et une petite bouche carmin.

8273611493_118e4b868c_kDe souvenirs véritablement, ceux qui ne sont pas une recomposition, ceux qui ne sont pas altérés par les récits familiaux, ceux qui restent les plus vifs, ceux qui ouvrent les couloirs de la réminiscence, je n’ai que ceux qui invitent à la dégustation. A chaque famille son roman culinaire. Entre interdits et rituels, transgressions et contrôles gastronomiques, le fil narratif se déroule et les papilles révèlent les cartes postales du passé.

Aujourd’hui, le flan. On n’y verra aucune allusion facile à l’état post-réveillon de nos tissus, mais bien le mécanisme inconscient du travail d’introspection gustative. Le flan donc : un entremets tout simple. Il était chez nous ce que la crêpe au sucre est à d’autres. Un dessert fait à la va-vite après le café du petit-déjeuner entre deux tartines beurrées, mais l’esprit toujours plongé dans les limbes du matin chômé.

Le pyjama encore froissé et les joues plissées, la spatule à la main, on touille mécaniquement l’appareil laiteux et si l’on n’y prend garde, la manche dudit pyjama y fera trempette. Enfourné, les parfums de vanille et de caramel imprègnent nos conversations matinales. Nous voilà installés dans une attente tranquille. Le temps de la cuisson au bain-marie, révélateur de la temporalité dominicale, celle qui s’étire, qui semble être suspendue mais qui nous amène pourtant inévitablement, sans cahot, au repas du dimanche soir.

Carottes râpées, jambon blanc avant, c’est au tour du flan, il fond, se dissout et nous fait glisser du dimanche au lundi matin sans crier gare. Vous avez des œufs, vous avez du lait, vous avez du suc’, vous avez un four, vous avez du temps, vous avez un flan.

Deux grosses joues, le teint frais, l’œil bleu et une petite bouche carmin.

Flan : 1 litre de lait entier – 20 morceaux de sucre (10 pour le caramel, 10 pour l’appareil) – 1 gousse de vanille – 5 œufs

(cc) Robyn Lee

 

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