Coeur

J’aurais bien aimé, mais non.

C’était un mec qui n’utilisait pas les smileys. Depuis notre idylle de deux jours et demi il y a trois ans dans un microcosme hôtelier, nos conversations virtuelles n’étaient que malentendus, incompréhensions et susceptibilités. Évidemment.

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Sans ces points-virgules et parenthèses, ou les – moins lourds de sous-entendus – deux points, je prenais toutes ses taquineries au pied de la lettre, je m’énervais, et je décidais de l’oublier. Et j’y arrivais. Et puis six mois plus tard, je repensais à notre micro-histoire réelle, j’étais nostalgique, je lui envoyais un mot sympa, auquel il ne répondait évidemment pas comme je l’aurais espéré. Et ça recommençait. Les phases de silence devenaient plus longs.

Et puis un jour, il m’annonce qu’il est de passage à Paris. Je ne sais pas si j’avais envie de le voir, d’autant qu’il me faisait des allusions douteuses. Je ne sais même pas pourquoi quelque part ça me fait quand même plaisir. Encore ce putain de célibat, ce putain d’ego qui a tant besoin d’être rassuré. Partant de la conclusion qu’il y a très peu de risques pour ma santé mentale et vaginale, je le rejoins 3 jours après, à l’Indiana du coin.

Et ça se passe bien. Une bonne surprise, pas de déception. Comme quand on s’était quittés. Je prends conscience du ridicule de notre époque, du jugement rapide qu’on peut avoir sur les gens suivant la façon dont ils vous écrivent. Comment j’ai pu le prendre pour un petit con à cause d’un manque de point-virgule. Alors que maintenant, il est en face de moi et que je ne peux pas m’empêcher de sourire niaisement.

Puis on va chez moi et ça se passe bien. Encore. Ça se passe si bien que j’aimerais pouvoir lui dire plein de choses. Que ça fait du bien. Que je sais que cette histoire ne mène à rien si tant est qu’il y en ait une, mais que ça fait du bien de se rendre compte qu’avec lui, ça aurait pu s’envisager si les circonstances étaient différentes.

Qu’il me sort d’un temps certain d’abstinence, et que ça aussi, ça fait du bien. Qu’il fait partie des rares mecs qui prennent le temps de vous considérer, d’écouter vos envies. Puis d’autres choses aussi.

J’avais envie de lui dire que j’étais soulagée ce soir, car le matin même j’avais eu des résultats d’examens médicaux me confirmant que non, je n’allais pas foirer mon été à cause d’une tumeur cachée dans l’autre sein.

Que le petit autiste dont je m’occupe m’avait appelée par mon prénom aujourd’hui, alors qu’il ne disait pas un mot il y a quelques semaines.

Que ma grand-mère allait un peu moins bien, que ma meilleure amie allait mieux, et que moi j’allais bien, là tout de suite, un peu grâce à lui, aussi.

Des choses qu’on dit à son mec, ou à un mec qu’on voit régulièrement. Un mec qui nous connaît bien. Un mec avec qui on a le droit. Sans flipper, sans flipper de le faire flipper.

Sauf que ce n’était pas possible. Tellement impossible que je ne me suis même pas posé la question, c’était évident. La réalité m’avait frappée avant même que je ne pense à ouvrir la bouche. Je me sentais un peu comme un enfant à qui on aurait offert son jouet préféré qu’il avait perdu il y a longtemps, mais que les piles adéquates n’étaient plus commercialisées dans son pays.

La prise de conscience que cette possibilité existait quelque part, mais que là tout de suite, je n’avais pas le droit.

Car c’était juste un mec à qui je pensais 10 minutes par mois, qui passait par mon lit entre deux avions, et sûrement entre deux histoires. Un mec que je n’avais pas vu depuis 3 ans, et que je ne reverrais probablement pas pendant un long moment.

J’aurais bien aimé pouvoir, pourtant.

(cc) Rob.

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