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Hasard…passé.

En pensant à lui à une fréquence de tous les 9 mois environ, je ne me demande pas vraiment ce qu’il est devenu, car je le devine déjà : il est probablement ingénieur dans une grande ville, faisant toujours tourner la tête des filles qu’il rencontre. Mais égoïstement, je me demande davantage si je lui plairais maintenant.

4456978157_57d66b1377_bS’il me trouverait jolie, avec mes boucles assumées et mes formes un peu mieux acceptées. S’il me verrait différemment, s’il se dirait que j’avais pris confiance en moi avec le temps. Bref, s’il me trouverait mieux qu’avant et s’il pouvait oublier l’adolescente timide et maladroite que j’étais.

Arthur Japanelli. Je m’en souviens comme si c’était hier. Dans notre petite ville du centre de la France, on avait passé 4 ans dans la même classe de collège, car on faisait tous les deux allemand première langue. Arthur était dans le clan des gentils, des gentils timides, qui se révélaient quand ils se sentaient en confiance. A la réflexion, je pense que c’était le cas avec moi. J’étais assise à côté de lui pendant nos longues heures de français et de latin. Avec moi il rigolait, on se moquait gentiment du prof, on se taquinait, il montrait la finesse de son esprit sans en faire des tonnes. Il était lui-même.

Comme c’était rare pour moi d’avoir ce type de relation avec la gent masculine, et qu’il avait de plus un très joli minois, j’ai forcément succombé. Déjà à cette époque, mes sentiments étaient décuplés par les encouragements de mes amis. Vous savez, ceux qui vous apportent la preuve qu’il est bien en train de se passer quelque chose, que vous ne rêvez pas. “Dis donc il a l’air de bien t’aimer Arthur, j’arrête pas de vous entendre rigoler en français !!” S’ensuit un sourire niais incontrôlable accompagné d’un “Ah bon, tu crois? C’est vrai qu’on rigole bien…”

Mais, comme lorsqu’on est une rêveuse comme moi, les choses ne se passent pas souvent exactement comme on le souhaite, la déception fut rapide. Il préférait cette petite blonde plus jeune que nous, qui avait déjà tous les garçons à ses pieds. Il apprit quand même la nature de mes sentiments, par une copine faisant office de messager, bien entendu.

Alors, il fit une pause dans notre complicité qui me parut une éternité, il était gêné, il redevint timide, j’en étais malade, pour que finalement, après plusieurs semaines, tout revienne à peu près dans l’ordre. Étant forcée d’accepter l’idée que je ne serai jamais dans ses bras, je l’ai donc observé de loin durant ces quatre années.

Comment il arrivait à faire tomber les filles sous son charme sans même le faire exprès, comment il créait des rivalités entre celles qui n’avaient toutes d’yeux que pour lui, et comment il avait l’air surpris de ce phénomène qu’il ne contrôlait pas. Et qu’on soit clairs, même si mon amour n’était plus officiel, je n’aurai jamais pu résister non plus si par miracle il avait enfin daigné me voir comme une copine potentielle.

Puis j’ai déménagé dans le Sud, et la roue a tourné, sans lui.

14 juillet 2014.

Je ne sais même pas pourquoi on a pensé que la foule pourrait être supportable. Les gens s’entassent, tout Toulouse est là. Je suis persuadée que je vais tomber sur un ex, sur un mec que je n’ai pas envie de voir, sur des connaissances de ma vie étudiante. Mais rien, aucun visage familier, aucun pote de pote.

Quand tout à coup, il apparaît au milieu de la foule mouvante. Nos regards se croisent, j’ai le cœur qui bat un peu plus vite. On se demande tous les deux si c’est bien ce qu’on croit. Je reconnais son sourire gêné que j’ai tant observé durant toutes ces années. Il baisse le regard et va pour partir, mais il n’en est pas question. J’avais mis une robe fétiche sans trop savoir pourquoi, et après toutes ces années, je voulais qu’il la voie. Oubliant tout ce qui se passait autour, je pousse sans m’en rendre compte ma meilleure amie pour soutenir son regard et aller vers lui.

- Arthur Japanelli ?

- Gaudon Camille ?

Nos voix tremblent presque, je peine à respirer, mais je n’en prends même pas conscience. On est là comme deux cons, à se dire que c’est incroyable (il habite à Lyon, j’habite à Paris et on se croise 15 ans après à Toulouse), à glousser, à pas savoir par où commencer, à répondre à côté de la question, à bafouiller… Mais on n’a le temps de rien. Il se fait emporter par la foule, je lui dis “Vas y, tu vas perdre ton pote sinon”. Il me dit au loin qu’il me retrouvera sur Facebook et il disparaît.

Je retourne voir ma meilleure amie, j’ai les jambes qui tremblent comme si j’avais approché une de mes idoles, et pendant les dix minutes qui suivent, j’oublie tout. Les gens autour de nous, ceux qui poussent, les bébés qui pleurent…

Je pars dans des aigus incontrôlables tout en la secouant : “Non mais t’as vu, t’as vu, c’est fou hein ?? Tu te rends compte le hasard, la vie??” Je me mets à sourire bêtement en me disant qu’il est quand même mignon de m’avoir proposé de reprendre contact sur Facebook, qu’il n’était pas obligé, après tout. Puis je réalise que c’est impossible.

Il ne pourra pas me retrouver, ce n’est plus mon vrai nom depuis des années. Alors qu’il avait pourtant retenu mon nom de famille après tout ce temps. Je rentre et bien sûr, je ne peux pas m’empêcher de le chercher, ça ne coûte rien. Peut-être qu’il a changé de nom, lui aussi.

Merde. Il a raccourci son nom de famille, mais je tombe quand même sur lui.

Ça signifie que maintenant, j’ai le choix. Ce choix qui me fait basculer dans les tréfonds de ma névrose. Est-ce que je le rajoute ? Est-ce que je lui envoie un message ? Est-ce que ça sert vraiment à quelque chose… ? Après d’étonnamment courtes tergiversations, je décide que non, ça ne sert à rien. Enfin peut-être que si, mais tant pis.

Ce qui est sûr, c’est que le moment le plus magique et surprenant de cette histoire vient de se produire ce 14 juillet.

La suite aurait été sûrement belle, mais prévisible : on se serait peut-être revus, on aurait bu un verre en se disant encore et encore que c’était fou de s’être rencontrés, je lui aurai fait comprendre subtilement ou pas combien il avait compté pour moi, il aurait fait son sourire timide, puis on aurait résumé 15 ans en 15 minutes, il m’aurait expliqué son métier, je n’aurais probablement rien compris mais fait semblant… On se serait dit au revoir en pensant qu’on ne se reverrait plus, vu la distance qui nous séparait…

Ça aurait sûrement été agréable, mais pas aussi dingue que cette rencontre fortuite après 15 ans. Alors mieux vaut rester là-dessus, sur ce souvenir d’un moment surnaturel, le souvenir que la vie est faite de surprises qui nous font trembler les jambes et battre le cœur.

J’ai remis mon vrai nom sur Facebook, quand même, au cas où…

(cc) Pink Sherbet Photography

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