Humeurs

Sérieusement, on fête quoi ?

Article sélectionné par Kwelet lors de sa semaine de Rédaction en Chef !

Nous sommes le 7 mars aujourd’hui, et Google nous l’a confirmé, demain, c’est la Journée Internationale de la Femme. Alors on se fait des pirouettes, on entend par ci par là quelques galéjades de nos copains, de nos collègues, de nos pères et frères, et certaines d’entre nous, probablement chanceuses, auront sans doute le droit à des bouquets de fleurs, même des cadeaux, comme pour célébrer… Pour célébrer quoi, au juste ?

sérieusementonfetequoiLoin de moi l’idée de vouloir casser l’ambiance, mais il est grand temps de se réveiller, Ladies. Une journée pour nous rappeler que nous sommes brillantes, conquérantes, vivantes, et l’envie de le scander sur tous les toits (et sur tous les fronts) ? Une seule toute petite journée ? On mérite bien mieux que ça ! La célébration de la femme, la célébration de toutes les femmes, doit avoir lieu chaque jour, et c’est à nous et seulement nous que doit revenir cette tâche.

Pour le reste, tant qu’à profiter de cette journée qui nous est consacrée, autant prendre la parole, pour la garder. La Journée Internationale de la Femme n’est pas si inutile que ça, de ce point de vue. Elle met en lumière que la moitié de la population mondiale est composée de femmes, et que cette belle moitié d’individus, majoritaire, continue inexorablement d’être opprimée, sur plusieurs plans, à différents niveaux.

Vous serez nombreuses à dire que non, vous n’êtes pas opprimée. Et vous aurez raison de le croire. Pourtant, vous vous trompez, et au fond de vous, vous le savez. Mais il est tellement plus facile de vivre avec des œillères, en considérant que “quand on veut, on peut”. Et on ne vous dira jamais, au grand jamais, le contraire.

Pour autant, les chiffres, vous les connaissez aussi bien que nous, ou presque : en France, les femmes touchent des salaires qui sont globalement inférieurs à près de 27% que ceux des hommes. Et parmi les personnes touchant le SMIC, 80% sont des femmes. Aussi, on compte parmi les femmes 39% de cadres, 27% de députés, 14% de maires. 4 femmes sur 7 quittent leur emploi après l’arrivée d’un enfant, contre 1 homme sur 7.

Des chiffres consternants, qu’on nous secoue sous les yeux des années durant, qu’on garde en tête, mais pour lesquels on pense ne rien pouvoir faire. Par flemme, parce que “c’est comme ça”, et qu’on estime souvent ne pas être concernées. Parfois même, on a le droit à cette réponse incroyable à laquelle on finit par croire à demi-mot : “Estimez-vous heureuses, au siècle dernier, vous n’aviez même pas le droit de vote.” C’est vrai qu’il y a de quoi se réjouir. De là le célébrer, il n’y a qu’un pas ?

De là à célébrer le fait que nos mères, nos grands-mères, nos aïeules se soient battues pour qu’on vive sur leurs combats, sans pour autant les perpétrer ? La lutte pour nos droits est constante, et elle est valable pour nous toutes, quelles que soient nos origines, nos convictions, nos orientations sexuelles. Mais cette lutte reste plurielle, et elle n’a de sens que si chacune, à sa propre échelle, prend la parole pour défendre sa propre vérité.

Parce qu’aux États-Unis, une femme risque désormais 60 ans de prison pour avoir tiré, non pas sur son mari agressif et violent, mais en l’air pour s’en défendre, et que c’est inadmissible.

Parce qu’en Espagne, les femmes risquent actuellement de perdre leur droit le plus entier à l’interruption volontaire de grossesse.

Parce que Malala Yousafzai, une enfant de 16 ans, a failli perdre la vie au Pakistan parce qu’elle a refusé de ne plus aller à l’école, refuser de taire les ignominies que subissent au quotidien ses congénères.

Parce que les lesbiennes en France n’ont pas accès à la Procréation Médicalement Assistée, contrairement à leurs congénères hétérosexuelles et à la promesse faite par le gouvernement en place à ce sujet.

Parce qu’une femme sur 10 sera violée ou a été violée au cours de sa vie.

Pour toutes ces raisons, et celles non citées par oubli ou par désespoir, la Journée Internationale de la Femme n’est pas une fête mais un rappel à l’ordre, Ladies. C’est l’occasion de se souvenir, dans nos vies bien remplies, qu’il y aura toujours beaucoup à faire pour améliorer les conditions de vie des femmes, partout dans le monde.

(cc) Dunechaser

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