Coeur

J’attends un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, plus du tout.

Savoir qu’on n’a plus rien à espérer n’empêche pas de continuer à attendre.” Marcel Proust

attendre

Ok. Mais attendre quoi en fait ? D’avoir le cœur qui palpite, les mains qui tremblent, la tête qui tourne, l’angoisse qui monte ? De se sentir vivant dans la douleur ? Dans la fragilité qui crée en nous des peurs et des pulsions incontrôlables ? De ressentir ce besoin d’appartenance à l’autre, de se nourrir de sa présence, de sa peau, de tout son être, de perdre pied en son absence.

Mais qu’est-ce qui nous pousse ainsi à croire au divin ? À croire que cette fois sera la bonne ? Voilà comment je vois les choses : ce sentiment d’amour que nous attendons toutes et tous, cette émotion que nous connaissons par cœur pour l’avoir ressentie déjà auparavant, et que nous avons vue s’envoler aussi vite qu’elle était apparue, n’est qu’une falsification de notre esprit qui, à ce moment très précis, manque sérieusement de lucidité.

“La manière chercheuse, anxieuse, exigeante, que nous avons de regarder la personne que nous aimons rend notre attention en face de l’être aimé trop tremblante pour qu’elle puisse obtenir de lui une image bien nette.” Marcel Proust

Il est rare de tomber en pâmoison pour un homme (ou une femme) que nous connaissons depuis toujours. On ne se réveille pas un matin en regardant cet autre que l’on connait par cœur et en se disant “Mon Dieu c’est lui (elle) !!!”.

Non, nous on préfère arriver comme le cheveu sur la soupe, à l’improviste, tomber, pour ne pas dire s’écrouler, sur la perle rare, cette personne inconnue dont on ne sait rien, juste que notre instinct animal (ou notre cerveau embrumé) l’a identifiée comme étant notre coup de cœur, pour ne pas dire notre coup de matraque. Et pourquoi cette personne croisée la semaine dernière qui avait tout pour plaire ne nous a pas fait du tout le même effet ?

Mais que se passe-t-il à ce moment très précis dans notre cerveau ? S’arrête-t-il de fonctionner, se met-il sur pause, analyse-t-il cet autre comme dans un scanner pour finalement reprendre ses activités en vous intimant l’ordre de ne plus répondre dorénavant aux critères que vous vous étiez fixés, ne plus chercher plus loin car c’est celui-là et pas un autre qui a été sélectionné pour pourrir votre existence ?

“La détermination dans notre imagination des traits d’un bonheur tient plutôt à l’identité des désirs qu’il nous inspire qu’à la précision des renseignements que nous avons sur lui.” Marcel Proust

Donc ok, nuls autres renseignements que son aspect physique, son regard, sa voix peut-être mais, à ce moment précis du coup de foudre (de matraque, de platane), – car c’est de cela que l’on parle hein ! – et bien ce sont nos émotions qui, démultipliées, vont aller rencontrer l’autre et recevoir, pourquoi-pas, un accueil chaleureux et nous revenir en pleine tête pour nous mettre bien tranquilles, perchés sur notre petit nuage le temps de quelques temps.

Et ensuite, quand reviendra la raison, quand notre cerveau bien installé dans son confort affectif n’aura plus sa dose de phénéthylamine, dit « PEA » (attention, il ne s’agit pas d’un plan épargne affection, on est pas dans la construction là, mais plutôt dans la toxicomanie, dans l’addiction aux substances chimiques et dangereuses pour la santé) et bien, à ce moment-là, sera venu le temps de partir à la conquête de nouveaux horizons, de chercher un autre platane sur lequel s’empaler (ne voyez aucune insinuation lubrique dans cette image) ou alors, croire au bonheur et se jeter dans le vide. Perso, n’ayant jamais pris de cours de chute libre, je serais d’avis de garder les pieds sur terre.

Spéciale dédicace à toi Isa, ma toxico préférée.

(cc) Seyed Mostafa Zamani

2 Responses to “J’attends un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, plus du tout.”

Répondre à Calliope Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>