Coeur

La beauté de l’amour, ou de ce qui y ressemble

Parfois, ce qui est beau, ce n’est pas ce sentiment dont tout le monde parle. Si ce n’est pas vraiment l’amour, ça y ressemble. Ça y ressemble à un instant précis, une période furtive, un moment qui semble avoir été  mis sur ralentis, des rendez-vous irréguliers, inattendus, une rencontre particulière, une relation spéciale.

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Ce n’est pas de l’amour mais c’est assez beau pour qu’on s’y attarde, qu’on y repense, qu’on en fasse tout un foin. Parce qu’à ce moment là, on a vibré. Un peu comme ce semblant d’histoire que j’avais avec lui.

Cette relation, elle n’avait pas de sens. Il était surtout beau. Moins bête qu’il n’y paraissait, mais quand même. Il débarquait dans la pièce, se recoiffait les cheveux en se croyant dans une pub pour un shampoing. Moi je riais en le regardant de loin… On se voyait, je lui disais qu’il fallait qu’il arrête d’en faire trop, qu’il était ridicule. Il m’envoyait balader en tapant là où ça fait mal. Je lui disais que c’était qu’un con, et je commençais à le frapper. Il me disait arrête, tu n’as aucune force. Puis on arrêtait, et toute cette gentille haine devenait sensuelle.

Il arrêtait l’élan de ma main et m’embrassait fougueusement. De ces baisers qui arrêtent le temps, qui font prendre tout leur sens au mot “savourer”, qui balaient absolument tout ce qui a été dit ou fait la seconde d’avant. Ma violence se transformait en tendresse. Celui qui était réduit à un beau jouet se métamorphosait en un être sensible, doux, qui me connaissait bien, qui était rassurant, et surtout terriblement excitant sexuellement. Après nos ébats aussi vifs que délicieux, nous étions apaisés dans les bras l’un de l’autre.

Il se livrait sans détours, me racontait ses douleurs, son mal-être qu’il cachait derrière cette façade en papier glacé. Il me disait combien il appréciait ces moments avec moi, où il pouvait enfin être lui-même, sans être jugé, et tout déballer. Moi je l’écoutais, le serrais dans mes bras tout en admirant ce corps qui était pour moi si familier, pour lequel j’avais tant d’affection à ce moment précis, tout en ayant la satisfaction égoïste de me dire que je l’aidais un peu, juste en l’écoutant. Puis on s’endormait.

J’avais l’impression qu’on avait toujours fait ça, que finalement c’était bancal et tordu mais que c’était lui mon mec. Car il se passait de jolies choses. Alors que cela n’arrivait que deux fois par an tout au plus. Le lendemain, il remettait sa parure de bellâtre maladroit et moi de fille arrogante qui pensait qu’elle méritait mieux. Et on se quittait sans être triste. Il avait été cette personne proche et intime qui vous manque quand vous dormez seule, j’avais été l’oreille qu’il cherchait et qu’il ne trouvait visiblement pas ailleurs.

Je ne sais pas si je me souviendrai longtemps de lui, mais voilà comment je voulais illustrer le fait que ce qui est beau peut être aussi, simplement, un arrêt sur images de quelque chose qui paraît pourtant insignifiant. Et l’écriture a ce pouvoir magique de le mettre en lumière, de le souligner. Régalez-vous maintenant avec ces textes et témoignages qui touchent, émeuvent, et nous rappellent que finalement, c’est aussi pour ces moments-là que l’on vit.

(cc) Photosteve 101

One Response to “La beauté de l’amour, ou de ce qui y ressemble”

  • Ça tourbillonne un max dans le cœur et dans le corps, cet article. J’ai horreur des mièvreries, vraiment horreur de ça, mais qu’est-ce que tu peux y faire quand t’es rien d’autre qu’un cœur d’artichaut qui fond à la moindre occasion ? Très, très beau texte. Merci !

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