Culture

la Vie d’Adèle, chapitres 1 et 2…

Suis-je réac’ ? Voici la question que je me suis posée après la projection. Pourtant ce film, je voulais le voir. L’ayant raté une première fois à sa sortie, j’ai profité du Festival du Cinéma de Télérama pour enfin le découvrir.

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J’avais mis de côté tout le battage médiatique sur la supposée tyrannie du réalisateur. Tout ce qui m’intéressait, c’était cette extraordinaire émotion que j’avais cru percevoir lors du visionnage de la bande-annonce. Ce film me promettait une histoire bouleversante entre deux êtres.

Une histoire d’amour entre filles ? Sauf que l’amour est ici invisible, inaudible, réduit à des représentations triviales, une enfilade de scènes de cul lesbiennes embarrassantes et filmées par le regard outrageusement masculin et hétérosexuel du réalisateur. Les scènes de sexe sont filmées sans aucune poésie. Elles sont crues, elles sont laides. Elles sont interminables et omniprésentes. Les plans sont quasi-gynécologiques, déballés avec une complaisance pénible. Ces interminables galipettes sont d’autant plus dérangeantes si on les mesure à l’aune de leur inutilité scénaristique. La logique de performance est juste irritante.

Et tout est du même acabit. Adèle pleure ? Il faut absolument que de la morve lui pende du nez durant de longues minutes. Car voilà, le réalisateur se veut être le fer de lance d’un néo-réalisme contemporain, mais n’est pas Pasolini qui veut. Il y a mensonge sur la marchandise, car de marchandise il n’y a pas. On veut nous vendre une passion qui ne s’exprime jamais ; les protagonistes ne vivent rien, n’ont à contempler que la passivité de leur personnage morne, ne tirent pas le moindre fil des pâles ressorts narratifs s’esquissant ça et là.

Certains passages sont par ailleurs risibles tant elles sont caricaturales : Emma est homo. Du coup, elle n’est pas maquillée, a les cheveux courts et porte des vestes en jean sans manches… Trois heures de banalités et de philosophie de comptoir (avec citations) sur un sujet tout juste digne d’un pauvre téléfilm. Ce film n’a, pour moi, rien d’intello, contrairement à ce qu’il voudrait être. L’histoire tient en quelques lignes. Deux personnes s’aiment. Elles se séparent. Elles souffrent. Fin.

Tout n’est cependant pas critiquable. Les actrices sont absolument époustouflantes de naturel. Et c’est peu dire que j’ai souffert pour elles… 

À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve…

2 Responses to “la Vie d’Adèle, chapitres 1 et 2…”

  • J’ai vraiment en horreur les articles très bien écrits qui descendent en flèche certains films.

    Mais vu la rage dans laquelle je me trouvais quand je suis sortie de la projection de la Vie d’Adèle, j’adore cet article.

    Je vais peut-être revoir ma copie sur les critiques que je trouve parfois vraiment trop acerbes, en me disant que parfois, le rejet est tellement fort que le sentiment l’est tout autant. Merci Johanna.

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