Humeurs

Ho diplôme, mon beau diplôme, dis-moi qui est la meilleure ?

“Aujourd’hui, en France, être diplômé est une norme sociale » estime Guy Brucy, professeur honoraire en sciences de l’éducation à l’université de Picardie Jules-Verne. « D’aspiration, le diplôme est devenu injonction. »

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J’ai 37 ans et je travaille depuis que j’en ai 18. 19 ans d’apprentissage aux métiers du commerce, de l’assistanat de direction aux achats, en passant par la création via des logiciels Adobe. J’ai pris l’option apprendre en travaillant car ça s’est imposé à moi, je n’étais pas faite pour rester assise à écouter un prof t’expliquer le pourquoi du comment, j’avais besoin de pratique et surtout de mon indépendance.

Quand je postule pour un emploi en région parisienne, oui parce qu’un peu de changement ça ne fait de mal à personne, ça permet d’évoluer, de visiter de nouveaux horizons et d’enrichir son expérience, et surtout d’éviter de stagner… on me répond (enfin, quand réponse il y a) qu’ils cherchent une personne avec au moins BAC +2 ! Et j’ai juste envie de hurler… ” Mais moi tocard j’ai bac +19, à quoi sert ce BTS, DEUG ou Dieu seul sait quoi d’autre, face à 19 années d’expérience du monde du travail ?! ”

J’ai fait toute ma carrière entre la Côte d’Azur et la région parisienne, mais ici plus qu’ailleurs la culture du diplôme est tenace. Aux Etats-Unis, par exemple, la méritocratie est tout aussi importante que les diplômes. D’autres critères sont pris en compte comme les qualités personnelles, la motivation, le dynamisme, la réactivité, la créativité et c’est ainsi que s’est fait le mythe du self made man.

Aujourd’hui, en France, et tout particulièrement en région parisienne, tu peux te lever tôt pour te faire tout seul, tu peux espérer longtemps qu’un éventuel employeur prenne le temps de savoir qui tu es, s’intéresse à ton parcours professionnel et aux compétences que tu as pu acquérir.

Il est entendu que pour certains corps de métier, des compétences très pointues et techniques sont nécessaires et en toute logique, le diplôme est le garant du résultat en entreprise. Mais dans mon domaine, c’est le mérite qui compte, le savoir-faire, le savoir être et surtout le fait de savoir gérer de vraies situations et d’en avoir tiré une expérience qui vaut tous les diplômes.

J’ai travaillé pendant des années aux côtés de jeunes diplômés qui ne comprenaient pas comment je pouvais exercer le métier « d’acheteuse » sans avoir « LE » diplôme. Ce à quoi j’ai toujours répondu :

-« Quoi ? Il faut avoir un diplôme pour claquer l’oseille de son patron ?… »

Mais en fait je pensais :

- « Pauvre enfant, si tu savais que lorsque tu passais ton bac j’étais déjà en train de faire ce job ! »

Aujourd’hui, je suis ce que l’on pourrait appeler une employée polyvalente. J’ai touché à tout dans toutes les entreprise dans lesquelles j’ai travaillé. Ce sont elles et ses dirigeants qui m’ont enseigné le monde du travail, mais surtout l’envie d’aller plus loin. Car on peut dire ce que l’on veut, mais on est plus serein avec 19 ans d’expérience qu’avec un BAC +4 et rien derrière…

Mais aujourd’hui, la culture du ” tous diplômés ” à été bien assimilée par les dirigeants des entreprises françaises, tant et si bien que ce petit bout de papier, « le diplôme », reste le meilleur ticket d’entrée pour un job.

(cc) Caro Wallis

6 Responses to “Ho diplôme, mon beau diplôme, dis-moi qui est la meilleure ?”

  • Bonjour Calliope! Ton article tombe à pique et me conforte dans mes choix. Dans le cadre d’un projet spécifique, j’avais une réunion de mise au point/information pour une VAE il y a quelques semaines. Voilà qui permet de faire reconnaître par un diplôme des compétences acquises sur le tas ou en autodidacte. Par forcément simple, on nous en dissuade parfois, mais en te lisant, je me dis que cela vaut le coup de s’accrocher et de ne pas perdre de vue ses objectifs. Merci!

  • hey oui Kwelet il n’y a malheureusement que la VAE pour les gens comme nous…bonne chance pour ton projet ;)

  • Oui, la VAE reste une des seules options possibles.
    Maintenant, même si il y a toujours une attente première en terme de diplôme, l’expérience est tout de même prise en compte. Enfin je suis peut-être influencée par ma propre expérience, mais disons qu’avec un Bac+5 et de nombreux stages car j’avais opté pour des “études professionnalisantes” plus que théoriques, quand j’ai commencé à chercher du travail on me reprochait toujours mon manque d’expérience.
    Tout ça montre bien la difficulté de trouver un travail aujourd’hui, quelque soit notre profil…

  • @ Calliope: Je te remercie, je suis confiant, ça devrait bien se passer. ;-)
    @ Plipli: Je suis tout à fait d’accord avec toi. Je privilégie largement l’expérience et le résultat d’un travail fait. Mais un diplôme sanctionne ta maîtrise d’un référentiel complet (et d’une terminologie associée) partagé au sein des “professionnels de ta profession”. C’est finalement son seul intérêt: une reconnaissance officielle d’un niveau atteint. Ensuite, concernant les reproches d’un employeur, il me semble que son intérêt étant en général de nous rémunérer dans la fourchette basse, il fera en sorte de pointer un manque, quel qu’il soit: un diplôme mais pas d’expérience, de l’expérience mais pas de diplôme, un diplôme et une expérience mais insuffisante… Tu as raison, c’est bien un parcours du combattant!

  • Effectivement, la plupart des recruteurs français n’ont plus le temps de s’intéresser au parcours des postulants ni à leurs capacités. Aujourd’hui, tu as beau avoir 19 ans de carrière, la première ligne de ton CV est quand même celle du diplôme, et c’est celle que l’on lit en premier. C’est une des nombreuses raisons pour laquelle les recruteurs ne prêtent plus aucune importance aux experiences pro…

    En plus, en temps de crise, aujourd’hui il faut avoir au moins 5 ans d’experience pour ne décrocher qu’un malheureux stage non rémunéré… J’exagère un peu, mais à chaque fois que j’ai dû chercher un job, c’est ce qui s’est passé…

  • Cela me fait doucement rire, cette exigence de diplômes bac + 4 / bac + 5
    Tous ces jeunes diplômés se retrouvent sbires de marques sur les réseaux sociaux (à comprendre community manager ou modérateurs)
    Comme si il y avait besoin d’un bac + 5 pour répondre “je transmets votre demande au service client” sur Twitter ou écrire des brèves pourries sur un blog corporate.
    Quand je vois ce qu’écrit deedeeparis sur Cosmo, du haut de son joli diplôme du CELSA ca vole pas hauts et mon ancienne boss qui a accumulé Hypokhâgne khâgne / ENS / Agrég de philo officie aujourd’hui comme rédactrice web à Closer.
    C’est pour cela que beaucoup de gens issues de la génération Y pètent un câble et s’en vont en Australie, Canada, Angleterre, effectivement. Il y a énormément de gens qui n’ont pas de diplômes et qui sont capables d’accomplir de grandes choses et la France ne profitera pas du succès de ces gens là.

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