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Cancer du sein : la question du dépistage

J’écris aujourd’hui pour vous parler d’un sujet un peu moins léger que les précédents. Mais devant tant de réactions de surprise, force est de constater qu’il y a un manque d’information à l’heure actuelle sur le sujet. Je n’écris cet article ni pour vous alarmer, ni vous inquiéter, mais surtout pour faire circuler des infos.

octobrerose

Dans les médias, les sites Internet, la presse féminine, et notamment pour la campagne Octobre Rose, vous pouvez entendre ici et là qu’il ne sert à rien de se faire dépister avant 50 ans. Que même si votre mère a été porteuse d’un cancer du sein, vous aurez à faire un dépistage environ 15 ans avant l’âge auquel votre mère a été diagnostiquée, mais pas avant, c’est inutile. J’entends ça autour de moi, chez les gynécos de mes amies, et chez la mienne également.

Le fait est que cette année, on a diagnostiqué à mon père, oui, vous avez bien lu, mon père, un cancer du sein. Car même si c’est très rare (1% des cancers du sein recensés et 0,5 % des cancers masculins), les hommes peuvent aussi avoir un cancer du sein. Ma mère en ayant également eu un  il y a une dizaine d’années, de stade 1, je suis rapidement allée voir ma gynéco, bien qu’ayant 28 ans. Revenant d’une récente formation ou congrès sur le sujet, elle m’a aussitôt dit : “Quand le père a un cancer du sein, c’est dépistage automatique”, et m’a prescrit une mammographie et échographie mammaire.

Je suis donc allée passer cet examen, sans véritable inquiétude car aucun symptôme et en raison de mon jeune âge. Mammographie, un peu douloureux, mais rien à signaler. Echographie, tiens ça fait super maaaal ! L’emplacement que l’échographiste me “chatouillait” cachait un nodule qui s’est révélé contenir des cellules cancéreuses. Tout petit le nodule, et donc de stade minimal du cancer, mais quand même.

J’ai donc dû me le faire enlever, ainsi qu’un ganglion sous l’aisselle (le ganglion sentinelle) pour vérifier que le cancer ne s’était pas propagé sur la chaîne ganglionnaire.

Aujourd’hui, je m’apprête à faire une trentaine de séances de radiothérapie, ce qui est le traitement minimal pour un cancer.

Ça n’est pas grave, ça n’a pas vraiment d’effets secondaires, ce n’est que 10 minutes par jour et ça ne change pas grand chose à ma vie, si ce n’est y aller tous les jours pendant 2 mois.

Je serai ensuite suivie tous les ans avec des examens (mammo, échographie, IRM), ainsi qu’un examen clinique tous les 6 mois. Bref, tout va bien, et je me dis que j’ai eu beaucoup de chance de m’être fait dépistée aussi tôt. Au moins, je minimise largement les risques d’avoir un cancer du sein véritablement déclaré, avec traitements et opérations chirurgicales bien plus lourdes.

Ce qui est étonnant dans cette histoire, c’est que même le personnel médical ne semble pas au courant qu’on peut avoir un cancer du sein aussi tôt, et que ça existe chez les hommes. Ainsi, ma nouvelle gynéco a pu me dire “Dites donc, elle a eu la bonne réaction votre ancienne gynéco ! Moi je vous aurais fait faire le dépistage 15 ans avant l’âge auquel votre père l’a eu”. Et bien c’est sympa madame, effectivement j’ai eu la chance de ne pas vous avoir alors.

Car peut-être qu’à 40 ans, ça aurait été trop tard pour moi… En même temps, quand on y réfléchit, une tumeur, ça n’apparaît pas tout d’un coup d’une taille d’une importance grave, non ? Je n’ai pas fait médecine, mais la logique voudrait que ça commence petit, et que ça grossit, à une vitesse, certes, imprévisible. S’il y a des femmes qui décèdent d’un cancer du sein avant 50 ans, comme récemment la talentueuse regrettée Valérie Benguigui, il est plausible (mais certes pas certain) qu’elles aient eu un nodule cancéreux de 6mm à mon âge.

Je ne vous parle même pas du dernier radiologue que j’ai vu : “Quoi, c’est vrai ?? À 28 ans ??” Non non mec, j’avais envie de te faire une petite blagounette là, de bon matin, histoire de te mettre de bonne humeur pendant que tu me tartines le bas-ventre de ton gel.

Heureusement, les gens qui travaillent dans les instituts spécialisés sont d’une extrême gentillesse, vous mettent à l’aise, vous expliquent tout, et sont super accessibles. Même quand ils vous mettent des aiguilles dans les seins (vous sentez rien, vive l’anesthésie).

Je suis peut-être un cas isolé, me direz-vous. Et bien, malheureusement, je ne pense pas. Certes, je fais partie des plus jeunes quand je vais à l’institut, mais il y a d’autres jeunes femmes qui ont dans mes âges également. C’est peut-être rare, mais il me semble que ça vaut quand même le coup de vérifier, car ça existe.

(cc) Michael D. Dunn

7 Responses to “Cancer du sein : la question du dépistage”

  • Merci beaucoup pour ton article Bolo, mille fois plus efficace que les chaînes de mails que nous recevons chaque année à cette période pour nous mobiliser autour de la cause ! Combien sont les femmes qui vont se faire dépister, moi la première ?

    Pluie de coeurs sur toi et ton père, j’espère sincèrement que tout ira au mieux !

  • Ça n’est pas rassurant, mais je suis persuadée que de manière générale, les médecins généralistes et une partie des spécialistes manquent d’informations importantes. Par manque de temps pour la veille et la recherche, par manque de méthodologie peut-être aussi. Mais dans tous les cas, je pense qu’il ne faut pas éviter à solliciter un deuxième avis et à suivre son instinct. Merci pour ce témoignage.

  • Merci pour ce témoignage très important pour nous les femmes. C’est vrai que le décès de Valérie Benguigui m’a fait réaliser que tous les cancers du sein ne se soignaient pas et que l’on pouvait encore y rester…
    Plein de courage à toi et ton papa pour les étapes médicales à venir et j’espère que tout ira pour le mieux très vite.

  • Pour ton questionnement sur l’apparition du cancer, voici la réponse. Le cancer n’ait et évolue selon les personne, il n’y a pas de règle. On considère cependant que les jeunes voient leur cancer évoluer très vite. Certains passe d’un stade “invisible” à plus avancé à la vitesse éclair. Il faut également mettre cette réponse en perspective de la pathologie et de l’agressivité du cancer. Sur ces “bonnes nouvelles”, je vais me coucher et laisser la vie passer.

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