Coeur

Cœur Polyvalent…

C’est un fait universel, l’amour fait la loi dans le cœur des femmes. On observe, regarde, tague, poke, chat et Instagramme à tout va. Jusqu’à LA rencontre. Et là, on y croit, on s’accroche, on se motive… Parce que ce mec-là, on le veut. Et d’ailleurs, on finit par l’avoir. Le love-planning se met en place : se montrer sous son meilleur jour afin d’être l’élue.

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Non, non, tu verras, je ne suis pas chiante, je ne suis pas Elle. Je ne ferai pas comme ta mère, ni comme ces idiotes qui ne comprennent pas que pour te garder, je ne dois pas t’étouffer. Je te cuisinerai des plats dignes d’un 4 étoiles. En nuisette mon amour. Avec des talons de 12, oui, cela va de soi.

Tu mangeras à ta faim, sur une table dressée en l’honneur de toi, mon indéfectible roi. Et après, après je te masserai les pieds. Parce que vois-tu, c’est une horreur ce qu’ils te font subir pendant la journée. Ensuite, j’enlèverai le masque de la maîtresse de maison pour enfiler délicieusement celui de la chienne que tu désires. Et je te laisserai me prendre, me mordre et me tordre. Je ne serai jamais repue de toi. Toujours à l’écoute de tes désirs. A jamais demandeuse de tes caresses.

C’est un fait universel : l’amour nous rend ambitieuse. Parce que femme moderne et femme d’aujourd’hui, on espère tout et on veut tout. La maison, le crédit, le chien et le dressing qui va avec. Le boulot qui renforce l’égo et le mec qui 5 ans plus tard nous donne encore le sza-sza-szu.

Et puis, on rentre un soir, et on le regarde, celui que nous avons choisi. Le tout, l’Apollon, l’amour de notre vie. Affalé sur le canapé en caleçon Celio, on sait qu’on a bien fait. Il a peut-être pris un peu de bide and so what ? Nous on fait bien la grève du poil alors. C’est tellement bon de l’avoir. Il nous fait rire, nous émeut, nous met en joie.

Et d’ailleurs, ce pet gras qu’on entend ?! Non, cela ne nous dérange pas. Intime jusqu’au bout de nous-mêmes… Les débuts, c’est fini. Il ne me dit plus « je t’aime » mais « j’ai descendu les poubelles », et pour nous c’est pareil. Nos copines célibataires en rigolent, mais on s’en cogne. Il est notre conte de fée moderne et pollué.

Et comme on est du genre 2.0, on se dit qu’Amour c’est pour tous les jours et que l’autre, dans le coin du bar qui nous fait de l’œil, il pourrait bien devenir l’encas. La douceur frivole, le carré de chocolat tant désiré… S’écarter du planning n’est pas si grave. C’est un peu comme la pause clope de 10 mn dans la journée de boulot : si le ministère de la Santé nous dit de souffler un peu c’est que ça doit être vrai… Et puis comme le ministère n’a pas précisé comment [et dans quoi] est-ce qu’il fallait souffler, ben on avise… Et puis on se dit que forte comme on est, on pourra s’arrêter quand on veut…
Hum douce erreur…

Et c’est comme ça que l’on se réveille un matin “propriétaire” d’Amour et de l’Amant. Ha l’amant ! Ha le veinard ! Lui, il a droit aux dessous affriolants et à la toison lisse. Et il a un truc qu’Amour n’a plus. Lui, il a le désir constant, le désir toujours puissant. Et puis arrive le hic. Et oui, le hic. Parce que la nana sans émotions et « multi-membres » ça ne marche que sur YouPorn. On finit par le vouloir aussi. Oh, ça va ! On le sait bien qu’il y a un deal, une loi de l’univers. L’amant est là pour la gloire & la beauté et nous voilà en train d’essayer d’y ajouter l’amour.

Putain d’amour, je vous dis. A s’insinuer partout comme une saleté d’ampoule qui vous empêcherait de porter vos dernières Minelli. Parce que vous finissez par l’aimer, oui. Pas du genre d’amour qui vous donnerait l’envie de quitter mari et brunch du dimanche pour suivre l’autre partout où le WiFi voudra. Pas de cet amour où l’on fait la liste des courses à deux : “Saumon ou potiron ?” “On le fait bientôt ce bébé ? Nan, Éowyn n’est pas un prénom valable pour notre fille, on n’est pas les Brandgelina…” “J’adore tes nouvelles chaussettes !” Non, pas l’AMOUR comme ça. (…)

Non, nous on aime les alentours, les contours que le pêché offre. On veut les sms où il nous dit qu’on lui manque. Le regard émerveillé quand on arrive “bonne” jusqu’au bout de l’orteil à notre rdv clandestin, parce que lui, c’est sûr, lui, il remarquera la nouvelle couleur auburn-noisette de nos cheveux. Normal, quinze jours qu’il nous espère le polisson.

Nous ce qu’on veut, c’est pouvoir se dire qu’après toutes ces années à vivre sur de l’acquis, on arrive encore à surprendre l’autre Mâle. Et l’on veut devenir l’univers parallèle où seulement notre sourire compte. Et il peut bien garder femme et enfants, on s’en cogne comme des tweets de Valls. Nous on a bien mari et Xbox à la maison.

Et puis, nature oblige, on redevient “nous”. On essaie de lui faire comprendre qu’il n’est pas un accident. Un accident c’est enfiler 12 Cosmo et embrasser le videur. Un accident c’est dilapider son salaire dans un Longchamp et dire « oups » à notre banquier quand il nous appelle. Un accident c’est tout sauf lui. Lui, on en a besoin. Pas tous les jours, pas à toutes les heures, mais quand même. Et s’il ne comprend pas, on fait une scène. Horrible, pathétique mais une scène quand même.

« Pourquoi tu n’es pas là ? Pourquoi tu ne m’appelles pas ? Pourquoi tu es en vacances ? Mais comment ça, tu as une famille ?! Mais moi aussi pardi ! Tu es énervé ? Tu m’en veux ? Ok pardon, viens, prends moi ! Non ? Tu veux être tranquille c’est ça ? Tu me rappelles demain ? Mais comment ça je te harcèle ?! »

Et il ne rappelle pas. Et on chiale. On chiale parce qu’on sait la connerie. Vivre un chagrin d’amour quand les ¾ de notre cœur appartiennent déjà à un autre, c’est pire qu’être con : c’est être un peu maso, voire suicidaire…

Mais on finira par l’essuyer cette larme, delete pour de bon. Être faite de passion irrationnelle a beau nous donner l’impression d’être vivante, la parenthèse finit toujours par se refermer. Parce qu’il y a Amour. Il y aura toujours Amour. Il a toujours été la réponse. Le problème, voyez-vous, c’est un peu comme Mr Allen : « on à des questions à toutes (ses) réponses »…

(cc) Shereen M

6 Responses to “Cœur Polyvalent…”

  • Ton article me fait hurler de rage. Vraiment. A l’image de ce que m’a dit un jour ma psychiatre : “Tomber amoureux, ça fait partie de la vie”. Non. Non. Et non. On devrait pouvoir vivre sans amour, ou du moins sans l’idée que la société contemporaine se fait de l’amour. Pourquoi je me retrouve alors à consoler mes copains et mes copines au coeur blessé ? Pourquoi ma mère m’a dit de m’accomplir seule ?
    Je ne suis pas énervée parce que je sors d’une déception amoureuse, bien au contraire, je suis en couple et très heureuse. Mais mon mec m’a clairement dit : “J’aurais très bien vécu sans te connaître”. Et c’est exactement ce que je pense aussi. Pourquoi ? Parce que ni l’un ni l’autre n’avons été conditionnés à l’Amour. Parce que la vie est tellement plus riche en ne se battant pas pour que l’autre tombe amoureux de vous. L’Amour est un accident, il vient, il part. Il ne doit pas être l’objet d’un combat, d’un calcul.
    J’ai aussi vécu une histoire où le désir s’est étiolé au point de le chercher ailleurs. Et c’est là que j’ai compris que le conditionnement amoureux était la pire des choses qui puisse arriver.

    • Hello Storia,

      Tant de fougue de ta part m’honore. C’est toujours assez génial de soulever un intérêt (quelle qu’il soit) chez les autres grâce à nos mots.
      Ceci étant, je t’avoue avoir relue plusieurs fois ton com’, ne comprenant pas bien d’où venait ta rage. Rage parce que j’ai écrit que « l’amour faisait la loi » ? Rage parce que pour toi la « société contemporaine nous conditionne à l’amour » ? Rage parce que… ? Ah là là, me voilà perdue. Évidemment que nous pouvons vivre sans amour !! Ce serait dommage sinon… Parce qu’évidemment il n’y a pas QUE l’amour. Mais je pense, humblement et sincèrement que même si l’amour n’est pas TOUT, il reste la pierre, le ciment de la vie. Et ta maman a bien raison, il faut s’accomplir seule. Mais il ne faut pas confondre, aimer et s’aliéner ou aimer et dépendance… « Je t’aime mais je me préfère » peut-être… l’amour n’est pas esclavage mais il nous aide à avancer. D’une manière ou d’une autre. Et l’amour, sans faire ma Lara Fabian est partout. Qu’on le veuille ou non. Mon propos dans cet article était simple : on cherche L’amour et l’on se dit que cet Amour nous suffira. Mais parfois non. Certains le cherche, mais le cherche vraiment parce qu’ils en ont besoin, parce qu’ils se sentent seuls… ce n’est pas à nous d’en juger parce qu’il y’’a une différence entre chercher à provoquer l’amour et se forcer à aimer. Pour ma part en tout cas. Je suis une amoureuse de l’amour. L’amour passion, l’amour calme, l’amour gigantesque… l’amour qui bat et qui vibre. Et je le cherche ici, ailleurs et à mille endroit. Non pas pour combler un manque mais pour accompagner ma vie. Et tu le dis toi-même, tu es heureuse ! Alors oui, si ton amour n’était pas là, tu serais aussi bien. Mais avec lui, tu as ce plus qui s’en fout un peu des pourquoi et des diktats. Et puis tu sais si l’on recommence à aimer alors que nous avons déjà pleuré, c’est parce que c’est bon de ressentir ça… et quand c’est bon, on essaie. Encore. Et encore. Et encore. Parce que finalement, a-t-on vraiment le choix ? Ce virus-là n’épargne personne comme tu dis, il ne se décide pas. Pour ma part, je n’ai pas la prétention de dire que je peux maitriser mon cœur… et puis d’ailleurs je ne le veux pas. Sans lui, je pense que je m’ennuierais.

  • Non, ma rage vient que tout nous conditionne à l’amour qui aliène et à changer par amour, que ce soit pour le trouver ou pour le garder. J’ai appris avec les années que nous n’avons pas tous la capacité ni la vocation d’aimer. Avoir peur de se sentir seul ? Il y a tellement de gens sur cette terre, et l’amour tel que la plupart des êtres humains le pense, pour moi, est une vaste fumisterie. L’amour se cherche ailleurs que dans le couple, il s’obtient dans la famille, les collègues, les amis, même dans le regard d’inconnus. Seulement, décloisonner l’amour est difficile, et je devrais peut-être arrêter avec mes conneries de catholique, je pourrais te faire croire que l’amour ne se cherche pas, mais qu’on le trouve.

    • Non, non ne t’arrête pas. D’autant plus que tu as raison: l’amour est partout (et surtout ailleurs, merci Meetic^^). Je suis d’accord avec toi, l’amour n’est pas seulement une histoire de couple. Mais mon article était sur le couple. Il n’y avait une fois de plus aucune prétention à viser “l’universel” mais à raconter… Par contre je ne te rejoins pas sur le fait que l’amour aujourd’hui est une vaste fumisterie parce que certains le cherche, se trompe recommence. Ce n’est pas parce que l’air du 2.0 nous étale tout sans pudeur qu’il faut faire des détours. Les codes ont changés mais le sujet reste le même.
      Parce qu Aimer sa fille ou aimer ses louboutins n’a tout de même rien à voir avec le fait d’aimer son compagnon ou sa compagne. Ne serait-ce que parce que les gestes, les mots, les envies de l’autre ne sont pas identiques. Ou sinon, je me suis trompé – et les lois et la morale aussi…Mais ma foi, c’est encore une autre histoire…

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