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La maison d’Ambre

Axe

La Gnomette rentre toute excitée de l’école : son amie, Ambre, l’a invitée à son anniversaire ! Ce n’est pas rien ! Depuis des années qu’elles se connaissent, elles ne se sont jamais invitées. Alors, faut pas se louper ! Ni dans le choix du cadeau, ni dans la ponctualité du rendez-vous.

La maison d’AmbreLe mercredi défini arrive enfin, j’embarque la crevette dans la voiture et direction… la maison d’Ambre ! Après diverses recherches, nous arrivons enfin devant une imposante bâtisse du 19ème siècle, style mas provençal mais d’une richesse qui laisse présager qu’elle n’appartenait pas à des paysans provençaux, mais bien à leur potentiel seigneur !

Légèrement impressionnée, je dépose la Gnomette mais décline l’invitation de la maman à entrer, devant déposer le fils au tennis. Peut-être au retour ? Ce sera au retour ! Il est 18 heures, les autres mamans et enfants sont partis, j’accepte avec curiosité de suivre Mme Ambre à l’intérieur de la demeure. Parce que… que les choses soient dites, c’est une demeure !

Ce n’est pas une maison, ni même une villa cossue, c’est une demeure de caractère, qu’on ne voit pas tous les jours, sauf si vous avez la chance de travailler dans un magazine de décoration. Les filles s’amusent encore mais le Gnome souhaite se joindre à nous pour découvrir ce lieu enchanteur et pour lui, qui vit dans un 75m2, somme toute, incroyable.

La visite commence par le jardin, dont la piscine à débordement en forme de haricot a malencontreusement… débordé, inondant d’une eau saumâtre (nous sommes en avril) les parterres de fleurs et les palmiers. Rien de grave, le jardinier viendra tout réparer.

Puis nous passons aux « pièces de vie » : un salon immense, un patio ou jardin d’hiver et une cuisine dans laquelle Maïté pourrait tronçonner tous les porcelets malchanceux qui lui tomberaient sous la main, qu’elle a lourde et charnue (soit dit en passant : les anglais ont Nigella, nous, on a Maïté… cherchez l’erreur !) Ze cuisine of maille drim ! Evidemment très grande, mais divisée en deux zones distinctes : le coin cuisine à proprement parler et le « coin repas ».  Si l’on peut parler de « coin », une pièce qui fait dans les 40 mètres carrés !

Et au milieu trône une cheminée ! Majestueuse et pleine d’usure. Dont l’âtre endormi et décoré semble nous inviter à faire rôtir en son ventre, quelques, ô certes petits, chevreuils ou sangliers…

Elle est belle, cette cuisine, n’est-ce pas ? Me demande la maman.

- Belle ? Elle est magnifique, vous voulez dire !

- C’est un des arguments de vente… Mais je ne cuisine pas… 

Nous prenons l’un des deux escaliers présents dans la maison et passons à l’étage… Enfin… Au premier étage. Là, s’ensuit une enfilade de pièces, chambres, bureaux, tous plus élégamment décorées les unes que les autres. Avec toujours la maman, une hôte sincèrement très agréable, me faisant (NOUS faisant, le Gnome suivant toujours) l’apologie de cette bâtisse en vieilles pierres de taille.

Chaque pièce a son histoire, chaque recoin nous raconte des rires d’enfants, des cachettes à n’en plus finir que Madame nous détaille, en véritable amoureuse de cet endroit. Et je passe, ébahie, ébaubie, d’un étage à un autre. Celui-ci est pour deux de ses quatre filles. Le dernier est pour ses deux plus grandes. Chaque fille profite donc d’une aile entière, avec sa salle de bain personnelle et son dressing.

Tout est en pierre taillée et j’ai beau regarder, pas question ici de meubles Ikéa ! Même pas une table de nuit ! Même pas une armoire de salle de bains… Même pas une tablette de salle de bains ! Le Gnome nous suit ; silencieux, il admire, ouvre de grands yeux. Nous arrivons à la chambre des maîtres de maison. La maman m’informe qu’ils sont en pleine réfection et ouvre une porte donnant sur une pièce de 50 mètres carrés, emplie de gravats, les murs nus et gris, au sol brut cimenté.

Elle me désigne un endroit surplombant la chambre, auquel se greffera un escalier. Ici sera la salle de bain. Tout est à l’imaginaire, bien sûr ! Il faut envisager, se projeter ! Le Gnome et moi, nous nous projetons ! Nous nous projetons même drôlement bien dans cette pièce qui fait les ¾ de la superficie de notre appartement ! Notre visite s’achève et nous redescendons enfin au rez-de-chaussée.)

- J’ai une autre merveille à vous montrer ! 

(Encore ? Mais est-ce donc possible, m’étonnais-je en dedans moi.)

Elle se dirige, alors, vers une petite porte, qu’elle ouvre avec noblesse : des toilettes… Mais visiblement, pas n’importe quelles toilettes. La pièce fait dans les 7 mètres carrés. La maîtresse de maison m’explique que c’était une ancienne cave à vin et qu’ils avaient souhaité en conserver les carreaux, notamment.

Ceux-ci ébréchés, vieillis, usés, donnent une impression de vécu, de vrai, tout ceci rehaussé par un ensemble WC / lavabo en faïence, au découpage harmonieux, renforçant l’illusion de l’ancien. Je m’exclame : « Wouhaou ! En effet, ça rend bien le côté ancien… ». C’est à ce moment-là que mon Gnome rentre dans les toilettes. Et là, le peu de vernis que nous avions pu mettre sur notre appartenance à la classe moyenne de la société, s’effondre !

La bouche grande ouverte, il s’exclame, consterné :

« Oh là là ! Mais c’est pourri, là-dedans ! Vous auriez quand même pu refaire le carrelage ! Déjà, votre chambre, j’ai rien dit, mais franchement, c’était pas génial ! Pas de carrelage par terre, même pas de tapisserie sur les murs ! Une salle de bains, soi-disant, je sais pas où vous avez bien pu la voir, mais moi je n’ai vu que du béton ! Le reste est un peu vieillot, à part la chambre d’Ambre qui est cool, mais bon… Mais alors là, c’est le pompon… Remarquez, après tout, c’est des WC hein… Pas besoin de refaire la déco ici, finalement. »

Tout ça balancé d’une traite, avec en arrière-fond, une MOI, aux yeux écarquillés, essayant à coups de « Mmhh, heu, oui, non, attends… », de stopper le débit oratoire du fils pour qu’il se taise ! Et sur ces mots plein de sagesse, notre gnome sort des chiottes, comme un Prince ! Et moi, je souris niaisement à la maîtresse de maison.

Nous ne nous sommes pas attardés…

(cc) Bjørn Giesenbauer

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