Histoires

Mon psy et moi (2)

Ma seconde expérience avec un psychiatre a lieu suite à un gros problème de harcèlement moral et de souffrance au travail. J’ai fait ce que l’on appelle un burn out, une belle dépression. La seule raison qui m’a empêchée d’envisager le suicide, c’est ma fille. Tous les symptômes étaient présents, les voyants au rouge. A tel point que c’est mon généraliste qui a imposé une thérapie (avec notification à la médecine du travail) et recommandé la thérapeute.

Mon psy et moi (2)Une de ses patientes a consulté cette professionnelle (connue pour ses publications et prises de position sur les cas de manipulation mentale), et y a trouvé de nombreux bénéfices. Avantage à prendre en compte, le cabinet est à mi-chemin entre mon boulot et mon domicile. Je prends donc rendez-vous. La voix au téléphone est un murmure rauque, étonnant.

Je me présente, forte de ma courte expérience précédente, mais de toutes les manières tellement mal en point que je supplie pour de l’aide. La porte de l’appartement est entrouverte et je suis saisie par une désagréable odeur de tabac froid en entrant. 3 chaises ayant vécu et une pile de magazines datés servent de salle d’attente. Je m’installe.

Des murmures dans une pièce à ma droite, des bruits de cuisine derrière une porte en face ne sont que peu atténués par Radio Classique en fond sonore dans cette entrée vieillotte. Le lieu semble servir à la fois de cabinet et de logement, soit.

Le patient précédent sort, accompagné d’une petite femme d’un certain âge qui me fait signe d’entrer à sa suite. Je pénètre dans une grande pièce au centre de laquelle se trouve une immense cage qui sert de domicile à 2 animaux qu’elle me présentera comme étant des écureuils coréens… La surprise est ce qui domine en moi.

La psy m’informe qu’elle ne me sert pas la main car elle ne souhaite pas attraper mes microbes (sic) vu qu’elle m’a entendue tousser. Bien… Elle contourne son bureau occupé par moult piles de documents divers, je m’assieds face à elle. A ma droite, une fenêtre ouverte devant laquelle une chaise longue similaire à celle de ma grand-mère, est recouverte d’un revêtement orange très 70’s. L’odeur du tabac très prenante est presque dérangeante, même pour l’ex fumeuse que je suis.

Les choses sérieuses commencent. J’ai droit à un interrogatoire en règle sur ma situation, mais également sur ma banque. Elle m’explique ensuite le déroulement des séances (je parle, elle note), leur fréquence (2 fois par semaine), ses tarifs soit 120 euros la ½ heure (là je manque tomber de ma chaise, heureusement que la mutuelle rembourse mais tout de même). J’encaisse sans broncher mais tout est flou à l’intérieur.

Je me dis qu’elle va m’aider, or c’est ce qui me permet de tenir à cette période. Cette première rencontre s’achève sur ces considérations, nous entrerons dans le vif du sujet la prochaine fois. Elle me prescrit un traitement pour mes angoisses, mon stress et mes insomnies et me renvoie dans mes pénates.

Je suis atone, je ne réalise pas complètement ce que je viens de vivre et attends ma prochaine vraie séance. Celle-ci consiste à lui raconter par le menu ce que j’ai subi, ce que je vis encore et à l’entendre me conseiller sur la marche à suivre. Je devrais commencer par lire un de ses livres (dont elle me donne les références) et puiser en moi les forces nécessaires pour combattre mon harceleur…

Oui mais c’est bien parce que je n’ai plus de ressort, ni de force que j’en suis là. Taratata, nous avons des réserves insoupçonnées, je suis une dure à cuire, elle en est convaincue et je vais y arriver. Si elle le dit. Je dois continuer à aller au bureau et à leur montrer que je ne suis pas atteinte par les attaques, par la charge de travail toujours plus grande.

Pas question de m’arrêter, ce serait faire preuve de lâcheté, ils auraient gagné… Oui mais… Pas de mais, on va augmenter un peu les doses des médicaments pour m’aider et ça ira. « Cela vous gêne si je fume ? » « Euh, non allez-y »… No comment.

La séance suivante sera le point d’orgue et l’éclaircie dans ma lente agonie en gris foncé. Elle va utiliser l’hypnose afin de me permettre de trouver en moi le moyen de me protéger lorsque la pression est trop forte… J’ai du mal à comprendre le processus mais je me prête de bonne grâce à ses directives, c’est elle la pro après tout. Je m’allonge sans enthousiasme sur la fameuse chaise longue qui a dû recevoir un nombre de corps que je refuse d’imaginer.

Elle s’allume une cigarette avant de trafiquer les boutons d’une chaîne hifi que les fans de vintage se battraient pour récupérer. Une musique d’ambiance zen avec bruits d’eau et sons de clochettes emplit l’espace. Je ferme les yeux, essaie de me détendre, mais : les écureuils font leur raffut habituel dans la cage (course poursuite, jets de graines…), le bruit d’un avion dans le ciel m’arrive par la fenêtre ouverte.

-  Imaginez que vous êtes dans un endroit qui vous rappelle de bons souvenirs.

-  Ok, je visualise une plage à Bali.

-  Très bien ça, une plage. Vous sentez le sable sous vos pieds, le soleil vous réchauffe.

-  Oui j’aimerais bien, parce que là je me caille un peu je dois dire.

-  Tss tss concentrez-vous, ressentez le bien-être…. Ecoutez ma voix, ne pensez à rien…

- ….

Je ne ressens rien, je n’embarque pas dans le trip, je suis gênée par le boucan des bestioles, par le tabac, par le vent à travers la fenêtre. Sa voix rauque qu’elle a baissé d’une octave pour m’hypnotiser me saoule, bref ça ne le fait pas. Je ne dis pas un mot, mais une idée germe dans mon esprit. La séance se termine, je lui redis que je craque, que la situation m’est plus qu’insupportable. En réponse, elle modifie encore la posologie du traitement.

Je rentre chez moi en me promettant que c’est la dernière fois. Je ne supporte plus cette femme, son cabinet qui pue, ses méthodes qui ne me conviennent pas. Le lendemain, j’informe mon généraliste que je suis en quête d’un nouveau psy et lui explique les raisons de ma décision. Elle n’en revient pas et approuve ma démarche. Cela me prend 15 jours avant d’obtenir un nouveau rendez-vous. A suivre…

(cc) Ani-Bee

4 Responses to “Mon psy et moi (2)”

  • Il est difficile de dire qu’il y a des “bons” et des “mauvais” psy, ça dépend de plein de choses (j’aurais été comme toi particulièrement gênée par les animaux et la clope), il est clair que ça ne passait pas avec celle-ci et qu’il ne faut pas insister. Tu as fait l’effort de suivre plusieurs séances, donc de ne pas laisser tomber sur une première mauvaise impression. C’est le principal, je crois.
    En tout cas, je m’attaque au 3ème article, j’adore les histoires de psy, j’ai moi-même tant de choses à raconter…

  • Merci!! Et bien lance toi et raconte ;-) Je suis curieuse!

  • Waouh!!! Dis Donc tu es vachement courageuse! Moi j’ai une peur bleue de l’hypnose… Oui, Madame! Je me dis que si quelqu’un devait commencer à fouiller dans les méandres de ma mémoire et en ressortir toutes les horribles histoires d’enfance, je mourrais! Moi je crois que je tiens parce que j’enfouis au fond de moi ce qui me dérange, de plus ma mémoire est super pour ça elle range tellement bien les événements traumatisants que je ne m’en souviens plus de manière consciente et c’est beaucoup mieux comme ça! Parce que quand on a une enfance atypique ben c’est difficile de se construire, mais on y arrive! J’attaque le 3è opus, j’adoooore!

  • @Nouvelle30naire : nan, je pense qu’à ce moment-là j’étais tellement mal que j’aurais accepté n’importe quoi pour me sortir de là. Avec du recul, après en avoir discuté avec le 3e psy (lol) et suite à une certaine introspection, je pense que j’étais/je suis prête. J’étais un peu comme toi, je savais si bien cacher les peurs, traumas et angoisses que je me disais que je maîtrisais. Finalement, cette façade peut un jour se fendiller, voire s’ouvrir en grand et là… patatras! La chute peut être vertigineuse. Je suis apte à fouiller loin pour me débarrasser de certains fardeaux. Mais le combat n’est pas encore gagné, loin de là.

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