Histoires

Mon psy et moi (1)

Il y a environ 6 ans, après une seconde fausse couche et au cours d’un parcours fastidieux pour devenir mère, je décide de consulter un psychiatre. Je suis quelqu’un d’ouvert, de bien entourée, je ne considère aucun sujet comme tabou. Néanmoins, il me paraissait important de parler avec un pro.Mon psy et moi (1)

Les amis, les proches, ne sont pas réellement armés pour nous apporter cette écoute. C’est mon point de vue. Et j’estime qu’un inconnu aura la distance nécessaire et surtout ne jugera pas. Il ne me sortira pas les poncifs qui me hérissent, du type : ça va aller/passer, laisse le temps faire son œuvre et autres expressions toutes faites que j’ai envie de faire ravaler à la personne qui me les assène.

Même si c’est ma mère (surtout si c’est elle !) ou ma meilleure amie… De plus, la démarche de consulter n’est pas acquise, comprise par tous. Chacun a son ressenti, mais je n’avais pas envie de me justifier. Je sentais ce besoin, point barre. Je me lance donc, les consultations sont remboursées par ma mutuelle, ses tarifs ne sont pas excessifs. Elle m’est chaudement recommandée, j’ai furieusement besoin de parler, de vider mon sac d’émotions qui me submergent.

Son cabinet est dans un quartier à l’opposé de mes trajets boulot-maison, peu importe, je m’y rends, brave les embouteillages et recherches de place de parking. Quand on veut, on peut et on fait. Premier rendez-vous, je suis intimidée. Je suis seule dans le couloir qui fait office de salle d’attente. Aucune envie de feuilleter les magazines, je me pose mille questions. Comment cela va-t-il se passer ? Par quoi on commence ? Comment je l’appelle, Madame, Docteur ?

Enfin, elle vient me chercher, souriante, la poignée de main ferme. Elle me fait entrer dans son bureau en m’invitant à m’installer : nouvelle interrogation. Dois-je m’allonger sur le canapé ? Non, je ne le sens pas. Je me dirige vers un des deux fauteuils qui se font face et m’assieds. Elle prend place face à moi et me demande pourquoi je suis là.

Je commence à déballer mon affaire, je parle, parle. Elle demande une précision de temps en temps. Je suis lancée, c’est fou comme les mots sortent avec facilité. Ils coulent de moi comme un torrent, j’ai peur de perdre le fil alors je ne retiens rien. Je lâche les vannes. J’ai gardé des choses enfouies et elles font surface.

Au bout d’un moment que je trouve très court (30 minutes qui m’ont semblées 5), elle me signifie que l’on va s’arrêter là pour cette séance. J’ai un moment de flottement. Je n’avais pas appréhendé le fait qu’il y avait des règles, un timing, une méthodologie précise. Du coup, je me sens freinée dans mon élan et c’est déstabilisant. Je rentre chez moi sans essayer d’analyser ce qui s’est passé. Je me laisse porter, on verra bien par la suite. Mon conjoint est curieux mais il comprend mon souhait de ne pas lui raconter, c’est ma thérapie, ma manière de garder la tête hors de l’eau.

La semaine suivante, j’y retourne et le processus se répète. Je ne sais pas si j’avance, si je résous quoi que ce soit. Elle me pose des questions, m’incite à trouver les réponses, du moins, un début de réponse. Elle ne commente pas, prend des notes. Je n’ai aucune difficulté à évoluer dans cet échange, car c’est plutôt bien qu’il ne s’agisse pas d’une discussion. Je ne sais pas vraiment ce que ces visites m’apportent.

Suis-je soulagée ? Je n’en ai pas plus l’impression que cela. La douleur, l’injustice que je ressens sont-elles atténuées ? Non. En revanche, je comprends et accepte qu’elles soient légitimes, qu’elles puissent durer. C’est un pas positif. Les consultations se suivent et à l’issue de la 6e, c’est la douche froide. Ma psy m’annonce que je n’ai plus besoin de ses services. Elle m’estime suffisamment forte pour avancer seule et mener ma barque…

Je suis abasourdie. Je n’ai que peu d’expérience des psychanalyses mais je sais qu’en général, elles durent longtemps, souvent plusieurs années. Elle maintient ses propos, me dit qu’elle sera là si j’en éprouve encore le besoin mais qu’il serait malhonnête de sa part de continuer avec moi.

Je me fais virer par ma psy, je n’y crois pas. Je me sens insultée, rejetée et en même temps si je la crois, cela veut dire que j’ai une volonté et une force de caractère très fortes… Mes sentiments sont mitigés et il me faudra quelque temps pour digérer tout cela. Néanmoins, un peu échaudée, je ne cherche pas à consulter quelqu’un d’autre. A suivre…

(cc) Totordenamur

9 Responses to “Mon psy et moi (1)”

  • Excellent!!! J’ai connu ça! J’ai voulu en avoir le coeur net j’ai consulté… Pour m’entendre dire que j’étais tout-à-fait normale et équilibrée! Mwouahahahah! Mais je pense que les psys savent reconnaître les fortes personnalités qui parfois ont petit coup de mou et avec une tape dans le dos, les relancent vers leurs projets ;)!… Qu’en penses-tu?

  • Peu, peu, peu, Nelle 30naire, les gens qui vont chez le psy sont “normaux et équilibrés”, rien ne t’interdit d’avoir justement besoin d’aide à un moment précis de ta vie, comme Coppélia.
    Enfin, moi, je n’ai jamais été virée et ça m’aurait fait plaisir, je ne sais pas si c’est grave…:)

  • @Nouvelle30naire : en l’occurrence tu as raison. A cette époque-là j’estime que cette thérapeute a été très honnête. Mais sur le coup je me suis sentie abandonnée. On est plus ou moins fort et parfois, quand on vous a rabâché que vous étiez capable de tout gérer seule, il est difficile de demander de l’aide.
    @La poupee russe : Quand on est à priori bien dans sa peau, je pense que c’est une démarche forte de consulter. Si tu lis les autres épisodes, tu verras que je n’ai pas été virée ensuite ;-)

  • Merci à la rédaction d’avoir si bien illustré mes mots.

  • Du coup j’ai lu les 3 épisodes d’un coup et ca m’a bien plu. Surtout l’idée qu’il ne faut pas rester sur une expérience négative et qu’il existe pour chaque type de personne un thérapeute adapté ;-)

  • @Poupée russe, je suis d’accord avec toi et je ne voulais pas dire que les autres n’étaient pas équilibrés!!! Ce qui me fait rire, c’est quand on me connait penser que je suis saine d’esprit, c’est quasi impossible, non?

  • @Laurie : Yes! Un jour lke besoin est là, on est prêt et on trouve finalement la bonne personne.
    @Nouvelle30naire : Je ne sais pas si c’est impossible, mais d’après ce que j’ai lu de toi, tu ne sembles pas “dingo” ;-))

  • @Nelle 30naire : tu es très… humaine, en fait ! Je ne sais pas si ça rentre dans les cases de tout le monde, je n’envie pas la notion de la “normalité” (ou “être sain d’esprit”) de certains…

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