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Obsolescence programmée

Je sors un peu de mes sentiers battus pour, au hasard d’une lecture, enfoncer le clou d’une triste vérité. Un presque coup de gueule, allez, moi qui n’aime pas trop ça, préférant le constructif. Cela faisait longtemps qu’on s’en doutait. Plusieurs décennies même.

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Une sorte de mythe mâtiné de sagesse populaire. Oui, vous savez, celle qui fleure bon le Xfiles de bas étage, la théorie du complot hallucinée roulée dans l’absurde. Les jugements à l’emporte-pièce des vieux du comptoir, un-peu-beaucoup pintés, ceux dont on a vite fait de se moquer.

«Y’a pu d’saisons ! » qu’ils disaient les vieux, avant qu’on nous parle du réchauffement de la planète et des dérèglements climatiques (un hiver allongé ?). Dans le même ordre d’idée, on avait droit à « Y font exprès qu’les machines a s’cassent comme ça faut les racheter ! ». Il se plante et délire sur bien des points, le populo d’où je suis issu, et que j’essaie toujours de regarder avec tendresse bien qu’il tourne de plus en plus mal vers la droite extrême, mais pas sur ce sujet-là. Non, ici, il a tapé dans le mille. Fait mouche.

Le Centre Européen de la Consommation, alerté par cette sourde et ancienne intuition, a mené une minutieuse enquête. Elle confirme l’horrible vérité. Ben oui, c’est vrai. C’est volontaire de la part d’un tas (d’enfoirés) de fabricants. De faire que les objets qu’ils nous vendent se cassent et ne durent pas longtemps. Ca touche à peu près toutes nos merveilles technologiques. Cette vérité nue porte un nom : elle s’appelle l’obsolescence programmée. Elle fait froid dans le dos.

Des puces qui bloquent la machine au moment voulu, ou vous indiquent de la changer quand ce n’est pas nécessaire, « LA » pièce importante volontairement affaiblie pour qu’elle cède à l’instant T, empêchant tout usage, le choix d’un matériau fragile pour un élément clé du fonctionnement de l’ensemble, lequel va casser quand il le faut… Obligé de faire chèrement réparer le tout, ou de racheter à neuf…

Cette obsolescence programmée se voit pudiquement amplifiée dans le rapport d’un quasi sous-titre, au cas où vous n’auriez pas bien compris : « dérive de la société de consommation »… sans blague… dérive ? Encore une… « Lire entre les lignes vous savez », même en mode Padawan. « Dérive de la société de consommation » dans ce cas là, c’est le terme politiquement correct pour parler d’entubage de porte-monnaie. Mais aussi de quasi crime écologique. A l’heure où on nous rabâche que c’est déjà un peu too much pour la planète, ses ressources limitées, blablabla et tout ce qui y vit. Dont nous.

Ce qui me gonfle le plus, en fait, c’est que je ne sais pas vraiment quoi faire pour lutter contre ça. A part applaudir des deux mains ceux qui l’ont identifié, prouvé, et ceux qui luttent contre, sans oublier les quelques bidouilleurs altruisto-citoyens qui nous expliquent comment on peut parfois passer outre.

Depuis quelques années, j’ai énormément changé de point de vue sur les biens matériels. Je leur substitue ce que j’estime être l’essentiel. Et d’abord l’agir avant le posséder. Le faire avant l’avoir. Mais je vis en 2013, dans une nappe urbaine. J’ai besoin d’une machine à laver, d’une voiture ou de moyens de déplacement, la télé je n’en ai pas (je ne la regarde jamais, mais j’ai quand même un vidéoprojecteur qui me sert de temps en temps pour la voir, elle ou autre chose, via ma fb et mon fplayer). Mais il me faut un smartphone, nouveau totem, un pc, nouvelle divinité domestique, une imprimante voire deux du fait de mes deuxième, troisième, quatrième et cinquième jobs.

J’ai vraiment besoin de tout ça pour créer, pour travailler. Pour vivre quoi. Si je veux être dans l’époque qui est la mienne et participer aux sociétés dans lesquelles j’évolue. Du coup, oui, vraiment, c’est cette amère sensation d’être prise en otage par la malhonnêteté qui me fait chier.

Pour celles et ceux qui veulent creuser :

Le blog vraiment bien où j’ai eu par hasard l’info, et qui résume tout, celui de Rafaele Rivais

L’étude remarquable menée par Lydie Tollemer (aujourd’hui CEC France) quand elle était étudiante 

Le rapport du CEC dont le mémoire ci-dessus est largement le socle 

(cc) ebayink

One Response to “Obsolescence programmée”

  • Il est super cet article, c’est un sujet dont on commence à parler, mais pas encore assez. Oui, l’impression d’être pris pour un con, c’est bien ça, parce qu’on est un peu coincé au final. pas complètement, on peut encore faire des choix sur ce qu’on achète, mais pour les appareils et tout ce qui est technologique, le choix est réduit puisque toutes les marques plus ou moins s’y sont mises pour l’obsolescence programmée… Ça avait été mis en place après la guerre, la seconde guerre mondiale je crois, pour relancer l’économie. Et ça avait commencé avec les ampoules. Celles de nos arrières grands-parents éclairaient pour la vie. Les nôtres éclairent quelques mois …

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