Histoires

Ma campagne 4 – Terreur nocturne

J’étais fière de moi : mes parents me laissaient aller chez une amie qui vivait près du lycée, pour la première fois. C’était une nuit d’hiver où le brouillard ne faisait pas de concession, même à l’obscurité. Les murs suintaient d’humidité, la mousse poussait sur les pierres, un pauvre halo de lumière cherchait à éclairer les pavés et faisait seulement naître d’autres ombres, toutes plus bizarres les unes que les autres.

Ma campagne 4 – Terreur nocturneIl ne me restait qu’à longer, sur une centaine de mètres, une ruelle étroite pour parvenir à la grande porte en bois de la demeure de mon amie que je savais être là sans la voir. Le silence était sourd, l’humidité semblait s’enfoncer jusque dans la moelle de mes os, l’air sentait le feu de bois et le moisi.

Mes parents semblaient lointains comme un souvenir, je pensais aux enfers de la mythologie, à Jack l’éventreur, aux sangliers sauvages qui traversaient parfois le village à toute allure, et pire encore, à toutes les horreurs qui n’avaient pas de nom car j’étais encore à l’aube de ma vie.

Soudain, déformée par la distance et la lumière diffuse du réverbère, je vis une ombre immense s’allonger sur la route, accompagnée d’un martèlement sourd et surnaturel. Je fus glacée d’effroi et de sueur, mon cœur battait la chamade, je cherchais une explication à ce que je voyais et entendais sans parvenir à former autre chose que des images difformes et fantastiques.

Mes lunettes de myope étaient recouvertes de buée mais je vis avec horreur l’ombre devenir plus consistante et se rapprocher de moi avec une légère claudication. Je continuais à avancer, car l’idée de savoir cette chose dans mon dos aurait été encore plus terrifiante que de la croiser. J’étais au bord du malaise.

Mais bientôt, je me trouvais à la hauteur de ce qui s’avéra être un curé en soutane, marchant sur une chaussure et un pilon, et qui souleva son béret au-dessus d’un visage long et austère en me voyant.

- Bonsoir mon Père, bafouillais-je, les jambes tremblantes.

Il inclina la tête sans mot dire, et continua sa lente progression dans la ruelle sombre. J’arrivais soudainement devant la porte de la maison de mon amie. J’étais encore sous le choc des images que mon esprit avait formées, de cette nuit que je n’avais jamais perçue autrement que par la fenêtre chaude, rassurante et lumineuse de la chambre, chez mes parents.

Cent mètres dans l’obscurité avaient suffi à refroidir mes ardeurs d’émancipation. À me faire douter de mon courage et à craindre mon imagination. Peut-être était-il encore trop tôt, finalement, pour que je parte seule découvrir le vaste monde.

(cc) ‘ m x b c h r

One Response to “Ma campagne 4 – Terreur nocturne”

  • Avatar of Axe
    Axe

    La dernière fois que j ai vu des prêtres en soutane, c était lors de mon année en Italie. Don camillo en vrai ! Mais je veux bien croire en ta terreur !! :)

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