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Paul Verguin, la baise intense mais amoureuse

Voilà un auteur aujourd’hui plus que méconnu et qui pourtant fait un tel honneur à la langue française et à la littérature pornographique. Je dis littérature pornographique et pas érotique, même si en général il est de bon ton de l’appeler ainsi.

paulverguinPourquoi affubler du terme « érotique » ce qui n’est qu’éjaculations dans tous les sens, orgasmes, doigtages, fellations, cunnis, cravates de notaires, patins-soupe-de-langues, pénétrations vaginales et anales, etc ? Parce que c’est scriptural et pas visuel ? Hypocrisie, me semble-t-il, carcan de la tradition, peut-être, pudique voile que l’intellect souhaite jeter sur la crudité des actes, quand bien même ils sont si joliment décrits ?

Car Paul Verguin parle de tout cela, oui, mais il en parle bien, avec de belles lettres, de la poésie. Ce qu’il évoque, d’abord, c’est la passion amoureuse. L’amour (oui encore, toujours, je sais bien, on a les obnubilations qu’on a).

Ses romans sont des pépites, à lire un à un mais pas à la suite. Paul Verguin semble se répéter beaucoup, c’est vrai. Et je le dis moi qui l’aime. Si vous enchaînez ses romans, vous vous lasserez et ce serait terrible. Espacez-les de six mois, d’un an… Car son style est si caractéristique, son obsession si prenante, qu’il explore sans fin ce moment tellement unique finalement, de partage total, d’entente absolue, sexuelle, entre un homme et une femme.

Il s’étonne éternellement en effet de ce qu’une femme puisse, parfois, s’abandonner toute à son amant, s’ouvrir béante et mouiller à torrents de partout, lui déclarer, lui demander et lui faire le catalogue de ses fantasmes, en orgasmer à pleins poumons. C’est qu’il s’agit là d’un mystère bien insondable, pour les hommes, assurément, pour les femmes aussi, je pense. Aucun mode d’emploi. C’est la secrète alchimie du « il se passe un truc énorme et je ne sais pas pourquoi ».

Paul Verguin évoque toujours des rencontres impromptues, improbables. Entre deux personnes éloignées qui se désirent et finissent par se trouver ou se retrouver. Et tout ça de s’emboîter parfaitement. Dans tous les emboîtements possibles, corporels, fantasmatiques, cérébraux.

Une communion de la chair et des sens, une messe de jouissance, de désirs accomplis, avec cette petite pointe d’un interdit transgressé, cerise sur le gâteau, si délicieuse, qu’il s’agisse de ce qui est fait, de l’endroit où c’est fait, ou de la nature des partenaires.

Collègues de bureaux, amis-amours d’enfance, amours de vacances, femme mariée qui prend amant, ou quasi coup d’un soir, rencontré lors d’un dîner entre connaissances. Baise furieuse avant toute présentation, ou presque. La baise faisant office de présentation, quand tout bascule pour le sexe, quand chacun s’offre à l’autre en plein visage.

Ses héros, continuellement ou presque narrateurs, sont fragiles, amoureux, touchants d’être surpris des femmes qui prennent leur sexe au sérieux et s’y livrent. Ses héroïnes sont libres, assument leurs besoins même si elles y viennent parfois lentement et pudiquement. Mais quand elles se lâchent… les éclats de la nuit du 14 juillet font figure de lampe de poche allumée dans un placard.

Pourtant, à chaque fois, Paul Verguin va au-delà de la baise. Il veut comprendre. Ce mystère du sexe et du plaisir féminin affranchi de toute entrave. Il se convainc qu’une femme qui jouit, finalement, fait plus que baiser un bout de viande. Si elle s’offre totalement à son propre plaisir par l’autre, c’est que quelque part, son mâle du moment représente plus que cela. Même si elle est dans le déni. Je ne suis pas loin de penser qu’il a raison, tout en sachant qu’il y a quelque chose de rassurant dans ce point de vue.

Paul Verguin, vous pouvez l’acheter et le lire pour pas cher. Vous trouvez facilement ses bouquins d’occasion sur le Net, certains à 50 centimes… C’est dire s’il est un quasi-oublié et très injustement déprécié. Je rends hommage ici à La Musardine et à l’immense Jean-Jacques Pauvert, qui seul peut-être en France, sait reconnaître le vrai talent dans l’écriture du sexe, et lui a tendu la main quand tout le monde s’était mis à lui tourner le dos, ou presque.

Avant d’écrire ce papier, j’ai tenté de me renseigner sur Paul Verguin. Le néant. Rien sur Wikipédia. Rien nulle part. Aucune page web sur lui, sinon ses livres. En ces temps où la vie privée est exposée dans les moindres détails sur les réseaux sociaux, c’est peu dire qu’il est discret.

Je ne sais même pas s’il est encore en vie. J’ai vu un Paul Verguin qui a traduit de l’américain un autre bouquin magnifique dont je parlerai. J’ai acheté ledit bouquin sans savoir qu’il en était le traducteur. Aucune idée s’il s’agit du même quoiqu’il semble que oui. Il n’y a pas de hasard. Si vous avez des infos, je les prends.

J’aimerais le rencontrer et lui dire à quel point ses livres m’ont marqué et me marquent encore aujourd’hui. Comme ils résonnent dans ma sensibilité, à quel point j’ai désiré vivre ce que ses héros vivaient, et combien je les ai compris après avoir vécu ce dont il parlait. Mais je ne le verrai évidemment jamais, hélas. Alors je lui écris. Ici : «  Monsieur Verguin, vous êtes le plus grand auteur de littérature pornographique (sans doute récuseriez-vous le terme) française du XXème siècle, et, à ce jour, du XXIème. Je vous remercie pour vos écrits magnifiques, magiques, tout en subtilités, infiniment humains, et qui ne cachent rien. »

Je vous conseille de débuter avec Un beau soir sans pudeur. Le premier que j’ai lu et sur lequel j’écrirai peut-être. Pour les autres, peu nombreux, suivez votre instinct et vos envies. Jetez-vous, avec parcimonie, sur les écrits de Paul Verguin. Ils sont si intenses qu’il en faut espacer la lecture. Plongez dans la psychologie amoureuse et sexuelle du mâle, ses questionnements incessants, désemparés, inconsolables, sur le plaisir féminin, sa sensibilité (si si). Ses héroïnes et leurs envies, elles, vous les connaissez mieux, je crois.

(cc) Fabrice Muller Photography

One Response to “Paul Verguin, la baise intense mais amoureuse”

  • Cantilius

    Paul Verguin ! Moi aussi, j’ai essayé dans savoir plus sur cet auteur… et je suis arrivé sur votre page. “Un beau soir sans pudeur” et les autres, je les ai lus au fur et à mesure que je les achetais, dans l’édition “Pocket”. Et je suis tout à fait d’accord avec vous : peu d’auteurs érotiques français nous offrent cette qualité d’analyse et d’excitation, à part Françoise Rey. A chercher dans les brocantes, vide-greniers, braderies, etc. … et, peut-être, les bibliothèques.

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