Histoires

J’ai testé pour vous : côtoyer les anglo-saxons #1

Au cas où ça vous aurait échappé, je suis allée dernièrement faire un petit tour chez les amis des kangourous.

J’ai testé pour vous : côtoyer les anglo-saxons #1En plus d’être rempli de grands surfeurs blonds et de paysans reculés du bush, l’Australie est aussi pleine de jeunes vagabonds d’Europe et du monde entier, dont d’autres anglophones.

Aujourd’hui, je vais vous parler du regard qu’ils ont sur leur langue, l’anglais, de leurs rapports avec les non-anglophones, et de mon expérience pour essayer de m’y adapter.

De leur point de vue

Face à cette petite injustice quand même, qui fait que l’Histoire et l’économie, bref, la vie a décidé que l’anglais était la langue officielle mondiale, on trouve différentes réactions de leurs parts :

Il y a des gens extras, qui font l’effort instinctivement de parler plus lentement et de ne pas choisir un vocabulaire trop compliqué. Mais ils le font tellement bien, qu’ils ne vous l’annoncent même pas, et que vous avez l’impression qu’ils parlent normalement comme à leurs amis.

Et qui en plus, vous disent que vous parlez très bien. Ceux-là, quand vous avez un doute sur telle ou telle formulation, ils vous expliquent tout, et vérifient même que vous avez bien compris. Ils vous apprennent des expressions spontanément, un peu comme des supers pédagogues de l’anglais, que vous auriez rêvé d’avoir à la place de vos profs de lycée.

Il y a ceux qui sont réellement impressionnés que vous sachiez parler une autre langue (peu importe votre niveau du moment que vous pouvez communiquer), alors qu’eux ont seulement appris 6 heures de français dans leur vie, trouvant ça insurmontable. Ils ont alors un profond respect pour vous.

Et peuvent même aller jusqu’à dire qu’ils se sentent inférieurs de ne pas avoir votre capacité (on aurait presque envie de les prendre dans nos bras !). Même s’ils avouent ne pas faire d’efforts pour apprendre une autre langue, vu qu’ils n’en ont pas vraiment besoin…

Ensuite, il y a ceux qui ne s’étalent pas trop sur la question, mais qui montrent qu’ils se sentent un peu bêtes quand ils entendent des non-anglophones parler entre eux, alors qu’eux ne peuvent pas le faire. Parce que nous quand ils parlent entre eux, on les comprend un peu quand même, ils peuvent pas trop nous la faire à l’envers.

Il y a les gens un peu moins sympas, qui vous prennent de haut parce que vous avez un accent ou que vous les faites répéter. Il y en a même qui vous disent gentiment qu’ils ne comprennent pas ce que vous faites dans un pays anglophone alors que vous n’êtes pas parfaitement bilingue. Très accueillants.

Enfin, il y en a aussi, souvent les gens les plus âgés, qui semblent découvrir qu’il existe des étrangers, et que tout le monde ne parle pas anglais sur Terre. Ils vous regardent comme si vous veniez d’une autre planète parce que vous avez un accent. Dans ce cas-là, c’est eux qui vous font répéter plusieurs fois, même si vous savez que votre phrase est parfaite. Mais si c’est pas dit exactement avec l’intonation english, c’est impossible pour eux de comprendre.

De mon point de vue

Bon, je vais pas vous le cacher, c’est pas facile tous les jours. Et même quand on se débrouille bien, on sent quand même que c’est jamais vraiment gagné, suivant les personnes citées plus haut. On galère, puis on s’améliore au fur et à mesure (quand même !).

Au début, on est tout fier quand on arrive à répondre à une question, et à rebondir dessus. Le problème, c’est quand eux pensent du coup que vous maîtrisez bien la situation. Alors, ils s’autorisent à répondre un long discours, dont nous, finalement, ne comprenons que la moitié. Dans ce cas-là, on espère toujours qu’ils ne vont jamais rebondir…

La prononciation, un vrai calvaire. Vous savez le mot, mais vous ne mettez pas la bonne prononciation, et surtout la bonne intonation là où il faut. Alors ils vous regardent avec de grands yeux ronds, et à force de répétitions, ou de descriptions, voire de mimes (on devient très fort à ça), ils finissent par trouver la réponse à la « devinette ».

« Aaah, the blablaba ».  Le problème c’est que vous ne voyez absolument aucune différence entre leur prononciation et la vôtre, même après maintes répétitions. Car ça ne tient qu’à un tout petit truc subtil, d’accentuation souvent, d’ouverture de bouche ou je ne sais quoi, que nos oreilles de petit français ne distinguent absolument pas.

La feinte de l’habitude. Vivre en immersion avec des anglophones, c’est génial pour s’améliorer. Votre oreille est constamment baignée dans l’anglais, vous pensez anglais, vous vivez anglais. Et vous vous habituez aux façons de parler des gens que vous côtoyez le plus souvent.

Eux s’habituent aussi à votre accent, c’est formidable, vous ne dites plus « What ? What ? » toutes les deux phrases. Et là, un inconnu vous parle, et vous en comprenez rien, ou très peu. Et oui, votre cerveau s’est « formaté » à vos amis, et a un bug face à la nouveauté. Désillusion totale, vous n’êtes pas si bilingue que ça.

Puis, même si on arrive à bien parler, à bien comprendre, il arrive des fois où le cerveau n’en peut plus de fonctionner trois fois plus. Alors au réveil et passé une certaine heure dans la soirée, c’est quand même plus compliqué.

Enfin parfois, vous regardez vos amis anglophones qui parlent entre eux. Eux, qui n’ont pas besoin de réfléchir et de redoubler d’attention pour être sûrs de bien comprendre, qui plaisantent, qui font du second degré.

Et là, votre cerveau dit stop, anéanti par cette injustice. Car lui aussi, il aimerait bien parfois se mettre en mode pause, et fonctionner en régime normal, et tout comprendre sans le moindre effort. Mais non, vous restez un petit français qui ne parle bien que depuis quelques semaines ou moins. Donc, ce n’est pas possible tout le temps.

Et là, il faut bien l’avouer, on se sent un peu seul, car les personnes en face ne connaissent pour la plupart pas du tout ce sentiment, et ne peuvent pas vraiment comprendre, si gentils soient-ils.

Et le pire dans tout ça, c’est ces petits allemands et tous les natifs des pays scandinaves et autres nordiques, qui sont bilingues, depuis qu’ils sont dans le ventre de leur maman, et qui n’ont aucun effort à faire.

Injustice ! Enfin nous au moins, on peut être fier de nos efforts, et des progrès accomplis. Parce que oui, après tout ça, on a du mérite !

(cc) Tempus Volat

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