Culture

De la libération de Florence Cassez à l’overdose des médias

La semaine médiatique a été marquée par la libération de Florence Cassez. Emprisonnée depuis plus de six ans au Mexique, la France a fait de cette femme la victime de la justice mexicaine. Accusée d’enlèvements et de séquestration, son arrestation avait en fait été mise en scène par la police de pays. Le Mexique est ravagé par le “narcotrafic”. Les enlèvements servent de monnaie d’échange. Le cas de Florence Cassez illustre les défaillances de la justice mexicaine et la déroute de la police.

De la libération de Florence Cassez à l’overdose des médiasFlorence Cassez libérée, une sainte est née. Pendant plusieurs jours, les médias français sont restés polarisés sur cet événement. Les chaînes d’information en continu comme I>Télé ou BMTV ont été au rendez-vous. I>Télé a consacré 27 heures de direct pendant que sa concurrente en a proposé 19H30. Pourquoi une couverture aussi importante ? Florence Cassez n’est pas une sainte. Elle n’est pas non plus une ancienne otage comme a pu l’être Ingrid Betancourt.

Si son calvaire apparaît bien réel et que la souffrance existe, elle n’a pas été victime d’une machination comme l’a annoncé Jean-Pierre-Pernault lors d’un journal de 13H. Elle s’est retrouvée complice d’un crime sans l’avoir directement commis. La surmédiatisation la fait pourtant passer pour une oie blanche. Rappelons cependant qu’elle n’a pas été complétement innocentée par la cour suprême mexicaine. Sa libération est loin de faire l’unanimité auprès des Mexicains, bien au contraire.

Pendant son incarcération, l’opinion publique était très partagée sur le sort à accorder à cette prisonnière. Malgré elle, elle est devenue un enjeu politique et sociétal. En effet, l’enjeu de sa libération est de transformer le système judiciaire mexicain sclérosé par la corruption. Son cas a fait le tour de la planète médiatique. En France, la Terre s’est arrêtée de tourner le 23 et le 24 janvier 2013. Les Français ont retenu leur souffle. Les journalistes sont restés sur le qui-vive.

Qui allait décrocher les premiers mots de Florence Cassez ? Quel politique se mettrait en avant et soutiendrait le retour du Messie ? Tous l’attendaient, elle est enfin arrivée. Souriante et décontractée, presque trop détendue, elle a même fait preuve d’humour. L’émotion était au rendez-vous comme dans un spectacle. La mise en scène s’est terminée sur une “Happy End”. Les médias auraient-ils volontairement oublié le reste de l’information ?

La libération de Florence Cassez éclipse le reste de l’actualité

Comme en politique, il existe un agenda médiatique. Les sujets sont hiérarchisés en fonction de leur importance. Les émissions sont parfaitement pensées et réfléchies. Bien souvent les journaux télévisés se focalisent sur une information, la développent. Puis vient le survol des autres thèmes de l’actualité. Cet événement ne déroge pas à la règle. Le mercredi 23 et le jeudi 24 janvier 2013, l’objectif était rivé sur Florence Cassez. Cette fenêtre sur le monde s’est tout à coup fermée.

Cette libération a tout balayé sur son passage. Au même moment, la Chine et le Japon continuaient à se disputer des archipels, des élections avaient lieu en Israël, l’intervention au Mali battait son plein, le nucléaire nord-coréen menaçait toujours Séoul, David Cameron ne cessait pas de montrer son euro-scepticisme dans un discours où il prône la sortie de la Grande-Bretagne, de l’Europe. Deux ans après la révolution, l’Égypte était secouée par des émeutes violentes.

Tout le monde aurait-il soudainement fait abstraction de cette actualité dite chaude ? Pour beaucoup, la “Hot News” intéresserait moins le monde que la libération de Florence Cassez qui en soi, est un non-événement. A l’époque du “tout direct”, les journalistes ne prennent plus de recul professionnel, surtout en télévision. Les chaînes d’information en continu en sont bien la preuve.

Les Chaînes d’information en continu : de l’information-spectacle

200 journalistes étaient présents pour accueillir Florence Cassez sur le tarmac de l’aéroport. François Hollande, trop occupé à gérer l’intervention au Mali, a envoyé Laurent Fabius. Ministre des Affaires étrangères, cette mission était faite pour lui. Pendant 22 minutes, durée de la conférence de presse, il a accompagné Florence Cassez. Il a connu lui aussi son moment de gloire. Adulée, Florence Cassez devient une star. Elle brille aux yeux du monde et des médias. Elle fait la Une de tous les médias, télévision, presse et radio. Elle a ému également les réseaux sociaux.

Des éditions spéciales ont rendu ce moment particulier. Les chaînes d’information en continu ont comme à leur habitude, couvert entièrement l’épisode. Cette focalisation se fonde sur le “story-telling”. Pour accrocher le spectateur, il faut lui raconter une histoire, si possible belle. Florence est l’héroïne de sa propre histoire. Ce trop-plein médiatique n’apporte en soi aucune information. Le spectateur se met en empathie vers la victime et croit s’enrichir. Mais au bout du compte, il n’apprendra rien de plus sur l’affaire dont il est question.

Les journalistes : acteur dans ce bruit médiatique

Noyés dans l’émotion, ils oublient même de réfléchir. On regarde les informations comme on regarde un spectacle. Les journalistes à l’antenne n’analysent pas la situation. Ils commentent. Des spécialistes offrent leur expertise. Ils oublient un point essentiel : le recul journalistique. Si un journaliste est un acteur-clé de l’information, ce n’est pas lui qui fait l’actualité, mais l’actualité qui fait le journaliste. Il a aussi un rôle social. Il transmet l’information.

Pédagogue, il doit adopter une posture d’analyste. Aujourd’hui, ce rôle est bafoué à cause du rythme effréné auquel se diffuse l’information. Les magazines d’analyse laissent plutôt place à “l’infotainment” (d’où les “Talk Show”, émissions mêlant information et divertissement). Cette réalité empêche parfois la réflexion. Elle ne favorise pas l’analyse et transforme le spectateur en simple consommateur et zappeur. Ne serions-nous pas rentrés dans l’ère de la “médiacrité” ?

Retrouvez d’autres articles sur mon blog.

(cc) Darwin Bell

3 Responses to “De la libération de Florence Cassez à l’overdose des médias”

  • Je pense aussi et surtout en tant qu’étrangère que La France aime le Made in France et elle adore s’inventer des héros!
    N’oublions pas qu’elle n’a pas été libérée parce qu’elle a prouvé son innocence mais bien parce qu’il y a eu vice de procédure! A mes yeux c’est une énorme différence!

  • Je ne suis plus vraiment l’actualité parce que cette overdose d’informations dans tous les sens me donne la nausée. Ceci étant, personne ne sait exactement si Florence Cassez était innocente ou coupable ; et pour autant on l’encense, ça manque terriblement d’honnêteté…

    Par ailleurs, je ne pense pas qu’il soit juste de dire que tout est à jeter au feu : il existe quelques magazines d’information encore intéressants, je pense notamment à Mots croisés, que j’apprécie de regarder de temps à autre parce que les avis divergent tout en restant cohérents et structurés.

  • Avatar of
    French Bukowski Girl

    Je veux juste souligner un truc ^^ j’adore ta manière de présenter tes sujets, on sent la réflexion et la qualité de ta plume est géniale !

    J’ai hâte de te lire dans le Monde ^^

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