Histoires

In for the Kill

Article sélectionné par Bolo lors de sa semaine de Rédaction en Chef.

C’est au moment où vous vous y attendez le moins que surviennent les évènements qui vous font dire que le mantra de Maugrey Fol’ Œil n’était pas si con. La “VIGILANCE CONSTANTE” devrait être au programme dès la maternelle afin que la chose devienne quasi innée. Si chaque humain sur Terre était programmé pour considérer que rien n’est acquis et que chaque chose est une merdicité en puissance, on ne serait pas plus heureux mais beaucoup plus anesthésié.

In for the Kill.

Ce qui dans mon cas équivaudrait à ne pas me ridiculiser parvenir à être suprêmement indifférente quand j’ai croisé K. (aka mon Ex-à-la-bite-sans-vagin-fixe) dans un bureau de tabac quelconque de ma ville.

Au lieu de cette merveille qu’est le masque d’indifférence impénétrable, j’ai fait n’importe quoi comme à mon habitude. C’est à dire entrer dans le lieu, visualiser l’Horreur, tirer une tronche des plus acides, et pivoter sur mes talons dans une coordination aussi parfaite que non-classieuse ou “cool”.

J’étais parfaitement PAS cool. J’étais mortifiée. Mon estomac s’est contracté et l’espace d’un instant je me suis visualisée balancer un flot de bile telle une incarnation fin 2012 de l’Exorciste. D’où la tête acide.

Trop dommage, il m’a vu. Et le temps que je marche jusqu’au coin de la rue à la vitesse d’une locomotive, il m’a rattrapée. J’ai entendu, un premier “Hey !” que je me suis efforcée de ne pas percuter en avançant toujours comme une furie. Le deuxième “Hey !” était à bien plus fort volume aussi ai-je eu beaucoup plus de mal à feindre la surdité. Quand il m’a devancée puis barré la route en prononçant mon prénom, j’ai compté jusqu’à trois avant de relever la tête et planter mes yeux dans les siens.

La première chose que je me suis dite en le voyant a été “Il n’a pas changé“. Phrase des plus stupides si vous voulez mon avis. Je m’attendais à quoi ? Qu’il ait un tatouage sur le front avec marqué dessus “Je suis un mec infidèle, je crains et je prévois de pourrir en enfer ou équivalent” ? Impossible. Il lui aurait fallu un front de 30 centimètres, ce qui en y réfléchissant aurait été une punition céleste des plus savoureuses… Mais je m’égare.

Il était là, planté devant moi avec un sourire idiot sur le visage et l’air content. Il était tout pareil qu’avant. Rangée de dents blanches, manteau gris et joues rasées. J’arrivais à sentir son parfum de là où j’étais. Je le fixais sans ciller et… il ne se passait rien. Strictement rien.

Je ne parlais pas. Je n’avais rien à lui dire. Aucune envie d’échanger des banalités, encore moins envie d’échanger des choses vraies. Il a avalé sa salive et s’est mis à me parler, quelque chose à propos de “ça fait du bien de te voir et consorts.” Des trucs creux. Des trucs cons.

J’ai envisagé de lui répondre et puis j’ai abandonné l’idée. Je n’étais pas contente de le voir. Si Hannah était dans les parages, elle m’aurait certainement sortie quelque chose du style “la plaie est encore à vif” et je lui aurais ordonné de se taire. La plaie est super nickel.

Je le déteste. Simple. Et j’ai le droit de le détester. Tandis qu’il assurait une conversation unilatérale, je me suis efforcée de le regarder, de vraiment le regarder, et me je me demandais ce que j’avais aimé chez lui. Qu’est-ce qui m’avait plu ?

J’ai pensé à des souvenirs, des éclats de rire, de la première fois où il m’a embrassée, de nos courses-poursuites dans l’appartement à notre emménagement, des réveils où je l’observais et je me suis sentie triste. Puis dans un flash, je l’ai revu avec Leprechaun et je me suis sentie combattive. Comme si j’étais dans un Grand 8 émotionnel.

Et puis là, aussi soudainement que solennellement, j’ai dans ma tête posé une gerbe de fleurs sur la tombe mentale de notre couple. Et je me suis sentie mieux. Il parlait toujours et je me foutais toujours éperdument de ce qu’il pouvait bien me raconter.

J’ai avancé d’un pas et je l’ai vu se décontenancer, perdre de sa superbe, perdre sa composition de mec “cool” qui parlait à la meuf qui avait partagé sa vie pendant 3 putains d’années et qui lui était maintenant totalement étrangère. La meuf qu’il avait trompée pour une raison connue de lui seul. J’ai avancé d’un pas, mes yeux brûlants à force de ne pas ciller, j’ai attrapé son visage et je l’ai embrassé.

Dans ce baiser, j’ai mis toute ma haine, mon dégoût et toute ma douleur. J’y ai mis mes souvenirs de bonheur, toutes nos joies, tout ce qu’on a jamais partagé. Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Tout ce que je sais c’est que quand je l’ai lâché, je me sentais vide, bizarrement vide et rassérénée. C’était fini. J’ai tourné les talons et me suis engouffrée dans le métro.

(cc)  harold.lloyd

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