Histoires

Bienvenue dans un monde meilleur (1) : comment Pôle Emploi a voulu me niquer

Article sélectionné par Tevouille lors de sa semaine de Rédaction en Chef.

Pas une semaine sans que la presse nationale et grand public ne sorte un article sur les travers de la fusion Pôle Emploi (finalisée par le président Sarkozy et effective depuis le 1er janvier 2009) et les vicissitudes des trop nombreux chômeurs, dont la régulière augmentation (fin octobre, la France métropolitaine comptait 3,1 millions de demandeurs d’emplois sans aucune activité, soit une hausse de 8,9 % sur un an !) ne présage aucune amélioration notable et rapide du système.
 
Bienvenue dans un monde meilleur (1) : comment Pôle Emploi a voulu me niquerOn ne tire pas sur une ambulance, surtout quand elle a déjà les quatre pneus à plat, tentent les politiques pour calmer le jeu. Mais quand vous êtes happée par cette machine infernale, c’est votre vie qui est en jeu. Et au vu des nombreux sites et blogs que j’ai pu lire, la levée des boucliers est bien générale.

Après plus de dix ans d’activité professionnelle, je pouvais fièrement claironner n’avoir quasiment jamais eu recours aux services de l’assurance chômage, avec cette culpabilité surannée de classe moyenne laborieuse. C’est vrai que je m’apprêtais à passer deux années en CIF (Congé Individuel de Formation), aux bons soins de la société, c’est-à-dire vous, Mesdames.

En résumé, je me suis lancée dans une action de formation au long cours, en cours du soir, me laissant ainsi la « possibilité » de continuer à occuper un poste en journée et donc à toucher une indemnité chômage en l’absence d’emploi effectif. Dossier allègrement validé par le FONGECIF et POLE EMPLOI, pour la période de septembre 2009 à juin 2011.

Au final, j’ai plus vécu de mes indemnités que d’un vrai boulot, étant difficilement recrutable dans le nouveau domaine d’activités où je me formais, car forcément débutante. Parce que je suis une gentille fille, j’ai effectué quelques contrats dans mon ancien métier pour évacuer la gêne que me procurait mon retour à une vie estudiantine plus ou moins frivole.

Et puis, un jour de novembre 2011, soit près de six mois après la fin de ma période de formation, je passe par Pôle Emploi de mon nouveau domicile pour récupérer des paperasses. J’en viens à évoquer mes deux années de CIF et mon interlocutrice, certainement alléchée par sa prime de Noël (la retraite anticipée pour dix chômeurs éjectés du système ?), me dit d’un air badin (j’en suis certaine, elle jubilait déjà cette ch… !) que je n’aurais pas du avoir droit à une prise en charge complémentaire du Pôle Emploi pendant ces deux années. Montant de la facture : environ 11.000 €.

Je rentre à la maison sans m’inquiéter outre mesure (paroles, paroles, paroles…), avant de recevoir quelques jours après un courrier de mise en demeure de restituer la somme immédiatement. J’en aurais fait pipi dans ma culotte ! Le système est déjà pourri, et vous avez toujours des fayots qui font du zèle. Le pire, c’est que la directive interne sur laquelle cette bonne dame s’appuyait pour me désigner à l’opprobre publique (vilaine chômeuse qui veut profiter des allocs) était totalement illégale au vu du Droit du Travail !

Après avoir repris mes esprits, je lance une opération commando : je sors des oubliettes mon dossier de 246 pages, je squatte la photocopieuse du boulot d’une copine, qui va devoir mettre sa prime de Noël en stand-by, pour finir par rédiger le plus passionnant texte de ma vie littéraire, et j’expédie le tout en recommandé, avec toute la candeur d’une l’âme pure et innocente.

Je ne vais pas rentrer dans des détails sanglants qui feraient pleurer toute la blogosphère et risqueraient de confondre Les Mémoires d’Outre-Tombe avec un vademecum. On aurait cru à un échange entre sourds-muets manchots. Si je reste polie malgré la colère qui pointe, Pôle Emploi n’hésite pas à utiliser des termes violents. A l’encontre de toute obligation légale (1), on me coupe totalement mes indemnités, alors même que je conteste la dette. J’accepte dans l’urgence un stage à 400€ mensuels dans ma nouvelle branche, c’est la seule solution, puisque je n’ai plus aucun revenu pour poursuivre mes recherches pour un poste pérenne.

Vous êtes un citoyen lambda. Vous avez un problème juridique. Vous pensez être débrouillard et vous vous dites que vous allez vous en sortir. Vous commencez à comprendre, même sans avoir lu la version originale de Cervantès, que vous êtes un Don Quichotte famélique face à des moulins à vent tentaculaires. Car vos interlocuteurs chez Pôle Emploi tiennent à leur anonymat et ont jeté la clé de l’organigramme. Et vous mangez des patates pour pouvoir payer les nombreux recommandés que vous envoyiez, à l’aveugle, à l’agence, aux différentes Directions, aux Médiateurs (un boulot en or, le Médiateur du Pôle Emploi…), en l’absence de tout interlocuteur clairement identifié.

En janvier 2012, démunie face au mur que l’administration dresse devant moi, ayant épuisé tous les recours amiables, je décide de m’adresser à un avocat. D’autres s’adressent à des syndicats. Après l’aventure chômage, l’aventure justice commence.

(cc) Scarleth White


La suite : Bienvenue dans un monde meilleur (2) : comment j’ai niqué POLE EMPLOI
 
(1) Fin de la récupération automatique des indusQuelques liens :
http://www.recours-radiation.fr/observatoire_pole_emploi/

http://www.rue89lyon.fr/2012/11/20/quand-pole-emploi-fiche-les-chomeurs-agressifs/

http://mamzelleblog.wordpress.com/2012/10/08/recouvrement-des-indus-par-pole-emploi

5 Responses to “Bienvenue dans un monde meilleur (1) : comment Pôle Emploi a voulu me niquer”

  • LOL evidemment, dans la partie 2 je me demande pourquoi je suis passé à coté de cet article alors qu’il a été posté il y a deux heures. Abawi bien sûr. Elle est gentille hein.

  • Je ne sais pas si l’article est bien clair, moi j’ai baigné là dedans pendant un an et je suis intarissable sur le sujet. je voulais dire que quelque soit le cas de chacun, il y a toujours moyen de s’en sortir. Il ne faut pas baisser les bras malgré l’injustice et s’armer de patience bien sur, mais ça vaut la peine de faire respecter ses droits ! Merci à LR de me laisser la possibilité de passer ce message en première page.

  • Moi ils m’ont coupé mes allocs pendant 8 mois car ils avaient réalisé avoir fait une erreur (coché la mauvaise case), un an auparavant ! La guerre fut longue (j’ai gagné) mais pas sans dommages. Ils m’ont pourri la vie surtout quand j’étais à l’hôpital !

  • Avatar of zut
    zut

    Deux souvenirs cocasses (maintenant):
    Paiement indu de 3000 frs : demande de remise gracieuse de dette et effacement. Bien .
    Paiement indu de 600 frs : demande de remise gracieuse de dette et diminution de moitié de la somme dûe.
    Paiement indu de 150 frs : demande de remise gracieuse de dette et prélèvement sur les 3 prochaines allocations.

    Envoi d’attestation de travail de ma boite d’intérim. Retour pour signature non valable car informatisée. La lettre de retour était signé informatiquement par le délégué du directeur ANPE. Après un saignant courrier faisant remarquer que les billets de banques qu’ils détenaient n’étaient pas plus valable car signés en fac simili, mon attestation a été exceptionnellement prise en compte.

    C’est l’administration.

    Le meilleur moyen que j’ai trouvé a été de bégayer (pardon pour ceux qui en sont affligés). C’est ra-di-cal .
    Jamais on ne repose 2x la même question et les papiers manquant comme par hasard ne sont pas ou plus indispensables.
    Et la menace de revenir si besoin fait son effet plein pot !

    Ceci dit , je plains le personnel qui n’y peux rien.

  • Je dis “bravo”, parce que j’aurais très vite pété les plombs face à une telle succession de mésaventures. Jusqu’à cette triste affaire, je n’avais connu que des problèmes mineurs avec Pole Emploi. Les exemples sont légions, mais c’est vrai que les employés sont également soumis à une pression particulièrement vicieuse. Néanmoins, la personne qui est à l’origine de mon indu a fait plus que du zèle.

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