Coeur

C’est la ouate qu’elle préfère

Ca commence il y a longtemps, au temps où l’Amérique c’était façon plumes et stetson. Un temps de comptes et décomptes, conquêtes et or noir, le temps du pionnier brut de pommes, celui qui a vaincu la tempête de sable du Dakota, la tornade du Texas, les inondations du Mississippi, le grand Nord et son blizzard, le bon, la brute et le truand tout entier contenu en un morceau de bonhomme. Un temps binaire. 

C’est la ouate qu’elle préfèreAlors, quand la donzelle du grand Ouest s’en va pour taper la discut’ avec le gars d’à côté, la série binaire, elle s’y est préparée. Question de génération : resto ou apéro, talons hauts ou espadrilles, pinard ou Cosmo, végétalien ou végétarien, fromage ou dessert, dernier verre ou estampes japonaises ? Maîtrise totale. Jusque là tout va bien.

Mais la civilisation aidant, la donzelle et son gars ont raffiné l’échange conversationnel en attaquant, sans parfois blêmir de l’audace de leurs propos, une série questions ouvertes, laissant béant le champ des possibles. Des générations à y travailler sans relâche. C’est là que l’Amérique brille, surpasse, domine. Devant le vaste, le grand, la plénitude, elle ne se résigne pas, elle s’y acharne et nous met minable.

L’impensable, l’inimaginable, la donzelle et son gars à l’Ouest, ils savent y faire, ils s’y sont préparés. Pas peur du vide, de l’abîme. Ils l’ont creusé leur sillon. Pour de vrai. Mais nous, on est à bout de souffle, on s’épuise rien que d’y penser. Il va falloir répondre à ça, à cet innommable. Allez, ouverture des chakras, libération de l’énergie, on bloque, on est en prise avec le monde, on se lance dans ce grand pays qu’est l’Amérique, on s’intègre et on commence la grande aventure.

Et ça commence comme ça à présent : “film préféré, couleur préférée, resto préféré, roman préféré, réseau social préféré, canard préféré, radio préférée, dessert préféré ?” La donzelle du vieux continent ne sait plus où donner de la tête, un choix est-ce possible ? Comme ça, là, au débotté ? Mais faire un choix, c’est un peu mourir, c’est abandonner tous ces seconds, ceux qui sont enfouis dans notre mémoire, c’est ne pas honorer nos oublis. C’est même déshonorant pour les gagnants.

Voilà, on a découvert les limites de l’immigration. Au détour d’un rendez-vous galant. Et on se quitte taraudée par une autre question : pourquoi ne coupe-t-il pas sa viande de boeuf avec son couteau ? Et que fait cette même main sur ses genoux quand il aurait fallu qu’elle aidât celle qui peinait tant ?

(cc) crowolf

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