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LOUISE WI-NN-ER

NDLR : La rédaction de Ladies Room a proposé à La poupée russe de chroniquer le DVD du film de Cyril Mennegun, Louise Wimmer.

« Insoumise et révoltée, Louise Wimmer a tout perdu. Armée de sa voiture et de la voix de Nina Simone, elle va tout faire pour reconquérir sa vie. »

LOUISE WI-NN-ERAlors que France Télévisions a dernièrement rediffusé deux des aventures du commissaire Adamsberg réalisées par Josée Dayan, dont l’excellent Homme aux cercles bleus (2009), LR a pensé à ma pomme, assignée à résidence depuis quelques semaines par la maternité en m’adressant le DVD de Louise Wimmer. C’est que je n’ose plus regarder dans les yeux ma Carte Illimitée depuis mon retour de l’hôpital, malgré une programmation estivale qui aurait pu justifier ma désaffection.

Je vous parle de ces deux adaptations de Fred Vargas car c’est là que j’ai découvert Corinne Masiero, l’héroïne de Louise W, pour la première fois. Ou peut-être dans la troisième saison d’Engrenages (2010), où elle jouait Patricia la prostituée, encore un de ces seconds rôles haut en couleur qui ont fait sa spécialité. C’est que, à l’occasion de cette critique, je me dois de faire mon coming-out : je suis une fan de séries… françaises.

Car la fiction française n’est pas uniquement peuplée de naines illuminées et de fliquettes rachitiques : tout comme HBO tient le haut de l’affiche outre-Atlantique, je suis indéfectiblement les séries Canal + (Braquo, Mafiosa, Maison Close, Pigalle…). Et même le service public n’a pas à rougir depuis plusieurs années avec plusieurs productions de belle facture (Nicolas Le Floch, Fais pas ci, fais pas ça, Boulevard du Palais…).

Alors je ne vous étonnerai pas trop en vous disant que Corinne, qui a traversé quelques-unes des plus belles réussites de la télévision française de cette décennie, a retenu toute mon attention. Ses personnages gouailleurs, où elle met à mal toute idée de féminité, me font considérer avec intérêt la pochette du DVD où elle affiche, malgré son air las, (enfin) cheveux longs et palette de maquillage à la main. Son premier premier rôle.

Le film semble collectionner les critiques élogieuses, et pas celles de « Maisons et tonnelles » ou « la Gazette du Périgord » : la Sainte Trinité – Télérama, Le Monde et Elle. Malgré un passage remarqué à la Mostra de Venise en 2011, le film est passé relativement inaperçu sur les écrans français à sa sortie en janvier 2012 (environ 150.000 spectateurs).

Premier long-métrage d’un réalisateur de documentaires, Cyril Mennegun, le film réunit encore plusieurs comédiens de télé dans des petits rôles, Marie Kremer (Un village français), Frédéric Gorny et Cécile Rebboah (Avocats et Associés et autres)… Même Jérôme Kricher que j’ai du mal à identifier peut produire un beau CV télé. Je suis en terrain connu.

C’est un film court (1h20), peu bavard, à l’image de Louise, la quarantaine, qui n’a avoué à personne qu’elle vit et dort dans sa voiture depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Pourtant Louise, elle est comme nous : elle a un ex-mari, une grande fille que sa séparation a laissé incomprise, un boulot peu reluisant, un amant intrigué.

Loin de s’attarder dans le larmoyant (difficile à gérer pour un retour de couches), le film enchaîne les scènes de la vie quotidienne où la détermination et le pragmatisme de Louise s’exprime : à chaque emmerde, une solution. Manger, dormir, se laver, faire avancer la voiture. Continuer à rouler pour continuer à y croire.

Ça n’en rend que plus émouvant et plus crédible ces rares moments où elle craque : elle semble pourtant insubmersible Louise, comme Nina Simone dont les notes de « Sinnerman » s’égrènent avec force et parfois douleur dans l’habitacle du véhicule. Car il n’y a pas de place pour l’apitoiement dans la dèche et dans la vie de Louise. Elle n’a que faire de ces mains tendues. Sans aucune empathie, elle force le respect, Louise.

Corinne M est de ces actrices hyper physiques, qui imposent une présence et qui, pourtant, ne peuvent compter sur celui-ci pour occuper la première ligne. Malgré son âge (elle est née en 1964) et son visage sans grâce, elle sublime le parcours de Louise grâce à son jeu intense et son regard rageur.

Je craignais d’entrer de plein fouet en dépression post-partum à la vision de ce film. Sans vouloir éventer la fin, j’y ai puisé le courage de finaliser ma réinscription à Pôle Emploi.

Grâce à De rouille et d’os, où elle jouait Anna, la sœur de Matthias Schoenaerts, Corinne Masiero s’est récemment offert une visibilité grand public qui, j’espère, lui ouvrira les portes vers de beaux et grands rôles.

Je ne saurais trop vous recommander de vous pencher sur la collection Fred Vargas, réalisée pour France 2 par Josée Dayan.

3 Responses to “LOUISE WI-NN-ER”

  • Quel beau papier, Louise WiNNER j’adore.
    En revanche vous faite une erreur ce film va passer les 200 000 entrées ce qui représente un succès énorme pour un film sans stars et sur un sujet aussi peu vendeur.
    Oui Louise Wimmer compte aujourd’hui comme l’un des premiers long métrage marquant de cette année 2012. Moi cela me donne de l’espoir.
    CM

  • Je suis ravie de savoir que le film va passer les 200.000 entrées, plusieurs mois après sa sortie, c’est mérité ! C’est vrai que le cinéma français d’auteur continue à offrir de belles surprises aux spectateurs attentifs.

  • Louise Winner a finalement été nominé dans deux catégories au Césars 2013 : Meilleure actrice pour Corinne Masiero et meilleur premier film.
    Au terme d’une cérémonie qui aura vu le sacre d’Amour de Michael Haneke (les 5 récompenses les plus prestigieuses), Louise Winner a reçu le César du Meilleur Premier Film !
    Félicitations à toute l’équipe, à Corinne Masiero et à Cyril Mennegun, le réalisateur, qui a également reçu le Prix Louis Delluc du premier film 2013.

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