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Le problème de l’enfant précoce

Je l’admets, je suis un peu énervée. Mais j’ai décidé de me défaire de ma position fœtale pour répondre à un article que j’ai récemment lu (il est là ). Enfin c’est pas l’article qui me fait profondément bouder, c’est les commentaires des mamans apeurées qui réagissent à l’article comme s’il était l’article de l’année.

Le problème de l’enfant précoceEn résumé, cette maman avait des doutes sur son enfant et pensait qu’il était précoce, et un jour, soulagement ( ?), son institutrice lui dit qu’il serait bon de lui faire passer des tests pour voir s’il l’est ou pas. Alors bon. Je comprends tout à fait que l’on puisse flipper sa race à l’idée de ne pas savoir si son enfant est normal ou pas parce que dans ce cas, il se coupe de tout lien social avec les autres enfants.

Un enfant précoce n’est pas plus intelligent qu’un autre, il est juste plus mature. Son âge mental ne correspond pas à son âge physique, et il considère donc que tous les enfants de son âge ne sont pas intéressants. Si on met ça dans son contexte, ce n’est pas de la prétention de la part de l’enfant : disons que je suis précoce, mon âge mental est de deux ans de plus que mon âge physique, mais j’ai 24 ans. Entre des personnes de 24 et 26 ans il n’y a pas toujours un fossé énorme. Alors que pour un enfant de 5 ans, qui en a 7 dans sa tête, tous les autres enfants de son âge ne sont que des bébés.

Mais tout ça, passe encore. Ce que je ne comprends pas, c’est qu’en France apparemment on stigmatise beaucoup plus les enfants précoces que les enfants qui sont en difficulté scolaire. C’est vrai en même temps, un enfant qui a des mauvaises notes, on le fait redoubler, on lui donne des cours du soir, au pire on le fout en parcours technique ou professionnel, et roulez jeunesse. Alors que les précoces et les surdoués, on en fait quoi ? Bah rien. On leur fait sauter des classes, on leur prévoit un parcours double (ils sont dans deux classes differentes, la leur et une au dessus), et puis heu… Bah soit ils se retrouvent avec des enfants de leur âge qu’ils considèrent comme des bébés soit avec des enfants plus vieux qui les considèrent comme des bébés. La marginalisation se fait partout.

Mais ça, on s’y fait aussi puisque de toute façon quand on arrive au collège on finit tous par devenir des ados mal dans leur peau et tout va bien. Moi ce qui me révolte le plus, c’est qu’on parle de précocité comme un problème qu’il faut régler. Vous savez quoi ? Moi j’ai été officiellement détectée enfant précoce à 7 ans. J’avais déjà sauté deux classes. Mes parents le savaient déjà. Ils m’ont fait faire ce test parce qu’ils y étaient obligés, et qu’il était nécessaire pour entrer dans une école spécialisée. Le test, en fait n’a jamais vraiment été nécessaire dans mon éducation.  Mes parents n’ont jamais laissé transparaître aucune peur, aucun doute, aucune angoisse de par ma condition d’enfant « surdouée ». Ils m’ont toujours traitée comme si j’avais un truc en plus mais que bon, voilà, ça arrive.

Alors j’ai aucune leçon à donner parce que je suis nullipare, je sais. De toute façon je m’en fous, si vous élevez vos enfants surdoués comme s’ils étaient des enfants à « problèmes », ça remplira un peu plus les poches des pédopsys. Mais merde, réfléchissez un peu, quoi. Un enfant précoce, c’est un enfant normal avec des particularités en plus. C’est comme s’il était blond, brun, aux yeux noirs ou bleus. Ce n’est pas un problème. Ce n’est pas une difficulté, c’est une particularité. Si on m’avait traitée à la maison comme si j’étais une enfant à mettre à part, alors que je passais mes journées à être marginalisée par les profs et les élèves, je n’aurais pas donné très cher de ma peau aujourd’hui.

Agissez pour que ces enfants grandissent en se sentant normaux. Pas pour qu’on les traite en bête de foire.  Vous pouvez disposer, je retourne bouder.

(cc) Victor Bezrukov

15 Responses to “Le problème de l’enfant précoce”

  • Ça m’a toujours révoltée qu’on vole leur jeunesse à ces enfants, en leur collant des tas d’heures de cours, même le week-end et en leur faisant faire des activités artistiques “dignes d’eux”. Qu’espèrent les parents en faisant ça? Pensent-ils au bien-être de leur enfant, à son épanouissement, à ce qu’il veut vraiment? Lui demandent-ils seulement son avis?
    Qu’un enfant ait de bons résultats scolaires, c’est super, mais ça ne fait pas tout.

  • @electricalstorm la plupart du temps, ce sont les enfants qui demandent à faire autant d’activités. Ne tombe pas dans le cliché du “les parents qui ont des enfants surdoués, de toute façon ils forcent leurs enfants a travailler”, parce que la plupart du temps ce n’est pas vrai.
    Il y a des enfants précoces qui s’ennuient à l’école. Mon grand frère en a retiré un profond dégoût, tellement qu’il ne veut plus faire aucun travail intellectuel ou lié au domaine de l’intellect aujourd’hui. Lire, écrire, constituer un dossier, remplir des papiers administratifs, passer son code sont ou ont été des epreuves pour lui.
    Moi, j’en redemandais. J’ai bassiné ma mère trois semaines pour qu’elle m’apprenne à lire parce que j’étais jalouse que mon frère sache le faire et pas moi. Je piquais les livres d’anatomie de mon père et je regardais les documentaires sur arte a 7 ans. Je n’ai jamais été forcée de faire quoi que ce soit. J’ai fait du sport en compétition, j’ai appris à jouer de la musique, mais mes parents ne m’ont jamais forcé à le faire.

  • C’est marrant, le titre de ton billet devrait plutôt être “Le problème de l’enfant précoce… n’est pas un problème.” Par ailleurs, la précocité n’est pas seulement une question de maturité, mais aussi une question d’intelligence. Encore faut-il savoir qu’il existe différentes intelligences et qu’il ne faut pas forcément penser QI.

    Sans rentrer dans les détails, je ne pense pas, par ailleurs, qu’il faille confondre précocité et surdouance. Je vous invite du coup à aller lire le compte-rendu de Nouvelle 30naire sur notre rencontre avec Monique de Kermadec, psychologue spécialiste en la matière :

    http://ladiesroom.fr/2011/10/25/ladulte-surdoue-de-monique-de-kermadec-decouverte-du-livre-et-rencontre-avec-lauteur/

    Bonne lecture !

  • @ Tevouille:Bien sûr, dans ce cas-là, c’est différent. Je disais ça parce que j’étais tombée sur un documentaire de ce genre, il y a quelques années, je sais plus lequel.
    C’est vrai qu’il y a des enfants qui aiment apprendre et en redemandent. Moi aussi, même si je n’étais pas une surdouée, j’ai sauté une classe parce que j’ai su lire avant les autres et j’ai toujours aimé passer mon temps dans les bouquins pour connaître pleins de choses. J’étais juste trop feignasse pour en faire quelque chose de concret (et on voit où ça m’a menée…^^)

  • Je bénis ma mère qui a préféré traiter l’autre partie du problème (elle a des problèmes relationnels, à la limite de l’autisme) que de garder le fait que je calculais plus vite que mes profs et que je savais parfaitement lire à 5 ans. J’aurais pu sauter deux, trois classes et me retrouver titulaire du bac à 15 ans. Au lieu de ça, je n’ai jamais été privée de sortie et j’ai eu mon bac à l’arrache à 17. Certes, encore aujourd’hui, quand je discute, j’ai l’impression d’être un monstre, mais au moins, j’arrive à nouer des relations. Et ça, ça réjouit davantage ma mère que le fait que j’aurais pu être thésarde.

  • @Rose-H merci pour le lien, et j’ai fait en sorte de ne pas trop m’étaler sur le sujet pour en venir à l’essentiel. Parce que savoir ce qu’est un enfant précoce, c’est cool, mais savoir comment ils sont considérés en general, c’était mon sujet.
    @Storia amen. Difficile de se dépatouiller avec les relations sociales quand les autres vous prennent pour un freak et qu’on ne sait pas pourquoi.

  • Quand il est question de précocité, il n’est pas forcément question de QI. Et je ne suis pas d’accord avec toi sur le fait qu’un enfant précoce ne soit pas un “problème”. Au quotidien, dans la vie de tous les jours, c’en est un. Il faut être dans la situation pour comprendre. Tous les parents de “précoces” ne leur font pas faire plus de travail, ni plus de choses, ni je ne sais autre quelle idée reçue… Certains s’attachent seulement à ce que leur gosse soit heureux, notamment à l’école, et ça c’est du boulot.
    Ma fille est précoce, c’est pas pour ça qu’elle va chez le psy, ni qu’elle sautera une classe (je ne veux pas), je fais avec et je m’attache à ce qu’elle fasse les choses qu’elle aime, point. Sans en faire trop, ni pas assez.
    On ne s’occupe de ces enfants, on préfère passer outre parce qu’on ne sait pas comment les gérer, les instits ne sont pas préparé(e)s à ça, et se concentrent sur les élèves en difficultés.
    Donc, oui, arrêtons de stigmatiser, de part et d’autres.

  • @LilieM, ce que je veux dire par le fait qu’un enfant précoce n’est pas un problème, c’est qu’il ne doit pas être considéré en tant que tel. Un enfant précoce est différent, avec ses avantages et ses inconvénients, il ne doit pas être considéré comme un fardeau dont on doit s’occuper sans cesse.
    Dire d’un enfant précoce est un problème, c’est dire aussi qu’il n’y a pas de solution. Qu’il en sera toujours un. Parce que la précocité, ça ne se guérit pas. Et ça, c’est franchement insultant.

  • Ok je comprends mieux. Alors non, ce n’est pas un problème ;)

  • Mère de 2 HP, je pense qu’il quand-même important de savoir de quoi il en retourne.
    Sachez aussi que chaque enfant réagit différemment et que les garçons supportent moins bien leur précocité que les filles. Seuls 33% des EIP ont leur bac et seuls 2% font des études en relation avec leur potentiel.
    Mon fils a déjà connu une crise alimentaire grave et dès qu’il a un problème, il le montre par des troubles alimentaires. Ma fille est beaucoup plus sereine. Chacun d’entre nous aborde sa différence à sa manière. Pour moi, il s’agit d’une différence, comme la taille, le poids, la couleur de peau ou des yeux, etc. Par contre, il faut rester vigilant pour éviter le décrochage scolaire ou tout mal-être.
    Pour les parents, il est utile de connaître la différence de leur enfant et un peu d’aide est parfois nécessaire. Combien de parents j’ai entendu dire:”si je pouvais avoir un mode d’emploi, cela me faciliterait la tâche!”
    Alors, oui. Je lis beaucoup de livres et suis plusieurs blogs et discute avec d’autres parents… Mais cela m’aide à comprendre certaines réactions de mes enfants.
    Il faut aussi savoir que l’EN est loin de prendre en compte la spécificité des enfants et avec 36 élèves par classe et des profs désabusés, chaque différence peut devenir un problème et il peut grandir pendant la scolarité… Au point de devenir insurmontable… Alors oui, en tant que parent, nous essayons de choisir des écoles qui tiennent compte des différences…
    Faisons-nous bien ou mal de nous inquiétez pour nos enfants? Je n’en sais rien, mais nier la différence et la laisser à l’incompétence d’une société en proie à l’uniformisation, je dis non!
    Maintenant à toi de vous de me juger…

  • Je voulais dire: maintenat à toi, à vous, de me juger…

  • @Nouvelle 30naire ah non, pas de jugement, c’est pas une cour de cassation ici :D
    Je te tire mon chapeau pour ce qui est d’avoir trouvé le juste milieu entre traiter tes enfants dans l’indifférence la plus totale et en te disant que de toute façon “ça va passer” (ouioui , j’en connais des comme ça); et la marginalisation totale de tes enfants.
    Je ne me revolte pas contre le fait qu’on ne connaisse pas assez les enfants précoces, c’est une condition qui mérite que l’on se penche dessus pendant plus qu’un article à mon humble avis, mais contre le fait qu’on leur donne une place de bête de foire. Quand on entend parler certaines mères (d’ailleurs, les mamans, va falloir vous mettre dans la tête que les enfants entendent TOUT, et retiennent TOUT, j’avais 8 ans quand j’ai entendu ça), on se demande s’il aurait été préférable pour elles de ne pas avoir d’enfant du tout plutôt qu’un enfant précoce. Ce n’est pas une fatalité.

  • @Tevouille…
    Je suis bien placée pour savoir que les enfants entendent tout et comprennent tout! Surtout ceux dont le cerveau fonctionne à 3000 tours ;-)! Ne pas en avoir ou des enfants précoces, je ne me suis même pas posé la question, ils sont comme ils sont… C’est parfois difficile de gérer un enfant différent qui souffre de l’incompréhension des autres, c’est comme je le disais une différence… Par contre le côté bête de foire comme tu dis, relève de l’incompréhension ou même de la jalousie, mais l’humanité est ainsi faite, elle méprise ou déteste ce qu’elle ne comprend pas…

  • Je tombe sur ton article par hasard. Je crois déjà avoir répondu a tes commentaires sur mon blog. Je n’ ai pas peur qu’il soit surdoué, je ne suis pas inquiète et n’ en fais pas un être à part. Il va passer le test, et nous verrons.
    Mais oui, si il s’ avère que c’est bien cela, je serai soulagée, non pas parce qu’il sera identifié en tant qu’ enfant précoce, mais parce que ça me permettra enfin de mieux le comprendre et mieux répondre a ses attentes

  • @Nouvelle 30naire et bah justement, pour éviter le phénomène bête de foire, il faut prévenir, informer, et agir. Et c’est pour ça que j’ai écrit cet article :D
    @zazaofmars tu as très bien répondu à mes commentaires, effectivement. Mais je ne suis pas là pour créer le débat sur les blogs des autres et mes réflexions n’auraient fait qu’agiter les mamans anxieuses qui ont commenté ton article. Par contre, j’avais vraiment BESOIN de m’exprimer sur le sujet, parce que dans ces cas là, on entend beaucoup plus parler des parents que des enfants. Pourtant, ce sont eux, les précoces. Et comme je viens de le dire @Nouvelle 30naire, il faut prévenir, informer et agir. Je préviens là. :)

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