Histoires

Expulsion imminente (ou presque) – 2°partie

Previously…

Notre héroïne super belle, super bien gaulée même enceinte et super intelligente, a perdu les eaux, mais ne s’en est aperçu que le lendemain, à son arrivée à la maternité. Au matin suivant, son merveilleux bébé-sauveur-de-l’humanité n’est pas encore né. Les médecins ont alors décidé de déclencher l’accouchement. Pendant ce temps-là, Manuela s’est rendue compte que Carlos savait qu’elle le trompait avec Angel et qu’il avait couché avec Germaine pour se venger…

Expulsion imminente (ou presque) – 2°partieLe dimanche, on avait procédé à l’insertion, dans l’un de mes orifices naturels, d’une espèce de tampon censé ramollir mon col de l’utérus et me faire accoucher dans la journée. Alors, je suis pas une spécialiste, hein, mais dans la mesure où, vingt-quatre heures plus tard, j’avais droit à un examen accompagné d’un laconique « Col à un ! » et qu’on s’apprêtait à me jouer un remake de la scène au tampon en direct live, je pense pouvoir dire, sans trop m’avancer, que le déclenchement avait été un échec cuisant. En revanche, dans le style « deuxième effet kiss cool », il avait parfaitement réussi sa fonction « contractions qui te font passer toutes celles que t’as connues jusqu’à maintenant pour du pipi de chat ».

Lundi 16 mai, 6h

Comme une sensation de déjà-vu. Porte qui s’ouvre, sage-femme débordante d’énergie qui interrompt mon micro-dodo, envie de meurtre, vision relaxante d’une baïonnette s’enfonçant dans un abdomen, fauteuil roulant, ascenseur, salle d’accouchement… Un élève sage-femme s’occupe de mon cas, sans me mettre le vagin en chou-fleur, fait suffisamment rare depuis mon arrivée pour être souligné.

8h

Je serre les dents. Les contractions big mamas sont arrivées. La veille, elles étaient déjà costauds, mais je les gérais bien grâce à mon unique cours de préparation à la naissance, pris en urgence le jeudi précédent. Tout en ricanant intérieurement de toutes ces chochottes que j’avais entendues se plaindre de la douleur insoutenable que représentait un accouchement jusque là. C’étaient rien que des femmelettes, voilà tout. Des petites natures. Moi, j’étais une dure. J’assurais.

Sauf que là, ça commence à faire vraiment mal. Comme si une vague de milliers de petits doigts déferlait sur moi et me ravageait le ventre, avant de briser en mille morceaux mon dos momentanément transformé en plaque de verre. Toutes les cinq minutes. Une douleur qu’on pourrait, effectivement, qualifier d’insoutenable, oui, c’est vrai. Le bon côté de la chose, c’est que plus ça fait mal, plus ça travaille. Alors, nul doute que dans deux heures maximum, on me posera la péridurale.

Je dis rien, j’encaisse. Mais, bordel, qu’est-ce que c’est long deux heures !

9h

J’ai mal, je me tortille sur le lit. Plus qu’une heure, je peux tenir sans pleurer. Je vais le faire !

10h

Col à deux. Pas suffisant pour poser une péridurale. On me remonte dans ma chambre.

Pourquoi je suis pas plus dilatée d’abord ? Avec tout ce que j’ai pris dans la gueule jusqu’à maintenant, je devrais être au moins à sept. Parce que si ça continue à ce rythme-là, j’aurai pas accouché avant la semaine prochaine. Et je compte pas tenir comme ça jusqu’à la semaine prochaine parce que ça fait mal, c’est affreux, c’est horrible. Il faut que ça s’arrête, vite ! Je veux la péridurale, je la veux maintenant ! Pourquoi on peut pas me la mettre, pourquoiiiii ??? C’est une conspiration, hein ? Ils en ont après moi dans cet hôpital. Ils veulent me voir pleurer, ces enfoirés, c’est ça ? Eh ben non, je leur donnerai pas ce plaisir ! Hahahaha ! Je sais même pas pourquoi je rigole.

Doudou me tapote sur l’épaule :

-Tu peux pleurer si tu veux.

- MAIS J’AI PAS ENVIE DE PLEURER, PUTAIN!!!

11h

Je pleure.

12h

Doudou est rentré manger et se reposer un peu à la maison. Belle-Maman me fait faire la respiration au téléphone. Ça marche pas, j’ai quand même mal. Je raccroche et je pleure.

13h

Mes parents viennent me soutenir. Ça me remonte le moral. Je me sens prête à affronter la prochaine contraction, comme une vraie guerrière. Qu’elle arrive, tiens ! Je vais lui montrer, moi, comment on traite les salopes de son genre chez nous !

14h

J’ai tenu dix minutes. Maintenant, je pleure.

15h

Sage-femme Gentille me met du Spasfon dans la perf’. Ça sert à que dalle, mais c’est sympa d’avoir essayé.

17h30

Quelqu’un vient jeter un œil à mon col. L’espoir renaît. Là, quand même, si c’est pas bon, je veux bien qu’on me coupe…

-Toujours à deux !

Non ! Non ! Nooooon ! Cette fois, c’est trop, j’arrête, je joue plus. C’est quoi ce foutage de gueule ? Nom de Dieu de bordel de merde ! On me colle sous monitoring. Je peux même plus me tortiller dans tous les sens et ça fait deux fois plus mal.

19h

Doudou est revenu. Je me contente de pleurnicher, parce que j’ai plus une seule goutte de larme disponible en stock.

20h

J’en peux plus. Putain – afin de limiter les obscénités et la violence verbale, et parce que ce billet a déjà largement dépassé le quota, dorénavant, tous les mots grossiers et toutes les insultes seront censurées par un signal sonore extrêmement désagréable. Merci de votre compréhension ! – bip de bip de bip de bip!

Bip de personnel hospitalier qui me regarde souffrir le martyr sans lever le petit doigt. Et comment on peut vouloir avoir d’autres gosses après avoir connu une telle torture. Faut vraiment être une dégénérée congénitale ! Moi, on m’y reprendra plus. Jamais. Plutôt crever !

21h

Sage-femme Antipathique m’examine. Toujours pareil. Je m’effondre. Même plus la force d’injurier qui que ce soit. Je la supplie de faire quelque chose. Elle répond, de son air aimable :

- Y a pas d’accouchement sans contractions et les contractions, ça fait mal. On peut rien y faire.

Biiiiiiiiiiip !

22h

Je marche dans le hall de la maternité pour essayer d’activer le travail. Doudou fume des clopes et téléphone dehors. Et après, on ose dire que père et mère sont égaux devant leurs enfants. Mon bip, oui ! Je me tape la tête contre la perf’. J’ai envie de mourir.

23h

Sage-femme Antipathique est de retour. Mais, à cet instant précis, j’ai envie de lui baiser les pieds. Elle vient de m’accorder le sésame menant tout droit en salle d’accouchement. Bon, on sent bien que ça ne vient pas vraiment du cœur et qu’elle a probablement juste envie de se débarrasser de moi et de mon doigt scotché à la sonnette d’appel, mais peu importe. Après cinquante-neuf heures de stagnation totale, pour moi, c’est un grand pas en avant.

Je m’installe sur le fauteuil roulant. Et cette fois-ci, c’est la bonne. Promis, je ne remonterai pas sans ma fille. Je me sens mieux, prête à affronter la contraction qui monte sournoisement. Celle-là, elle ne m’aura pas. Quoique… biiiiiip !

À suivre…

(cc) -sel

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