Humeurs

Oh non ! Pas eux !

Il y a des jours comme ça où tout notre monde s’effondre. On s’assoit sur le canapé et on sait que notre vie ne sera plus jamais la même. On prend conscience que toutes nos croyances, toutes nos convictions les plus profondes, celles sur lesquelles on a laborieusement bâti notre univers ne sont rien de plus qu’un frêle château de cartes et qu’il suffit parfois d’une seconde pour que cet équilibre bascule vers le chaos. Cruelle école que celle de la vie !

Oh non ! Pas eux !La matinée avait pourtant bien commencé. Du moins, pas trop mal, mais quand on est une femme au foyer-pas-désespérée-mais-presque-enfin-bon-ça-dépend-des-jours, on apprend à se réjouir de petits détails qui nous paraissaient futiles par le passé. Alors, dans la mesure où je n’avais eu à me lever que deux fois pendant la nuit, que Mini-Kakahuète avait englouti son biberon avant de se rendormir pendant deux heures (et moi aussi par la même occasion) et qu’il restait du lait dans le frigo pour me préparer un chocolat chaud, oui, on peut dire que la journée s’annonçait plutôt bien.

C’est alors que Doudou a allumé la télé. Depuis, je ne cesse de me demander quelle tournure aurait pris mon existence si rien de tout cela ne s’était produit. Si Doudou avait embauché plus tôt et qu’il n’avait pas allumé ce foutu poste. J’aurais continué à vivre dans l’ignorance, au moins pour un certain temps encore, portant fièrement mes illusions en bandoulière, comme les Miss portent leur écharpe. Ah ! Heureux les abrutis et les gagnantes de concours de beauté !

Notez que je lui ai déjà dit un paquet de fois que c’était malsain de se planter devant BFM TV dès le lever. Toutes ces images de guerres, de catastrophes naturelles, de personnes mourant de faim à l’autre bout de la planète, ça a toujours le don de me plomber le moral et de gâcher le goût des mes tartines à la confiture! Enfin, ça prouve bien que j’ai toujours raison et qu’il ne m’écoute jamais, mais ça c’est une autre histoire…

Le drame nous est tombé dessus. Comme ça, sans crier gare. Aussi douloureux qu’un coup de massue sur la tête. JOHNNY DEPP ET VANESSA PARADIS SE SÉPARENT. Une bombe venait d’exploser au milieu de mon salon. À l’écran, la journaliste remuait les lèvres, mais je n’entendais plus un son. Ce n’était pas possible. Pas lui. Pas elle. Pas eux !!! Pourquoi, Seigneur, pourquoi ?

D’abord, y avait eu Bruce et Demi. Ensuite, Brad et Jenny. Et comme si tout ça n’était pas assez traumatisant, voilà que maintenant… (voix brisée par les sanglots)… On avait pourtant un arrangement, tous les deux, non ? (reniflement) Je t’offrais mon quatrième enfant en sacrifice et toi, (mouchage) tu laissais Johnny et Vanessa tranquille jusqu’à ce que la mort les sépare, souviens-to i! (‘toutes façons, je comptais pas en avoir plus de deux, des gosses, alors toi aussi, tu l’as dans l’os, mon p’tit vieux… petit ricanement machiavélique)

Très réactif, Doudou m’a aussitôt servi un petit remontant (oui, on a le droit de boire du rhum à 9h du mat’, mais seulement en cas d’extrême urgence émotionnelle). Il était presqu’aussi secoué que moi, le pauvre. Même s’il le montrait pas trop. Les hommes savent mieux prendre sur eux que nous. Trois ti punch et un épluchage complet des pages web évoquant la catastrophe plus tard, j’y voyais déjà plus clair.

La totalité des articles était écrite au conditionnel et la rumeur était basée sur un seul élément : Johnny est apparu sans Vaness’ aux Golden Globes… Waouh! Ça c’est de l’info. Une bande de scribouillards en mal de scoop plonge le monde entier dans le désarroi, tout ça parce que Monsieur est sorti sans Madame. Non mais, ça va pas la tête de nous faire une peur pareille ?

Moi aussi, parfois, je reste à la maison quand Doudou va boire un coup au Mushroom Pub (bon, ok, c’est pas le Festival de Cannes, mais on fait à la mesure de nos moyens), ça veut pas pour autant dire qu’on peut plus se saquer. Si ça se trouve, elle était malade (pis y a une grosse épidémie de gastro en ce moment…) ou juste fatiguée.

L’info suivante a achevé de me rassurer : Johnny sortirait maintenant avec Eva Green. Sans déconner, ils veulent nous faire gober que la future belle-mère de Lily Rose et Jack n’est autre que la cousine d’Elsa ? Tout s’éclairait : encore un truc de vieux journaleux aigri pour entretenir l’éternelle rivalité Vanessa/Elsa. C’était peut-être elle-même qui avait lancé la rumeur, d’ailleurs, histoire de relancer sa carrière défunte depuis une plusieurs siècles déjà. Quand même, il est pas si con, ce Johnny ! Doudou m’a servi un quatrième punch pour fêter ça.

Quand je me suis réveillée, en milieu d’après-midi, je me sentais rassurée, persuadée que le pire était derrière nous. Tout irait bien maintenant, ce n’était qu’une fausse alerte. Difficile, mais salutaire, comme pour nous faire réaliser que le bonheur ne tient qu’à un fil. Puis, la main glacée du doute m’a étreint le cœur, instillant son venin dans mon corps tout entier. Le mal était dans la plaie. Désormais, je ne serais plus jamais sereine.

Et si c’était vrai ?…

5 Responses to “Oh non ! Pas eux !”

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