Histoires

Mon beau-père (mon foie) et moi

Un samedi soir. Doudou, moi… et son père. Ça va être dur. Trèèès dur. Mais pas forcément pour les raisons qu’on imagine. Je m’explique : en général, passer une soirée avec ses beaux-parents, cela revient principalement à dîner sagement, tranquillement, en famille.

Mon beau-père (mon foie) et moiAu fil des conversations diverses et variées, on pourra avoir l’impression de se retrouver soit dans le virage sud du Vélodrome, soit dans les couloirs d’une palombière, on mourra d’envie d’aller voir le dernier Clavier (ou pas) et on repartira en connaissant par coeur et à la virgule près, le bulletin de Zoé, la benjamine du clan dont on ne sait vraiment pas ce qu’on va faire.

Peut-être qu’on s’engueulera en causant politique de l’immigration et mariage des homosexuels et qu’on se réconciliera autour d’un bonne bouteille de Médoc (voire de plusieurs). Peut-être qu’on s’emmerdera un petit peu. Mais on pourra aussi passer un bon moment. Si, si, y en a !

Au milieu de toutes de toutes ces variantes, un seul point commun, fixe et immuable. Nous. Polie, souriante et respectueuse, on ressert Beau-Papa à peine sa dernière bouchée de pot-au-feu engloutie et on insiste pour aider Belle-Maman à faire la vaisselle. La bru idéale, en somme.

Et, c’est bien normal, car il est une loi, gravée au plus profond de notre code génétique depuis le commencement de l’Humanité, qui dit : “A tes beaux-parents, ton meilleur visage tu montreras.” C’est pourquoi on a tendance à insister sur notre brillant cursus en fac de Droit, en omettant de mentionner le nombre incalculable de cours séchés pour cause de récupérage intensif après avoir passé la nuit à bouger son boule sur un bar perchée, en enchaînant les tequ’paf et les roulages de pelles à de parfaits inconnus.

Sauf que, dans mon cas, c’est si je passais ce genre de détails sous silence que j’aurais tout faux. Parce que, mon Beau-Papa à moi, c’est le genre rock’n'roll. Qui a bringué avec Mick Jagger, s’est torché avec Gainsbourg, s’est “poppersisé” dans un avion avec Polanski, qui a même vu Jim Morrison le soir de sa mort. Forcément, à côté, on a vite fait de passer pour une nonne, avec nos soirées au Méga Macumba!

Donc, ce samedi-là, nous n’avons pas dîné. La soirée familiale a commencé vers 1h du mat’. Quand on est arrivés, Beau-Papa s’en tenait déjà une bonne, alors que les derniers clients n’avaient pas encore débarrassé le plancher de son restaurant tout de voilages blancs vêtu. Sa seconde épouse, que je nommerai Belle-Maman Bis pour simplifier la chose, arrachait haut-la-main la médaille d’argent niveau imbibation, talonnée de près par la bande d’arsouil… d’amis qui se tiraient la bourre pour monter sur la troisième marche du podium.

Vint la question rituelle, marque d’amour profond d’un père envers sa progéniture : “Alors qu’est-ce que vous voulez boire ?” Oui, bonjour, nous aussi on est contents de vous voir… Visiblement pas gêné par les débordements d’affection, Doudou engloutissait déjà la moitié d’une pinte. Bon, ben, puisque tels étaient les usages dans cette famille… une bière !

Puis, deux. Puis, trois. J’étais euphorique. La nonne s’évaporait peu à peu, cédant la place à une meuf trop à l’aise, une meuf trop cool qui rigole fort aux blagues de cul du meilleur ami de son beau-père, une meuf trop rock’n'roll, quoi ! Oh, tiens ! C’était quoi cette bouteille ? Téquila-liqueur de café ? Huuuum ché bon cha ! Encore !…

Une demi-heure plus tard, le bar d’à côté. Je suis déchirée. Belle-Maman Bis vocifère un énième “Chupitooooo !” Je me plonge dans une conversation sur l’apiculture et les exactions du frelon asiatique avec ma voisine de droite, en faisant mine de ne pas avoir entendu. Beau-Papa m’interpelle, la voix éraillée :”Kakahuète ! Viens boire ton chupit o!”  Je me rends compte que je tiens la jambe à un pied d’aloé vera. La vodka me brûle la gorge, j’ai l’impression que mes neurones dansent la carmagnole. Je réussis à dégoter une chaise libre et tente par trois fois de m’asseoir dessus. Belle-Maman Bis glapit “Alleeez on y vaaaa!”, juste au moment où j’y arrive.

Je remets la main sur Doudou au bar suivant. Beau-Papa commande déjà une tournée. Mes tripes se tordent rien qu’à l’idée qu’une goutte d’alcool pourrait tracer la route dans mon gosier. Doudou voit mes traits révulsés. Il est bourré, mais il comprend : un jus de goyave pour la demoiselle. Discrètement, bien sûr. Manquerait plus que je passe pour la baltringue de la soirée !

La perspective réjouissante d’un peu de répit pour mon foie fait instantanément baisser mon taux de gamma GT. Un poil d’exercice là-dessus, et j’te finis la soirée fingers in the nose ! Je me trémousse sur la piste de danse. L’alcool aidant, je me sens aussi sexy qu’une Beyoncé, version Crazy in love, alors que j’ai probablement l’air d’un pingouin étrennant sa première paire de talons aiguilles.

Belle-Maman Bis surgit sur la piste, avec la délicatesse d’une boule de bowling en plein strike, et me braille au visage :”Doudou t’a commandé un jus !”comme si c’était la pire infamie au monde. Au moment où ses yeux s’arrondissent tellement qu’elle ne peut plus battre des cils, je comprends que je suis censée prendre un air outré. Elle s’acharne : “Alors, en vrai, tu veux quoi?” Mes épaules s’affaissent. Bon, ben… une bière…

A la fin, j’ai vomi. Pendant une demie-heure. Puis, Doudou m’a portée jusqu’à la maison. Eux, ils se sont éclatés jusqu’au petit matin. Et quand j’ai croisé Beau-Papa, en allant bosser le lendemain, il était frais comme un gardon.

Pfff ! C’est quand la retraite… pour lui ?

(cc) th. frison

One Response to “Mon beau-père (mon foie) et moi”

  • Avatar of
    Street Book

    Quoi pas de commentaire sur ce chef d’oeuvre WTF ?

    Namého bon j’adore ton article le ton je me suis marré du début à la fin hahaha je vais te suivre à la trace maintenant …

    Bon je continue les autres articles!

    Merci Ladies o/

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