Histoires

Les Cacas Papillons

Article sélectionné par electricalstorm lors de sa semaine de rédac’chef !

De toutes les questions existentielles qui peuvent hanter les nuits de nos amis les mâles, s’il en est bien une que j’ai du mal à saisir, c’est cette obsession pour les toilettes des filles et ce qui s’y passe. Sans doute des réminiscences de leurs glorieuses années collège où, explosion hormonale oblige, ils s’imaginent que nous nous montrons nos petites culottes respectives en nous tripotant les cheveux sur I Kissed A Girl de Katy Perry.

Les Cacas PapillonsLoin de moi l’idée, Messieurs, d’aller rompre le charme, mais si nous ne nous adonnons pas à ces petites activités coquines, c’est que nous sommes bien trop occupées à garder derrière nos portes vert sapin un secret millénaire.

Car chez les Vieilles Meufs, je vous le dis tout net, le caca est prohibé. On compte certes dans notre communauté des nanas plutôt flex sur les questions excrémentales, mais nombre d’entre elles sont aussi des contestataires du popo, des insurgées de la grosse commission, que dis-je, des djihadistes de la constipation. Ces dernières sont faciles à repérer : à toute question suspicieuse ou légèrement orientée, elles vous répondront « Je suis une Princesse, je fais des cacas papillons ».

Le Caca Papillon est un concept tout droit sorti de l’hémisphère cérébral gauche d’une jeune femme lasse d’avoir à justifier ses absences parfois trop longues au petit coin. Suffisamment court pour pouvoir passer pour un gros pipi, il est évidemment inaudible et inodore, presque évanescent.

Il s’agit d’un geste technique particulièrement complexe, qui allie dextérité (étalage de papier toilette sur la lunette à une main sans effleurer la cuvette), souplesse (position dite « de la chaise » exécutée les deux chevilles liées par un string sur des talons de 10), et minutie (liquidation instantanée et discrète de toute trace de passage) : laissez-moi vous dire que si cette discipline était officiellement reconnue par le comité d’organisation des Jeux Olympiques, elle serait plus sévèrement notée que le patin à glace. Imaginez donc la pauvre Monique en larmes dans le Kiss & Cry parce qu’elle a perdu trois dixièmes sur sa note artistique, son talon ayant ripé sur une feuille de Moltonel orpheline.

J’en vois déjà des qui rigolent, au fond, des petits malins détendus du côlon qui ne comprennent pas pourquoi s’imposer de telles manœuvres. Mais à cause de la pression sociale, mon vieux ! C’est elle qui véhicule l’idée qu’une fille n’en est pas une vraie si elle laisse libre court à son transit, parce que ce n’est pas très féminin, pas très working girl, pas très que sais-je encore ! Et c’est sans compter sur la perfidie des autres femelles qui, si un clapotis embarrassant s’échappe d’une des cabines de la torture, ne manqueront pas d’aller raconter que Mireille de la compta abuse des Figolu entre midi et deux.

Tu veux savoir ce qui se passe aux toilettes des filles, mecton ? Il se passe que nous essayons coûte que coûte de garder notre dignité devant la cruauté du monde à refouler l’existence de nos intestins, à faire de nous des poupées acidulées et neutres, privées de la joie, a priori très masculine, de faire caca la porte ouverte.

N’empêche, rira bien qui rira le dernier, sale menteur, parce que moi je sais ce que tu fais dans les toilettes, et c’est pas très reluisant.

OBHA, pour vous servir.

(cc) Facundo Prámparo

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