bouquin

Les morues – Titiou Lecoq

Quand on m’a proposé de recevoir en avant-première le premier roman de Titiou Lecoq, ca m’a fait comme une sorte de fussoir, un peu comme quand j’avais reçu le premier roman d’Elise Costa. Je sais pas comment expliquer mais avoir en main les romans de personnes que vous lisez depuis des années, dont vous aimez le ton, les réparties, les mécanismes de réflexion, l’humour, c’est comme… une sorte de fussoir.

Les morues – Titiou LecoqTitiou Lecoq donc, dont le blog Girls and Geek est une des merveilles de l’Internet mondial, sort son premier roman Au Diable Vauvert, aujourd’hui. Et sachant que j’ai en main les épreuves non corrigées depuis le mois de juin (c’est mon instant #superconnasse ), je vous laisse imaginer comme j’ai trépigné.

“Les Morues”, il s’appelle ce premier roman.
C’est drôle d’ailleurs, je me suis tout de suite sentie concernée
: si pour la plupart des gens, traiter une fille de morue est une insulte, il n’en est rien pour moi.
J’ai aussi eu un groupe de morues comme amies pendant mes études, on s’appelait “morue” entre nous, et encore aujourd’hui, j’appelle “morue” mes plus proches amies, comme un signe de ralliement. On avait même écrit un espèce de texte qui expliquait ce qu’était une morue. Et c’était plutôt classe.
Je ne suis pas en train de dire que Titiou a écrit son bouquin pour moi ni même que le terme “morue” m’appartient, juste que ça me parle, les groupes de filles qui se retrouvent dans un bar pour se raconter leurs vies, picoler, pérorer sur les relations mecs / filles, se traiter de morues et se kiffer sec.

Ema, Alice et Gabrielle, voici les morues de départ. Elles se sont rencontrées dans le bar d’Alice et c’est là qu’elles se retrouvent tous les premiers du mois, pour les soirées Morues. Là où elles écrivent à 6 mains une charte féministe, là où elles se racontent leurs vies de trentenaires parisiennes, là où elles s’épaulent et se consolent, comme ce soir où Ema revient de l’enterrement de Charlotte, son amie d’enfance, qui s’est tiré une balle dans le crâne. C’est toujours là qu’elles vont chacune devoir faire face aux galères, aux délires et au désespoir de leurs amies, là encore qu’elles vont accueillir de nouveaux membres en les subissant un peu et enfin là qu’elles se retrouveront à la fin. A la fin de quoi ? A la fin du chemin de croix que chacune va traverser, sur fond d’enquête pour élucider la mort de Charlotte, qu’Ema n’arrive pas à accepter, les étapes du deuil ne suivant de règles figées.

Alors oui, je vous entend déjà, “encore un roman de bobos parisiens”, “ras la casquette de l’autofiction des trentenaires”, “toujours les mêmes sujets, dans les mêmes cercles”.
Oui mais non. Certes Ema est journaliste, vit entre le 20e et le 11e, évoque des sorties, des bars et des restaus qui feront monter la moutarde au nez des provinciaux mais Titiou Lecoq ne nous parle pas de ça.
Elle nous parle d’amitié, de soutien, d’incompréhension, elle nous parle des relations que l’on entretient et de celles que l’on rate, elle nous parle d’Internet et d’anonymat, elle nous parle de politique et de vrais clivages gauche / droite, elle nous parle d’utopies, de choix, de concessions.

Certes elle glisse aussi certaines allusions qui ne manqueront pas de faire sourire l’utilisateur averti d’Internet et des réseaux sociaux et encore plus les habitués de son blog.
A la fin du roman, on ne peut s’empêcher de se demander dans quelle mesure Ema est Titiou ou si Titiou est à la fois Alice, Gabrielle, Ema et pourquoi pas un peu de Charlotte et de Fred. Question de toute manière sans réponse pour ceux qui, comme moi, ne connaissent pas l’auteur IRL.

Titiou Lecoq écrit comme elle en a l’habitude et comme j’imagine qu’elle parle.
Spontané, oral, tranché, dynamique et un poil grossier, le style de “Les Morues” (NDLR: trop étrange cet enchaînement, j’ai envie d’écrire “des”) en fait en plus un roman qui se lit très vite (une après-midi pour ma part)(sans avoir chronométré) et qui prête à sourire.

Même si l’on pourra toujours reprocher à ce premier roman d’aller très vite sur certains personnages, de faire tomber des informations importantes (pour l’histoire du roman, pas pour le Monde) comme des cheveux sur la soupe ou d’être parfois un peu bancal, le tout est plus que digeste.
Saluons aussi l’axe musical qu’a voulu Titiou Lecoq (même si ce n’est pas première à faire ça) : les morues étant DJettes à leurs heures perdues, chaque chapitre possède sa bande-son, précisée à la fin.

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“Les Morues”, Titiou Lecoq
Paru le 18 Août 2011 aux éditions du Diable Vauvert

One Response to “Les morues – Titiou Lecoq”

  • Un premier livre intéressant sur la remise en cause d’une génération. Des personnages attachants parfois en contradiction avec eux-mêmes.
    L’écriture est trop parlée mais parfois parler fait du bien …

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