bouquin

Ulysse from Bagdad d’Eric Emmanuel Schmitt

Saad Saad, jeune irakien d’une vingtaine d’années réussit brillamment des études de droit et rencontre Leila dont il tombe éperdument amoureux. Mais ce bonheur apparent est vite assombri. Étant né en Irak, cette vie à priori parfaite masque une réalité sanglante violente voire injuste.

Ulysse from Bagdad d’Eric Emmanuel SchmittDe l’espoir au désespoir

Bien que son nom signifie espoir, sa vie ne se fonde que sur des déconvenues. Malgré la dictature oppressante de Saddam Hussein et du parti Baas au pouvoir jusqu’en 2003, il a vécu une enfance heureuse grâce à une famille aimante. Son père libraire, féru de philosophie et de littérature, lui donne accès à des œuvres interdites par la dictature. Il se nourrit de ces lectures et se forge un esprit critique voire une conscience politique. Il découvre vite qu’elles vont à contre-courant de l’idéologie officielle défendue par Saddam et ses sbires.

Diminués par une dizaine d’années d’embargo, la famille de Saad accueille avec ferveur la chute du dictateur. Rapidement leur espoir est déçu. Après avoir subi l’embargo, ils évoluent dans le chaos. Très vite ils déchantent. Saad est contraint de subvenir aux besoins de sa famille après la mort tragique de son père.

Rattrapés par la folie des hommes

La chute du dictateur ne met pas fin aux hostilités. La guerre en Irak a bien commencé. Les jours se suivent et se ressemblent malheureusement. Le ciel de Bagdad est assombri par des pluies d’obus. Tout n’est que paranoïa. Chacun se méfie de l’autre. La folie meurtrière touche quotidiennement les rues de la capitale irakienne.

Dans ce chaos perpétuel, le père de Saad meurt tué sous les balles américaines. Lui qui était pacifiste a été malgré lui confondu avec un terroriste. En voulant prévenir les autorités américaines d’un attentat qui venaient de blesser gravement ses gendres, il a succombé à la folie des hommes. L’injustice sacrifie souvent les innocents.

Ces descriptions bien réelles, nous rappellent que d’Occident nous assistons à la guerre via les journaux télévisés voire les chaînes d’information en continu qui égrènent à chaque instant le nombre de morts.

Ici ils détiennent une identité. Ils auraient voulu vivre mais leur existence a été écourtée. Ces mots cruels parfois rappellent que la guerre n’est pas seulement spectaculaire mais conduit bien à une catastrophe humaine. Ils valent parfois mieux que des images travaillées pour la télévision.

L’horreur a remplacé le chaos. L’incertitude règne en maître et n’apporte que la désillusion d’un avenir meilleur. Cette guerre n’est pas la nôtre mais elle continue quand même de terrasser un ennemi invisible. Quelle que soit l’issue, la fin du conflit ne mettra pas fin au terrorisme. La folie des hommes continuera à déchirer l’humanité.

Contraint à l’exil

A la recherche d’un avenir meilleur, Saad décide de fuir son pays. A contrecœur il quitte la terre qui l’a vu naître. Il ne cesse de courir après son destin et son identité. Malgré son enthousiasme innocent, son parcours est de multiples fois arrêté. Son élan demeure intact. Il parcourt le monde en quête d’une terre d’accueil. Son parcours de clandestin le mène de l’Egypte à Malte puis de la Sicile il remonte en Italie et en France pour s’échouer en Angleterre.

Une identité malmenée et humiliée

Cet itinéraire fait écho aux nombreux reportages consacrés à l’immigration. Ici les politiques s’émeuvent lorsque les immigrés arrivent aux frontières de l’Europe. La peur de l’autre nous fait refouler la misère. Ce périple conduit les plus chanceux à ce qu’ils croient être l’Eldorado européen. Mais la plupart se noient durant la traversée de la Méditerranée. Humiliés, déracinés, les clandestins en perdent presque leur humanité. Parqués, ils sont considérés comme du bétail.

Dans ce tableau morose, il existe quelques lueurs d’espoir. Certaines bonnes âmes se battent pour la justice et pour leur rendre leur identité. Bien qu’arrivé à son but ultime, Saad vit le quotidien d’un clandestin. Il ne trouvait plus sa place en Irak, il est allé la chercher ailleurs. Cette place, la trouvera –t-il en Europe ? Rien n’est moins sûr.

Son destin ressemble à des milliers d’autres. Mais il est narré avec simplicité et honnêteté par Eric Emmanuel Schmitt. Sa plume envoûtante nous emporte avec son héros du début à la fin. Un livre enrichissant. Engagé, ce texte est d’autant plus fort.

4 Responses to “Ulysse from Bagdad d’Eric Emmanuel Schmitt”

  • Si tu souhaites te faire une idée assez précise mais surtout très juste du sort réservé aux “réfugiés”, je te conseille de voir Le dernier caravansérail d’Ariane Mnouchkine. C’est un spectacle de huit heures il me semble, qui a été joué par la troupe du Théâtre du Soleil à la Cartoucherie (lieu atypique égaré quelque part dans le bois de Vincennes mais qui fait partie de Paris – cherche l’erreur) et qui est disponible en DVD maintenant. C’est impressionnant de vérité. :)

  • justement je l’ai vu il y a quelques années de ça et j’avais beaucoup apprécié. Ariane Mnouchkine est metteuse en scène de talent et de surcroit engagée. D’ailleurs le reverrais bien une de ses pièces. Bien qu’il durait très longtemps, le spectacle ne m’avait pas pas paru aussi long. C’était vraiment très prenant et fort en émotion.J’aurais dû^m’en souvenir et faire un parallèle entre les deux.

  • Je l’ai vu en DVD et je devais retranscrire les dialogues moi, donc évidemment je sais que c’était long. Mais pour avoir ensuite vu des spectacles de quatre heures, quand c’est prenant, la longueur, on ne s’en rend pas vraiment compte. :)

  • Un livre dur et beau avec comme thèmes la quête de l’identité et l’appel à la tolrérance.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>