fiction

Episode 2: Balance des graves.

Précédemment : “Épisode 1 : techniques de base de la musique

Julien retrouvait ce groupe toutes les semaines dans une petite salle du conservatoire local, conservatoire qui organisait tous les ans plusieurs concerts. Cette année, et ce, depuis quatre ans, le groupe en faisait partie. Et cette année, Julie allait se produire pour la première fois sur scène. Il le savait. Il ne se faisait pas vraiment de souci pour elle. S’il s’en faisait, c’était pour une toute autre raison.

***

Episode 2: Balance des graves.J’ai passé une semaine de merde. Trois jours à régler la sono du dernier concert et finalement leurs chansons étaient bourrées de fausses notes, le batteur n’était pas en place, et le chanteur n’en parlons pas. Une vraie loque. Aucune énergie. J’espère qu’aujourd’hui, eux feront mieux que ça, parce que j’ai absolument aucune patience.

- Bon, vous vous installez, je règle le son, on commence par Julie, tu t’approches du micro s’il te plaît et tu chantes, allez.

- Sur un autre ton, papy.

Ça me fait marrer. Elle me lance le regard noir de la gamine qui n’a pas eu le jouet qu’elle voulait. Je déteste quand elle fait ça. Je ris nerveusement. J’ai envie de l’étrangler.

***

Elle fait une petite moue et fait sortir les sons un à un de sa bouche. Elle prend son temps. Elle fait attention à ce qu’il n’y ait aucun silence pour que les réglages son soient plus faciles pour Julien.

- C’est bon, merci.

Il la dévisage. Puis se retourne encore vers sa table pour effectuer les derniers réglages des autres musiciens. Quand tout fut enfin en place, il s’assit sur le tabouret en face des musiciens et dit :

- On envoie le pâté.

***

Elle a transformé tous mes moments de joie, ceux où je m’éclate vraiment à écouter de la musique et à déceler ce qui va et ce qui ne va pas dans l’interprétation du morceau par des musiciens, elle les a transformés en prise de tête totale. Ca m’emmerde tellement d’être aussi sensible à sa présence. Ca me tue.

-Bon on fait cinq minutes de pause, là, moi j’en peux plus.

Je sors. Je sors, putain. J’vais pas pouvoir rester une minute de plus à l’intérieur. Il fait trop chaud ici. On est trop nombreux, dans une trop petite pièce, il y a trop de bruit, trop de musique, ce n’est pas assez parfait, je dois sortir, je dois sortir vite.

- Julien, ça va?

***

Elle était sortie pour voir si tout allait bien, puisque Julien était dehors depuis un quart d’heure maintenant, et que ce n’était pas à son habitude de prendre des pauses. Il avait l’air inquiet.

- J’ai mal au crâne, laisse moi un moment.
- J’ai juste un petit truc à te dire, ça ne prendra qu’une seconde.

Elle lui prit les deux mains et le regarda dans les yeux en se rapprochant de lui. Leurs visages n’étaient maintenant séparés que de quelques centimètres. Elle dit:

- Je sais que nous ne faisons pas particulièrement d’efforts par rapport à tous les autres groupes que tu as déjà supervisés. Je suis la chanteuse, je suis sensée prendre la tête du groupe, et je ne fais rien parce que je n’ose pas. Parce que je n’ai que 17 ans. Les autres ont la gentillesse de bien vouloir m’écouter, mais je ne suis qu’un bébé, et je le sais. Et je vais faire des efforts, je le jure. Le groupe et moi avons déjà pris la décision de nous voir en dehors des répétitions pour travailler davantage, et ce, même si ça se fait sans toi. Et comme ça tu n’auras plus à « prendre de pause » parce que tu es épuisé de nous écouter ramer sur des chansons sur lesquelles on répète depuis déjà deux mois. Je vais prendre des initiatives, tu peux me croire.

Elle lâcha les mains de Julien et lui serra la taille.

- Ne prends pas tout ça tant au sérieux. Nous sommes des amateurs. Calme toi.

Sans se décoller de lui, elle leva la tête pour le regarder dans les yeux, et dit:

- Allez, viens, arrête de bouder. Ils ont compris la leçon. Ils vont bien jouer maintenant.
- Je ne suis pas fâché, tu n’as pas à faire ça.

Il essayait de se débattre. Elle posa ses mains sur ses épaules et répondit:

- Je n’ai pas à le faire, mais j’en avais envie. Et tout le monde a besoin d’un câlin, une fois de temps en temps, non?
- Je n’ai pas besoin de câlin.
- Moi, si.

Elle lui prit la main et ajouta:

- Je suis contente de t’avoir rencontré. T’es un peu comme mon guide spirituel. Allez, Yoda, montre moi le côté lumineux de la force.

***

Elle me cherche, elle m’épuise. Je vais la plaquer au mur, lui prendre la bouche et la baiser.

(cc) Fabrice Erba (Photograf’Free)

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