Histoires

Episode 1 : techniques de base de la musique.

Il la regardait chanter avec attention pour déceler la moindre faute, la fausse note qui pourrait le justifier de la regarder si attentivement à chaque répétition. Quand elle eut fini de chanter, il pencha la tête en se mordant la lèvre inférieure et dit :

Episode 1 : techniques de base de la musique.- Tu ne sais pas respirer, Julie. Tu as une très belle voix, mais tu n’arrives pas à chanter assez fort pour pouvoir t’éclater sur scène. Je vais te donner quelques trucs, mais je te préviens, je ne suis pas prof de chant, alors ça n’ira pas bien loin.

Et effectivement, il n’était pas prof de chant. Ça faisait à peu près dix ans qu’il était dans le monde de la musique, et il était passé par tous les métiers : intermittent du spectacle, batteur, guitariste, pianiste, choriste… Et maintenant il était devenu une sorte de chef d’orchestre, réglant les problèmes de groupes de musique plus ou moins connus. Celui-là ne l’était pas. Mais la jeune chanteuse de 17 ans, qui sortait directement du lycée avec son sac pour aller aux répétitions, gagnait à l’être. Une très belle voix, une vraie petite merveille à l’état brut, qu’un des gars du groupe avait pour amie et ramenée quand elle a déménagé dans la région.

***

Ne pense pas. Ne pense surtout pas. Concentre toi sur sa voix. Là. Elle a fait une fausse note. C’est incroyable ce que son visage peut changer quand elle chante, c’est comme si elle changeait de personnalité, et de petite lycéenne elle devient une sorte de femme sensuelle. Fatale. Très joli petit cul, putain. Jolie tout court. Les filles de 17 ans ont l’air de plus en plus vieux ces derniers temps. Et ses cheveux sentent la vanille.

- Et donc, tu mes les montres ces trucs de Jedi pour chanter mieux qu’Aretha Franklin ?

- Attends que les autres remballent leur matos, et qu’ils partent et on aura plus de place. Il est vachement petit ce studio. En plus, on aura moins chaud s’il y a moins de monde.

***

Il la regarda enlever son écharpe et son pull. Elle avait cette habitude d’enlever son pull et de s’attacher les cheveux à chaque répétition, à cause de la chaleur. Une fois dans la petite salle remplie de chaleur étouffante, elle l’attendit, seule, devant le micro. Il faisait semblant de ranger ses affaires, pour que la pression monte et qu’elle ressente un peu plus le trac de la scène. Le concert était dans seulement trois semaines. Elle devait être préparée.

- Bon, Julien, tu viens ? Il est tard, et je commence à fatiguer !

- J’arrive!

Mais il prenait son temps. Il pensait peut-être que d’avoir ce genre d’emprise sur elle pourrait moins le désarmer quand il la verrait.

***

Ça ne marche pas. Ça ne marche pas. Elle n’a pas l’air plus stressé que ça. Elle a l’air très à l’aise, elle est tellement humble et sereine, c’en est affligeant ! Regarde-la bailler. Ça devrait être interdit d’être aussi charmante.

- Alors ?

- Recommence à chanter. Vas-y. N’importe quoi.

- Bien, vieil homme.

- Vilaine.

- Vieillard.

Insolente.

***

Elle chanta. Et au lieu de rester à côté d’elle comme il en avait l’habitude pour lui dire à l’oreille ce qu’il voulait qu’elle fasse, il fit un autre pas sur le côté pour se retrouver derrière elle. Tout en mettant sa main sur le ventre de Julie, il lui souffla à l’oreille :

- Tu vois, tu dois expirer, chanter, et appuyer sur ton ventre en même temps. C’est ce processus de respiration là que tu dois appliquer.

Elle appliquait les conseils à la lettre tandis qu’il lui murmurait son avis sur sa performance.

***

Il ne faut pas que je commence à fantasmer. Elle se rapproche dangereusement de moi. Je ne sais pas si elle le fait exprès. Je ne veux pas le savoir. Elle est mignonne, mais je dois me concentrer. Et putain je bande. C’est vraiment pas le moment.

- Tu vas te cogner contre moi, Julie.

- Ah? Pardon.

- C’est pas grave, de toute façon on a fini.

Pense à autre chose, vite.

***

Elle se retourna tout contre lui et leva la tête. Ils échangèrent leurs souffles, et tour à tour, se dévisagèrent. Il lui posa une main sur chaque épaule. Elle sourit.

- Alors à la semaine prochaine ?

- J’y compte bien, Julien. Je te montrerai mes progrès !

(cc) brtsergio

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