Humeurs

Ode a la flemme

La flemme. Je crois qu’il n’y a pas d’autres langues qu’en français qu’on a ce nom. Être fatigué de tout. Ne vouloir rien. Être même fatigué d’être fatigué. Comme si on se traînait tous les jours, pour faire ce qu’on a à faire. Pour vivre. Alors, bon, je suis peut-être un petit peu méchante en disant que c’est sûrement une attitude typiquement française, peut-être que dans les pays étrangers il y a aussi des gens, comme ça, qui ne veulent rien faire, qui ne savent comment utiliser le corps qui est le leur pendant cet instant, l’instant qui peut être déclenché par tout et n’importe quoi, l’Instant Flemme.

Ode a la flemmeC’est l’instant où tu es devant la télé, là, bien au fond du canapé, et que l’émission que tu regardais sur Canal + en clair est finie, et que passe soudainement un film en crypté. Et puis la télécommande est loin. Et puis, quand même, on est pas bien là, décontracté du gland ? Et puis on regarde pendant une demi-heure un écran crypté et on s’endort comme une vieille crotte parce qu’on n’a pas la force de faire autre chose. Enfin l’envie. Enfin je vous jure que de toute façon à ce moment-là, la force ou l’envie, plus rien ne fait la différence. On a juste envie de ne rien faire. Même pas. En fait, on sait plus.

Alors parfois on a un éclair de génie et on se dit : « Je vais aller faire quelque chose pour me réveiller», se défaire de cette putain de flemme, celle qui te colle à la peau, celle qui ne te lâche plus sauf si tu te secoues très fort. Alors tu te dis que tu vas aller faire quelque chose. Un jogging peut-être, les courses sûrement. Et puis tu regardes dehors, et il fait gris. Ou il fait beau. Ou il fait froid. Ou il fait chaud. Et puis tu rajoutes le mot magique devant toutes ces estimations météorologiques, et ce mot c’est « trop ». Fait « trop » froid, on va pas sortir maintenant. Ou fait « trop » chaud. Ou fait « trop » gris, c’est un temps à se foutre sous la couette. Ou fait « trop » beau, c’en devient déprimant, putain.

Et des fois, même, le téléphone sonne. Et quand il sonne, tu te dis « Roh fais chier ». Alors tu décroches pas. Des fois c’est parce qu’il est trop loin, genre faut tendre le bras pour l’atteindre tu vois, alors c’est trop compliqué et puis tu le laisses sonner. Et c’est dans ces moments-là que tu te dis qu’il faudrait que tu changes ta sonnerie de portable qui gueule « I’m Dooin’ your mom », parce que c’est vraiment trop violent comme musique. Mais tu le fais pas. Parce que t’as vraiment trop la flemme, tu vois. Et puis faut tendre le bras pour changer de sonnerie et appuyer sur des boutons et c’est encore plus compliqué que de répondre au téléphone quand il sonne donc nan. Nan laisse tomber.

Et tu penses à rien. T’es au fond du canapé, là, et tu penses à rien. Genre ton esprit n’a jamais été aussi vide de toute ta vie. Tu regardes vaguement le plafond, parce que tes yeux sont dirigés vers le plafond, mais en fait tu le regardes pas vraiment. Nan. Tu fixes le vide. Le vide de la pièce, la représentation exacte de ton état d’esprit à ce moment là.

Et c’est malheureux à dire, mais si ta mâchoire inférieure ne se reposait pas sur ta mâchoire supérieure parce que tu mates le vide du plafond, bah tu serais la bouche entrouverte avec un fin filet de bave coulant sur ton pull. Mais sans même t’en rendre compte quoi. En plein milieu d’un songe, comme un autiste, tu te mettrais à baver.

Et donc, pour en finir parce qu’il faut bien en finir, je sais pas pourquoi on est frappé par ça. La flemme. Le truc qu’on a, nous les Français, fait passer dans le langage courant comme une expression même pas idiomatique mais un vrai mot qui reflète bien un sentiment ou une réaction à un instant précis. L’instant Flemme… L’Instant Flemme. Bon, je vais me recoucher.

(cc) masaaki miyara

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