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Pratiquer un sport “de garçon” c’est s’affranchir des clichés… pour en construire d’autres?

Le Bondy Blog ressort ses billets 2010 pour un Best Of estival bienvenu, puisque j’avais loupé cet article sur les cours de boxe féminine au Forum des Halles à Paris. J’avais déjà lu quelques artiicles là-dessus, mais tous m’ont semblé consensuels en nous servant des “plus rien n’est interdit aux femmes” attendris. L’auteure de l’article, Faïza Zerouala,  soulève, elle, de bonnes questions. Pour avoir pratiqué un sport de combat pendant 10 ans, je trouve sa “version des faits” bien moins édulcorée, et cela me donne l’occasion d’aborder quelque chose qui me trotte dans la tête depuis longtemps.*

Pratiquer un sport « de garçon » c’est s’affranchir des clichés… pour en construire d’autres?Car le changement des mentalités dans le sport passe aussi par la franchise. L’auteure cite une certaine Isabelle, qui dit quelque chose que je n’ai jamais pu lire ailleurs: « Ça fait bien de dire aux gens qu’on fait de la boxe. Une femme qui sait castagner, ça fait fille autonome [...] Ça donne un côté rebelle, masculin ». Évidemment. Je me retrouve totalement dans ce qu’elle dit. On pratique un sport pour le plaisir qu’on en retire, mais aussi pour l’image qu’on s’en fait, qu’elle soit “avec” ou “contre” les règles établies. Quant on parle de sports de combats, il FAUT parler de ça.

Car oui, faire des “trucs d’hommes”, pour une femme, c’est valorisant. Je n’ai pas toujours l’air de dire ça ici, mais on a  quand même souvent son petit succès d’estime quand on dit qu’on fait du hand, du marathon ou du taekwondo. Mais l’écueil, c’est de dériver sur des jugements de valeur et de très vite basculer dans une dévalorisation systématique des “trucs de femmes”. Que ce soit une dérive sexiste supplémentaire ou une revanche des femmes qui ne pouvaient s’épanouir dans les activités féminines, je crois que c’est quelque chose de réel.

En tout cas, je l’ai vite ressenti quand j’étais ado : dans mon entourage à majorité de garçons, les filles se faisaient en gros accepter de deux manières : pour caricaturer, rugbywomen VS Barbies (je pourrai y revenir plus tard, il y a à dire).  Et quand on avait choisi d’être du côté des rugbywomen, plutôt mourir que de mettre un Tshirt rose. On ne saisissait pas tout ce que ce clivage avait de sexiste – je m’en suis rendue compte très tard.

Et cette “hiérarchie” est parfaitement intégrée dans la société, où tout ce qui est prétendûment féminin est dévalorisé inconsciemment. Une jeune boxeuse pense que les choses ont  enfin changé: « Les garçons pratiquent la danse et les filles vont s’inscrire dans les clubs de sport. ». Pas d’accord: si on parle de temps en temps des filles qui s’investissent dans des sports de garçons, je ne suis pas sûre que Billy Elliot fasse autant d’émules. On s’est ému devant le film, on a reconnu que tout de même, la tolérance c’est bien… mais en vrai, les danseurs suscitent toujours plus de malaise que les boxeuses. Eh oui, faire des trucs d’hommes, pour une femme, c’est valorisant, faire des trucs de filles, pour un homme, c’est la honte.

*Il n’empêche que le billet fait une belle pub à la boxe féminine…

Plus de billets sur le sujet :

“L’équitation est devenue un sport de gonzesse !”

Du patinage artistique “plus viril”…et les femmes dans tout ça?

La réponse de Johnny Weir aux commentateurs québécois

Le shorty rose en question

(cc)  Daniela Silvestri

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