Humeurs

Arrête.

La plupart du temps, je déteste MSN. Parce que sur MSN, on n’entend pas les mots que l’on dit (et là cette phrase vous l’aimez parce qu’elle vous énonce une vérité qui n’est pas facile à entendre, je sais, je vous ferai un bisou plus tard). Ce que j’aime au téléphone, c’est que chaque mot que l’on prononce peut avoir une signification différente selon l’intonation qu’on lui apporte.

Arrête.Moi mon mot magique c’est «arrête».

Pour la plupart des gens, ce mot c’est juste celui qu’on emploie pour donner l’ordre à quelqu’un d’arrêter ce qu’il est en train de faire. «Arrête de parler j’écoute la télé.», «Arrête de taquiner les animaux, tu me fais peur.», «Arrête la drogue, mec, c’est mal.». J’utilise aussi ce mot pour ça. Parce que je suis une snob des mots mais qu’il y a des fois où il faut savoir les utiliser pour ce qu’ils sont.

Et puis il y a le «arrête» de l’étonnement. Celui qu’on dit naturellement quand on entend un truc surprenant, ou celui qu’on dit pour feinter la surprise. «Tu sais, machin il a baisé truc» «Arrête !», ou bien «J’ai appris hier que les croquettes pour chien, c’est pas bon» «Arrête !». Je ne l’emploie pas souvent. Enfin si, j’ai dû le dire quand Ray Charles est mort. Mais vous voyez, là, cas exceptionnel. Si si, il ne mourra pas deux fois, juré.

Mais celui que j’aime le plus, c’est celui du défi. Celui qu’on dit droit dans les yeux de quelqu’un pour lui dire «T’es pas cap mon gars». Celui qui fait frissonner l’autre de rage et d’excitation en même temps, celui qui vous donne le pouvoir de manipuler n’importe qui en lui disant qu’il ne peut pas, alors que tout ce que vous voulez, c’est de le voir le faire. «Aujourd’hui je vais te manger toute crue.», «Arrête tu m’excites.» C’est le arrête qui dit «J’ai envie, provoque moi, prends moi, retourne moi, attache moi, mords moi, fais ce que tu veux de moi». C’est celui qui dit «Je vais faire marcher ta psychologie inversée». C’est celui qui dit à l’autre qu’il prendra le dessus alors que c’est vous qui avez les rennes dès le début.

Ce qui est bon avec ce «arrête» là, c’est qu’on peut le dire d’un ton de mijaurée. Celui qu’on prend quand on nous chatouille et qu’on sait que ces mains baladeuses ne resteront pas sur nos côtes. Celui qu’on disait quand on avait 8 ans et qu’on nous embêtait, «Arrêteuh ! Non j’ai pas enviiiie !». C’est ce «arrête» là qu’on dit quand on n’est pas du tout convaincu de ce qu’on dit. Celui qui enclenche les choses sérieuses. La course, la bataille, le défi, la bestialité. Le sexe. Mais pas le sexe gentil, non. Le sexe où on nous pousse sur un lit, nous étreint fort à nous en étouffer. Celui qui fait mal mais qui est tellement bon. Celui qui dure des heures. Celui qui donne chaud. Celui qui apaise la faim.

Et à ce moment là, c’est un autre «arrête» que l’on dit. Allongée la tête en bas, ça tourne, c’est bon, ça va, ça vient, ça bouge, et là, et là, dans un souffle et avec un effort surhumain, on va le dire, mais on n’en a pas envie, dans un hoquet, dans un gémissement, dans un cri :

«Arrête, je vais jouir.»

Le pouvoir des mots. Je ne laisserai pas mon numéro de téléphone. Mais je sais que maintenant, vous avez envie de me parler.

(cc) rachel a. k.

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