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Les belles images

1er mai oblige, je me contrains à la demande nationale et n’exerce aucune activité qui pourrait s’apparenter de près ou de loin à du travail. C’est donc la fenêtre grande ouverte et le visage baigné de soleil que j’entame pour la 4e fois en 4 ans un classique dont je ne me lasse pas, Les belles images de Simone de Beauvoir.

Les belles imagesLaurence a 30 ans, est mariée à un architecte, a deux filles, une grande maison… a priori le portrait d’une femme “accomplie”. Mais son métier de publicitaire lui a enseigné à décoder les messages, à lire à travers les lignes et elle constate que sa vie n’est pas celle qu’elle aurait aimé, elle la trouve fade et superficielle. C’est en partie dû à son éducation qui lui a toujours appris à construire sa vie sur des apparences, aux dépens de son tempérament et de son développement personnel.

Or Catherine, sa fille de 8 ans, grandit et ouvre les yeux sur le monde. On lui enseigne à elle aussi à mettre de côté ses sentiments. Laurence ne supporte pas que sa fille puisse devenir la femme insensible qu’elle est elle-même devenue, elle est effrayée à l’idée qu’elle puisse la marquer rien que par ce qu’elle est. “Les hasards d’un mot, d’un silence, toutes ces contingences qui devraient s’effacer derrière moi, ça s’inscrit dans cette enfant qui rumine et qui se souviendra”. Laurence finit par se rendre malade en signe de protestation.

Le texte avance en rendant sans explication ni commentaire précis, l’image des gens d’un milieu bourgeois. L’emploi fréquent des parenthèses donne l’impression d’un chuchotement en aparté. Simone de Beauvoir voulait, dit-elle, “faire parler le silence” et c’est ce qui m’a séduit dans ce livre. Chaque mot est pesé et est toujours employé avec beaucoup de justesse. On se retrouve dans nombre de phrases et il n’est pas rare de sourire à la lecture d’une expression qui nous parle, dans laquelle on se retrouve. Simone de Beauvoir met, dans ce roman, des mots sur l’inexprimable. Elle a créé un personnage attachant, perdu au milieu de cette bourgeoisie et qui se pose toujours la même question “Qu’est-ce qu’ils ont que je n’ai pas ?”. Une interrogation en apparence si simple.

Il m’aura fallu plusieurs relectures du premier chapitre avant d’accrocher réellement. Le va-et-vient permanent entre la narration à la première et à la troisième personne y est pour quelque chose, il faut lire attentivement plusieurs pages avant de pouvoir identifier la narratrice, mais une fois que c’est chose faite, on ne le lâche plus.

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