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Chez les comiques.

L’autre jour au travail, on me demande si ça me tente d’aller voir Jamel Debbouze. Je réponds non. L’histoire aurait pu s’arrêter là, et elle n’aurait pas été palpitante. Sauf qu’on a rajouté « oui, mais c’est une invit’ ». Mon éducation ayant été fondée autour du principe inébranlable selon lequel il ne faut jamais refuser un truc gratuit, finalement je dis oui, mais un peu contrainte et forcée tout de même.

Chez les comiques.Contrainte et forcée parce que j’aime pas les comiques. Roselyne Bachelot me fait rire. Gad Elmaleh m’emmerde. L’idée d’être face à un type seul sur scène dont l’unique but sera de t’arracher des rires à la chaine ne m’excite pas des masses. Si vraiment je veux me marrer, je bois un verre de vin blanc et je jette des cailloux sur les passants. Je ne dépense pas 25 euros pour aller voir un petit bonhomme avec un nez de hamster courir partout sur scène en inversant des syllabes. Mais bon, je suis une fille forte, j’aime prendre des risques, au nom de la gratuité Universelle.

C’est donc armée de tout mon courage que je suis entrée dans le théâtre pour aller voir un spectacle intitulé « Jamel improvise, mais pas tout seul ». Un spectacle ou Jamel improvise, mais avec d’autres personnes, comme son titre ne l’indique pas nécessairement. C’est du stand up. C’est très étrange parce que stand up, ça veut dire rester debout et qu’au milieu de la scène, il n’y a qu’un tabouret de bar, pour ne pas être debout. Première étape : trouver une place. Le comique ayant une fâcheuse tendance à s’attaquer au pauvre spectateur sans défense et moi ayant une fâcheuse tendance à attirer la scoumoune, autant mettre toutes les chances de mon côté en me camouflant un peu quand même. Je suis bien cachée mais j’y vois que dalle, la scène étant tout à ma gauche et cachée par l’énorme tête de mon voisin d’en face.

J’y vois rien, mais c’est pas grave, ils ont des micros dans ce théâtre. C’est un théâtre moderne, avec de l’électricité. Ils en sont tellement fiers qu’ils mettent le son à fond. De telle sorte que quand Malik, le premier copain de Jamel entre sur scène en disant « Bonsouaaaar le public », mon tympan gauche éclate. Ceci dit, j’en entends assez pour rigoler à une blague comme quoi si Malik avait dû créer un parti politique du genre chasse pêche nature et traditions, il aurait créé un parti putes et crêpes au Nutella. Il a dit pute, c’est la première fois que j’entends ce mot de la soirée et ça me fait rire. Malik parle aussi de frites, de filles, de gens pas très beaux, de comment draguer des filles quand on n’est pas très beau, de l’école. A quelque chose près mes conversations avec mes copines. Sauf qu’on parle de tomates cerise bios, de garçons, de filles qui ont des grosses fesses, de comment les filles qui ont des grosses fesses c’est trop des putes qui draguent les garçons qui eux ne pensent qu’avec leur pénis, et du travail ou de l’absence de travail. Rien de nouveau sous le soleil donc. Mais Malik a une tête de clown, et il est habillé comme l’as de pique. Ça me suffit (j’ai pas payé ma place).

Ensuite Jamel arrive. Il est vraiment tout petit. Il disparaît presque intégralement devant la très grosse tête de mon voisin de devant. Et lui aussi est très mal habillé : il porte un jogging en éponge. Jamel est habillé comme JLo à l’époque ou elle était connue, c’est incroyable. Jamel from the block. Jamel pousse des cris, Jamel parle de Zimdime Zimdame, Jamel critique ma ville suffisamment pour qu’on ait tous calculé qu’on l’a déposé devant le théâtre, et que la seule chose qu’il a vu de chez moi c’est 7m² de trottoir, Jamel parle de footballeurs que je connais pas, Jamel imite sa mère, Jamel imite sa belle mère, Jamel parle du quartier, Jamel parle des arabes, Jamel crie. Jamel me bousille le tympan droit.

A un moment donné Jamel laisse sa place à un de ses copains, Rédouane, qui me fait rigoler quand il dit que les boomerangs c’est des frisbees pour les gens qui n’ont pas d’amis et qu’il va falloir qu’il se fasse à l’idée de ne jamais voir de bébé pigeon. Après, il fait un slam – r’n'b au piano intitulé « coup de foudre carcéral ». J’en ai ravalé mon vomi. Ensuite Jamel est revenu. Il a recommencé à crier, à imiter sa mère, la mère de ses potes, la mère de sa mère. Jamel a un problème avec les mères je crois. Il parle de sa femme. Il raconte son mariage. Il parle de son fils. Il parle de foot. Souvent il dit ta gueule aux spectateurs qui l’interrompent. Je suis sur le cul (et pour cause, je suis assise) : les gens interpellent le comique pour lui faire des remarques sur sa coiffure ou son jogging. Et lui leur répond à base de ta gueule, de va niquer ta mère, et de j’espère que tu vas mourir dans un accident de voiture. Pourquoi pas. Ça ne me touche qu’à moitié, je suis bien trop concentrée sur mon nouvel acouphène.

Le spectacle se termine. Je sors. J’ai bien rigolé. Mais pas plus que quand je me rassemble avec mes congénères pour manger du saucisson. Alors oui, j’ai passé un bon moment, mais mon sens de l’humour n’en n’a été aucunement chamboulé. Pas de quoi casser trois pâtes à un canard en rigolant comme une bossue. Spectacle à voir donc, mais surtout si on a une invit’.

2 Responses to “Chez les comiques.”

  • Ça me fait pareil. Ça me gène d’aller voir quelqu’un qui tous les soirs répète la même chose, les mêmes blagues qui ne le font plus rire depuis longtemps… Il fait semblant d’être avec nous, de rire avec nous, d’être notre complice, mais au final, il n’en peut plus et je ne peux m’empêcher de penser à ça…

  • Jsuis pas fan de stand up non plus (le genre “hier jmangais une tarte aux pommes et jme suis dit: tiens pourquoi on coupe tjrs les pommes dans le même sens?” palpitant -_-) Et puis on m’a trainée voir Shirley (une ancienne du Comedy Club) et franchement j’ai été bluffée! comme quoi on peut avoir des bonnes surprises même en matière de stand up! ;)

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