Humeurs

I love Paris… mais plus trop.

ndlr : Cet article a été choisi par Pomme pendant sa semaine de rédaction en chef.

Paris. Cette ville m’a ouvert les bras et accueillie durant 7 années. Je l’ai aimée, autant que je l’ai détestée. Une fois arrivée en province, pourtant, cette ville me manque. Paris, c’est une addiction. Mon “je t’aime moi non plus”. Sa foule, son anonymat, toutes les possibilités offertes par la ville me manquent souvent.

I love Paris… mais plus trop.Pour me sevrer de mon addiction parisienne, rien de tel qu’une petite balade dans la capitale…

Tout a commencé quand je suis descendue du train. Après avoir franchi avec brio les obstacles sur mon chemin – à savoir tous les voyageurs avec leurs valises plus grosses qu’eux et qui prennent toute la largeur du quai – j’ai été prise d’une envie soudaine d’aller aux toilettes (pas très glamour mais après tout c’est humain). Je pars donc à la recherche des toilettes, en scrutant les panneaux spécialement conçus pour les voyageurs qui, comme moi, n’ont pas profité de leur 3 heures de trajet pour satisfaire leur envie. Ceci dit, ça ne s’anticipe pas.

Surprise en arrivant : 0,50 cts pour assouvir un besoin naturel. Soit. Je me rassure en me disant que pour le prix, ça doit être propre. Ah non, même pas !

Soulagée de mes 0,50 cts, je poursuis mon chemin vers le métro. Impossible de remettre la main sur mon ticket. Mon sac à main faisant concurrence à la caverne d’Ali baba, pas envie de fouiller, je décide d’acheter un ticket. 1,60 €. Ah quand même ! Tout ça pour quelques stations, un collé-serré imposé avec des inconnus et manquer de suffoquer quand on dépasse tout juste le mètre 60. La moutarde me monte au nez.

Avant d’entamer ce périple sous-solesque, j’ai besoin d’un café. En terrasse, c’est sympa. Vue sur les avenues bondées de voiture, premières loges pour respirer les gaz d’échappements. Avec un peu de chance je serais entendue comme témoin dans un accident grillage-de-feu-rouge. Je déguste ce café et jette un œil sur la note pliée en deux que le gentil serveur m’a déposée. Oui, gentil, parce qu’il ne m’encombre pas de “bonjour”, “merci”, ou autres politesses. Il respecte mon introspection et mon rituel café-clope. CLOPE ! J’en ai plus !

Je règle ladite note : 2,10€. Heureusement que la TVA a baissé… Heureusement aussi que j’ai pris le temps de déguster ce café (vu la taille de la tasse, il est possible de l’avaler en 2 gorgées… ce qui fait cher la gorgée). Qui a dit “le plaisir n’a pas de prix” ?

Un détour par le bureau de tabac le plus proche. Je sors avec mon paquet de cigarettes à la main, essayant nerveusement de l’ouvrir en tirant sur la languette prévue à cet effet. Un jeune s’approche de moi “vous avez une cigarette s’il vous plaît ?” Délicat de lui dire non, et de lui faire croire que j’ai en main le nouvel emballage d’un paquet de chewing-gums. Va pour une cigarette. 0,30€ la clope depuis l’augmentation… rien de grave !

En faisant demi-tour, je me prends les pieds dans ceux d’un SDF, assis, jambes allongées, tête enfouie dans une capuche. Je l’ai réveillé. “Oups, désolée… – C’est rien Madame. Vous auriez une p’tite pièce s’il vous plaît?”

Oui, oui, j’en ai plein des petites pièces depuis que j’ai cassé mon billet en descendant du train. No problemo. 2€. L’empressement de prendre mon métro me guette… une association aussi.

“Bonjour mademoiselle, vous avez quelques secondes à m’accorder ?” Euh… non… enfin, votre K-way croix rouge et mes précédentes expériences de bénévole m’obligent m’invitent à être agréable avec vous. Quelques secondes plus tard, je continue ma route, généreusement débarrassée de 5€, ornée d’un petit autocollant de l’association sur ma veste.

Jusqu’à ce que je croise un autre sans-abri en train de fouiller dans une poubelle, à la recherche de restes à grignoter… Il me regarde et me demande si j’ai un p’tit quelque chose à manger ou un ticket restaurant. Non. Ni l’un ni l’autre. Il doit me rester encore quelques pièces. Enfin je crois. Je lui demande : “Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ?” L’éclat dans ses yeux en me répondant “pain au chocolat” me pousse à franchir la porte de la première boulangerie.

Une viennoiserie à 1,45€ plus tard, je peux enfin aller prendre le métro. Jamais parcours vers le métro n’a été aussi long et riche en rencontres.

Comme cette femme, ne souhaitant pas faire la manche mais vendant des objets en tous genres parce qu’elle a “moins honte” (hop, 1€ pour le briquet et je lui offre un stylo en prime) ; ou encore celle à qui je ne peux refuser une clope parce que je suis en train de fumer et de lui souffler involontairement la fumée dans la figure (re 0,30 cts).

Et, enfin, cet homme qui interrompt encore une fois ma course en me disant “Excusez-moi…” Cette fois c’est trop. “QUOI ENCORE ?” Y a écrit quoi entre les rides de mon front ? « Chez Lilie, épicerie ouverte 24/24h, libre service, demandez, la maison fait cadeau ? Distributeur automatique multi-fonctions ? »

Il voulait simplement savoir où se trouvait le rue Lamartine… Tant pis, il aura pris pour les autres, je ne suis pas non plus une carte Michelin ni la nouvelle voix du GPS. Je me sens soulagée d’un poids et non plus seulement de mes 15€ !

Voilà comment, le cœur gros et les poches vides, je peux enfin profiter de Paris, en restant cloîtrée chez mes amis et en n’en sortant plus jusqu’à la fin du week-end !

Paris, je t’aime. Surtout quand je suis loin.

(cc) Bjørn Giesenbauer

10 Responses to “I love Paris… mais plus trop.”

  • Toi tu es une vraie parisienne !! lol ^__^”

  • @misterwomax
    Ben, pourquoi tu dis ça ?!
    Je me sens parisienne quand je suis en province, et provinciale quand je suis à Paris !

  • Ah, désolée, j’ai écorché ton pseudo ! il fallait lire @mistermowax !

  • lol l’écorchage ! :)

    Je disais ça à cause du : “QUOI ENCORE ?” Héhé!!

    C’est typiquement parisien ;)

  • @mistermowax (ouf, sans faute)
    D’accord, j’avais pas capté tout de suite ! Oui, le QUOI ENCORE, façon roquet qui aboie sur les gens… comme quoi j’ai des restes effectivement ;)

  • Oh, je trouve que le portrait de la ville est exagéré. Il y a un fond de vrai, m’enfin… :)

  • @Laurelas
    Exagéré ? Pas tant que ça. Partez en provine, revenez à Paris avec du recul et voilà quoi peut ressembler une journée. Après, tout dépend des quartiers. En tout cas, ceci est du vécu je peux vous l’assurer !

  • Ton récit est, certes, réel mais c’est la même chose dans beaucoup de ville. Sauf que …. Paris c’est magique et pas la magie vendue chez Disney ! Non c’est vivant, magnifique. On vit son histoire à chaque coin de rue. Même seule, on ne s’y ennuie pas une seconde à Paris. Moi j’aime Paris et chaque fois je la déguste ;-)

  • @Kiaradara
    C’est sûr que ce n’est peut-être pas spécifique à Paris, plus les villes sont grandes, pus on a de chance de vivre ça. J’aime Paris, mais il faut reconnaître aussi les travers.

  • c’est exactement ca Paris manque quand on est loin !

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