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Le cinéma belge consacré au festival Regards d’ailleurs de Dreux

Dans le cadre du festival Regards d’ailleurs, organisé notamment grâce à Thierry Méranger, professeur de lycée et critique aux Cahiers du Cinéma, qui se tient en ce moment à Dreux, le réalisateur Joachim Lafosse (un cinéaste belge reconnu) est venu projeter son film et nous en parler. Parmi les festivals organisés cette année en France ayant pour thème la Belgique, ce Regards d’ailleurs sur le le thème “Filmer la Belgique”, sera probablement le plus intéressant de part la richesse de sa programmation (90% des réalisateurs sollicités ont accepté de se déplacer !).

Le cinéma belge consacré au festival Regards d’ailleurs de DreuxHier après-midi donc, nous avons eu la chance que Joachim Lafosse nous dispense un cours de cinéma, une Master Class fort intéressante. Son cours ne portait pas spécifiquement sur l’histoire du cinéma belge mais sur les cinéastes belges qui ont contribué à faire du cinéma belge ce qu’il est aujourd’hui. Pour ce faire il nous a projeté des extraits de films assez diversifiés pour montrer la richesse du cinéma belge. Les frères Dardenne font partie des cinéastes européens les plus primés. Ils ont d’ailleurs donné beaucoup d’impulsion pour que le cinéma belge gagne à être connu et reconnu.Tout comme Benoit Marriage, Joachim Lafosse dégage beaucoup d’humilité, de simplicité et montre que l’on peut être un réalisateur de talent tout en sachant garder la tête froide et de la distance avec le succès.

Pour avoir vu quelques intervenants belges, la simplicité semble un trait de caractère qui définirait bien les belges. La bière, il n’y a que ça de vrai. Ils jouent aussi énormément avec l’autodérision (voir les célèbres émissions/documentaires Strip Tease) ce qui est une force. Quand on peut rire de soi c’est que l’on peut rire de tout. Parfois cet humour manque en France. Au moins ils ont su par leur simplicité nous donner envie de voir plus loin et d’aller découvrir un peu plus la Belgique. Comme quoi les blagues sur les Belges sont ridicules et infondées. La Belgique pays souvent mal connu par nous autres français trop fiers de notre culture demeure riche culturellement parlant.

Les flamands et les wallons cohabitent parfois dans la douleur. Malgré leurs différences, ces deux régions  se nourrissent l’une de l’autre. Cette richesse culturelle se ressent dans le cinéma. Tout comme le cinéma wallon qui a obtenu une reconnaissance internationale, le cinéma flamand mériterait le même destin que son homologue wallon. Pour revenir à Joachim Lafosse, son film Nue propriété est tout simplement génial. Pour vous situer un peu, l’intrigue se passe dans une maison dans la campagne wallonne où deux jumeaux adultes en âge de voler de leurs propres ailes restent attachés à la maison familiale qui représente l’enfance qu’ils n’ont plus. Cette maison nous renvoie au souvenir d’une famille désunie par un divorce. Cette demeure reste le lieu de toutes les tensions familiales exacerbées. D’abord elle met en scène la séparation des deux parents qui se déchirent encore pour des questions financières. Ce lieu est aussi le symbole des rapports conflictuels qu’entretiennent les deux jumeaux et leurs mères.

On y voit deux adultes se comportant comme deux éternels adolescents qui cherchent tous les prétextes pour dépendre de leur mère nourricière. Cette mère jouée très justement par Isabelle Huppert semble totalement dépassée par ses enfants qui détiennent une autorité malsaine sur elle. Pascale ne réplique pas et se laisse malmener par ses deux fils qui en profite grandement. Malgré tout, on remarque rapidement qu’un des deux jumeaux prend la défense de sa mère contre son jumeau irresspectueux et facétieux. Les deux jumeaux peuvent représenter les deux faces d’une même personnalité.

Certaines scènes violentes verbalement peuvent mettre le spectateur mal à l’aise car à certains moments on passe très rapidement du rire aux larmes ce qui peut perturber. Au moins ce film ne laisse aucun spectateur indifférent et  nous questionne sur nos rapports à la filiation et à la fraterie. Ce film aborde principalement le thème de la gémellité. Aborder ce sujet reste délicat parce que ce rapport si particulier entre deux frères fascine. Ils se ressemblent autant qu’ils se différencient d’où la complexité du lien qui les relient. Ils s’adorent autant qu’ils se détestent. Cette proximité parfois dérangeante les empêche de grandir pleinement et d’aller de l’avant. D’ailleurs quand l’un d’eux tombe amoureux, l’autre le jalouse et l’affrontement vire au drame.

Ce lien affectif si particulier finit par les détruire. Quand on perd un jumeau c’est une partie de soi qu’on perd. On aperçoit la maison en totalité seulement durant le dernier plan séquence. Plus on s’éloigne de la maison et de l’horreur, plus la tension s’affaiblit. La tension dramatique nous tient en haleine pendant tout le film. Le jeu des acteurs est très juste et me semble vraiment coller au film. On sent une certaine connivence entre tous les acteurs ce qui rajoute de la tension aux scènes dramatiques. En même temps l’émotion n’est jamais surjouée. Ainsi on ne tombe jamais dans le pathos.

Pour tous ces aspects ce film mérite d’être vu au moins une fois. Si vous avez l’opportunité de découvrir plus en détail et en profondeur le cinéma belge prenez-là. Je vous promets que vous ne serez pas déçues.

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