My Space

Gemini

Fusionnels. Nous étions fusionnels. Aussi, lorsqu’il a voulu me tuer le premier, je n’ai pas su quoi faire…

 

Notre relation avait commencé depuis l’aube des temps et s’était inconsciemment ancrée à même mon essence. A sa rencontre, nos regards se sont cruellement cherchés et lorsqu’ils se sont enfin trouvés, nous avons fusionnés pour l’éternité. Ce fut alors pour moi une renaissance inattendue, ambigüe…je n’étais plus seule, nous étions deux…Ce n’est qu’au bout de la seizième année que j’ai enfin compris. Son immatérialité s’était modifiée et avait pris une consistance solide, envahissant organiquement mon esprit. Il était devenu moi. Un reflet grossier de ma personnalité, m’obligeant sans cesse à réfléchir, à me questionner, à me culpabiliser…Petit à petit, il s’était insinué en moi, grossissant mes côtés obscurs, tristes, chiants….

 

Maladivement, je l’ai laissé m’envahir, me rabaisser, me fragiliser…

La première fois, il m’a guidé prés de son corps immatériel. J’ai fermé les yeux et j’ai pu découvrir son monde, solide et liquide à la fois. Ces substances glaciales ne pouvaient m’empêcher de songer que ce monde étrange et étoilé était curieusement chaleureux. Les ombres lumineuses couraient sur ma peau comme de l’eau tandis qu’une brume vaporeuse m’encerclait doucement. L’univers, qui s’offrait à moi, s’était laissé envahir d’herbes exotiques et aquatiques, emplissant l’air d’une douce odeur de fleur, à la fois sucrée et salée. L’ambiance générale qui se dégageait de ce lieu était apaisante, relaxante…

 

Mais brusquement, tout fut différent. Je fronçais légèrement les sourcils, ce cri…d’où venait-il ? L’oreille tendue, un sentiment d’angoisse avait pris place dans mon estomac, cette voix  lointaine m’était franchement familière…Lorsque la réalité m’explosa au visage, c’était ma voix qui criait, moi qui appelait à l’aide…

 

J’ai voulu ouvrir les yeux, sortir de son monde fantasmagorique mais il n’y avait rien à faire, les éléments vaporeux qui se trouvaient autour de moi m’encerclaient solidement, empêchant à mon corps de se mouvoir librement. Une substance étrange s’était mise à couler sur moi, noire, poisseuse, puante. Je pouvais la sentir ronger mon corps lentement, me paralysant de douleur tant la souffrance était insupportable.

 

Je me suis postée devant le miroir central de la chambre et tandis que mon esprit comateux essayer d’envoyer des signaux censés à mon corps, mes gestes, eux, furent malgré tout maitrisés.

L’essence a imbibé promptement mes vêtements, a enivré furieusement mon esprit. Son cri s’est mit à hurler dans ma tête, déchirant violemment ma propre substance. Il ne voulait pas que je meure, pas maintenant, mais ma décision était son équivoque.

J’ai porté la clope à ma bouche, jeté un œil à l’emballage sur lequel était inscrit « fumer tue » avant d’esquisser un faible sourire.  Mon doit a glissé sur le briquet, faisant danser malicieusement les flammes devant mes yeux. « Fumer tue »…Les flammes ont léchés avidement mon corps, glissant sur mes vêtements à la recherche de la bête à dévorer.

 

« Conscience brûle mon inconscience… » 

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