Coeur

shahdaroba

Ndlr : article choisi par IsabelleJuliette durant sa semaine de rédaction en chef

Where the Nile flows

And the moon glows

On the silent sand

Of an ancient land

shahdarobaDans ce bar au décor clinquant, se voulant pop à grand renfort de couleurs trop vives et de sérigraphies made in IKEA, l’ambiance du jeudi soir étudiant commence à apparaître alors que les demis moussent sur le comptoir, que les filles tirent encore sur leurs mini-jupes et que les garçons enquillent les shooters.

Au fond de la salle, un peu en retrait, un couple s’évite du regard. Elle pose ses doigts sur la main du brun dont les cernes trahissent la fatigue, il attrape son portable pour consulter l’heure. Il a l’air vaguement agacé, aimerait être ailleurs. Elle se mord les lèvres, balbutie des ébauches de phrases vaines. Elle voudrait se lever, quitter ce décor bruyant et grotesque avec ce qui lui reste de dignité mais elle essaiera, quand même, de l’émouvoir avec cette vieille arme éculée des larmes féminines. En face d’elle, les prunelles brunes, presque noires, où elle avait puisé tant de compassion ne lui exprime plus que lassitude et reproche, et, peut-être, un peu de pitié désolée.

When a dream dies

And the heart cries

Shahadaroba

Is the word they whisper low

Un peu plus loin dans la ville, un jeune homme marche en fixant le sol, ses écouteurs vissés aux oreilles, le son un peu trop fort, crachant une tonalité hystérique. Les lampadaires éclairent faiblement les pavés sur lesquels s’écrase un début d’averse. Il passe devant un groupe d’homme occupés, qui se figent à son arrivée, lèvent les yeux comme une vache qui aurait repéré un intrus sur son pré. Il accélère le pas, continue sa contemplation des trottoirs qu’il connaît par cœur, s’arrête devant une porte qui autrefois devait être rouge vif, il monte les escaliers et entre dans un appartement, jette ses clés sur un fauteuil et jette un regard machinal à son reflet, dans le miroir encadré d’acier du couloir.

Il enlève ses vêtements, essaye de se coucher sans déranger le corps endormi dans le lit. Un grognement s’élève et la silhouette floue se retourne dans un demi-sommeil. Le jeune homme effleure de ses doigts aux ongles rongés le dos noueux à ses côtés, décidant de pardonner la première gifle.

Shahadaroba, Shahadaroba

Means the future

Is much better than the past

Shahadaroba, Shahadaroba

In the future

You will find a love that lasts

Dans l’immeuble en face, un groupe de trois filles fume trop de cigarettes. L’une d’elles enfile les verres de vodka avec des grimaces, elle essaye d’écouter les conseils promulgués par les deux brunes au regard concerné qui l’entourent. Elle le sait bien, qu’elle ne devrait pas le rappeler, qu’il ne laissera jamais tomber sa copine, qu’il s’en fout, qu’elle vaut mieux que ça, d’ailleurs M. me disait l’autre jour que… Elle tend la main  vers la bouteille et remplit son verre, essayant de continuer à regarder les deux visages bavards avec un air intéressé malgré l’ivresse, l’air de quelqu’un qui comprend ce qu’on lui dit. La conversation devient de plus en plus aléatoire, on en est à la mise en commun des souvenirs douloureux autant qu’instructifs, elle hoche la tête, les autres semblent satisfaites, toutes trois rallument une clope. Le portable qui trône sur la table basse en faux bois est désespérément silencieux.

So when tears flow

And you don’t know

What on earth to do

And your world is blue

Un peu plus tard dans la nuit, ce même téléphone se décide enfin à sonner mais le nom sur l’écran n’est pas celui espéré. Elle décroche quand même et à l’autre bout du fil se déroule une litanie incohérente, elle entend des bruits de circulation et des sanglots, avant qu’une voix masculine ne parvienne à articuler les mots habituels du désespoir. Y répondent ceux, non moins habituels, de la consolation. Entre les deux s’élèvent les voix muettes de l’impuissance et de la compréhension.

When your dream dies

And your heart cries

Shahadaroba

Fate knows what’s best for you

Au matin, ailleurs, deux personnes qui se sont rencontrées dans un bar au décor clinquant se réveillent et se sourient, bien qu’un peu gênées par les souvenirs confus et alcoolisés qui accompagnent les vendredis matin. Il a des yeux verts et pâles, elle, des cheveux teints. Ils s’observent en silence, toujours souriant, essayant de se rappeler ce qui, la veille, a fait qu’ils se retrouvent maintenant dans ce lit aux draps un peu sales. La fille aux cheveux teints demande de sa voix rauque s’il veut du café, le garçon aux yeux pâles lui répond qu’il préfère le thé. Moi aussi, dit-elle en plissant les yeux de contentement. Il pose sa main sur une hanche maigre et sa bouche sur des lèvres encore rougies d’un fard coûteux (cadeau de Noël d’un ancien amour). Le thé attendra bien quelques minutes.

Shahadaroba, Shahadaroba

Face the future

And forget about the past

Shahadaroba, Shahadaroba

In the future

You will find a love that lasts

Shahadaroba, Roy Orbison

http://www.youtube.com/watch?v=QU4e2lxsG_8

(cc) TBSteve

3 Responses to “shahdaroba”

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