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Que dire ?

Un lundi comme un autre et puis la nouvelle, le mail. Les bras ballants, le regard fixe et l’air hagard. Je ne peux pas y croire.

 

Hier après-midi, une amie nous a quitté. En voulant sauver son mari de l’électrocution, elle est morte à sa place. Un week-end à la plage au Sénégal qui a mal tourné, une douche qui a fini en arrêt cardiaque, une eau conductrice de feu, une vie brisée dans la plénitude de l’âge, et deux jumelles orphelines…

C’était une maman dévouée, une femme pleine de charme, de rires, de mots d’esprit et de jeux, une magicienne de ses dix doigts. Elle a rejoint les étoiles et elle s’est mise à briller la haut pendant que son mari se réveillait à l’hôpital et que le psychologue lui apprenait la nouvelle…

Comment va-t-il vivre avec cela ? Que va-t-il dire à leurs filles ?

Quels mots pouvons-nous mettre sur cette douleur ? Je ne sais pas quoi dire à mes amis, à sa famille. Les mots sont vides de sens, creux, inopérants. Comment peut-on consoler ?

 

C’est drôle comme la vie prend du sens quand elle s’arrête proche de nous et que nos tracas quotidiens idiots font que l’on ne se voit plus, que l’on ne se parle que de loin en loin, que l’on ne prend pas le temps. On se laisse engluer dans une vie qui nous bouffe. C’est une connerie. On se dit toujours que ce n’est pas grave, qu’on se verra plus tard, qu’on a le temps, et que demain, le mois prochain…ou à Noël mais voilà, demain, ça peut être trop tard!

 

Il ne faut pas laisser passer du temps, il faut être le plus souvent réuni avec ceux que l’on aime, ceux qui nous touchent, ceux qui comptent. C’est la seule promesse que je peux faire à mes amis, à sa famille.

 

9 Responses to “Que dire ?”

  • tout a fait d’accord avec toi, on ne sait jamais de quoi demain sera fait. c’est pour cela qu’il ne faut pas hesiter a dire a ses enfants, son conjoint et sa famille ainsi que ses amis a quel point on les aime et on tient a eux car ici bas on n’est pas eternels.
    tout peux malheureusement arriver
    aussi dans ces cas-la que dire? comment consoler le mari? comment expliquer a ces enfants que leur maman est parti?
    les mots semblent tellement denues de sens face a l’immense douleur generee par ce genre de drame….

  • Oui c’est ça Frenchi. Je n’ai pas les mots, je ne sais qu’être près d’eux. Quant à dire je t’aime, j’ai plus de facilité avec mes amis. Je ne suis pas capable de le dire à mes parents, alors que je les aime. Pudeur idiote je sais mais je n’y peux rien.

  • si ca peux te consoler , ce sont des mots durs a prononcer pour moi aussi, mais parfois les gestes et attitudes sont plus explicites que des mots, surtout dans ce cas-ci.
    parfois les chretiens sont la cible de moqueries car on leur reproche de ne pas appliquer ce qu’ils prechent.
    c’est dans ce genre de situation tragique qu’il faut se demarquer de par nos actions et non plus de belles paroles creuses.
    un exemple non lie a la mort: dans un mois environ c’est Thanksgiving. l’annee derniere j’avais ecris que des gens pauvres d’atlanta ayant recu une dinde gratuite par la mairie en avait profite pour la partager avec des inconnus de leur quartier au lieu de se la garder pour eux.
    certaines lectrices de lr avaient fait preuve de cynisme au lieu d’apprecier le geste…. helas ca ne m’etonne mem pas

  • Voilà : je pleure… pour de vrai… Pour ton texte, ce qui s’en dégage… pour la perte de ton amie; tout mon soutien à sa famille même si ça change rien… je pense à mon ami fredo, perdu cet été… Et pour ta belle humanité : je demeure plus que jamais ravie, touchée, de t’avoir rencontrée.

  • Malheureusement, ma coppelia, des histoires comme celles-ci, j’en ai vécues, malgré mon jeune âge. Tout le monde en vit tous les jours…
    J’ai perdu ainsi à 11 ans une de mes amies dans un accident de voiture. Elle est partie avec sa soeur. Leur père était marin, leur mère était alcoolique… J’ai malheureusement vu la déchéance de la famille. Et pourtant, Dieu sait si les voisins (dont ma grand-mère) ont voulu soutenir la famille dans le deuil. J’ai aussi vu partir mon cousin d’une leucémie à 5 ans et un ami qui s’est défenestré à 21 ans.
    L’inconvénient de la jeunesse, c’est que l’on ne considère pas la mort dans l’ordre des choses. Par conséquent, la mort précoce est considéré davantage comme une injustice, même lorsqu’on a eu comme moi une proximité culturelle précoce avec la mort.
    Je suis catholique et bretonne, et j’ai vu mon premier cadavre à 4 ans (en l’occurence, mon arrière-grand-mère). Ma mère m’a ainsi élevée dans la philosophie purement chrétienne de la mort, à savoir que ce n’est qu’un passage vers quelque chose que nous présumons et espérons comme meilleur et que l’absence n’affecte que les vivants. En Bretagne, nous avons gardé l’habitude de veiller nos morts en attendant l’enterrement. C’est-à-dire que toute la famille se relaye pour accueillir les personnes venues rendre un dernier hommage. Cela nous aide à gérer l’absence de la personne dans notre vie et nous rassure quant à l’idée que nous nous faisons de la mort (bien que j’aie déjà vu des cadavres qui faisaient vraiment peur…).
    La famille de mon père ne partage malheureusement pas cette philosophie. Mon père, en tant que directeur de maison de retraite, a vu son premier cadavre à 25 ans, et il devait l’ensevelir. Il en reste choqué, même s’il a pris l’habitude de gérer ce genre de situation par la suite. Je n’ai d’ailleurs jamais compris l’attitude de la famille de mon père face à la mort… Il est vrai que, pour beaucoup de non-praticants, cela reste un déchirement de voir une personne mourir.
    En ce qui concerne la famille de ton amie, tu n’as pas besoin de dire grand-chose. Sois là, prête une oreille attentive, et si tu es vraiment proche, aide-les à reprendre pied dans la vie quotidienne. C’est tout ce que je peux te dire.

  • @storia : merci pour ton com. J’entends ce que tu dis, mais ensuite le ressenti est vraiment lié à chacun. Mon père est également breton, mais athée et on n’a pas cette tradition de veillée dans la famille. Ma mère est africaine et musulmane, la veillée existe mais pas forcément avec le corps, et l’enterrement se fait très rapidement. Je suis, moi, catholique et croyante, malgré cela je vis comme une perte le départ d’un proche. J’ai perdu mon frère il y a 6 ans. Les circonstances ont fait qu’on ne l’a pas veillé. J’ai assisté à la mise en bière avec ma mère et c’est l’image de lui qui me revient spontanément quand je pense à lui, après il y en a d’autres, mais la première c’est celle-ci. Vraiment j’aurais préféré ne pas le voir sur le charriot mettallique avant sa toilette, ni dans son cercueil. Mais c’est ainsi. En revanche, comme il était protestant, il a eu des adieux multi confessionnels et je trouve cela très bien. Messe selon ses croyances, chapelet sur la tombe et prière musulmane avant la mise en terre.
    Néanmoins, je ne peux pas me dire raisonnablement qu’il est juste de partir à 33 ans comme mon frère ou à 35 comme mon amie, surtout en laissant derrière soi des enfants en bas âge. Il y a une injustice que je ne comprends pas, même si je suis bien obligée de l’admettre. Ca n’apaise, ni n’attise la peine. C’est ce que je ressens.
    Quant à mon amie, l’autopsie a eu lieu, tout le monde est rentré en France ce week-end et l’enterrement a eu lieu hier après-midi. J’ai fait et continue de faire tout ce que je pense utile pour sa famille. Nous sommes attentifs à son époux et à ses filles, car ce sont eux qui ont maintenant besoin de soutien.

  • Non, bien sûr. Je suis consciente que prendre la mort avec philosophie n’enlève pas la douleur. Je suis quand même tombée en dépression lors du décès de mon cousin. J’ai mis 5 ans à m’en remettre, et je sais aujourd’hui que j’élèverai mes enfants avec la peur au ventre.
    Tu dis que tu aurais préféré ne pas voir ton frère dans son cercueil. Tu verras avec le recul que cela aura été nécessaire dans ton processus de deuil. Par exemple, les deux amis que j’ai perdus très jeunes, je n’ai pas veillé leurs corps. Mon amie, parce que je m’estimais trop jeune à l’époque pour pouvoir supporter la vue d’un corps accidenté. Mon ami suicidé, parce que je travaillais à l’époque. Et encore aujourd’hui, 15 ans après la mort de mon amie, je n’ai toujours pas réalisé qu’elle était partie, car je n’ai pas vu son corps. Je ne sais même pas où elle est enterrée. J’en viens à rêver que je la retrouve… Je n’arriverai jamais à en faire le deuil.

  • Le processus est long en effet et on ne guérit vraiment jamais.
    Tu as peut-être raison sur l’acceptation, je ne sais pas. Mais cette image de lui figée, bleui, ce n’est pas lui et je préfère m’en souvenir comme il était, vivant et en mouvement. Mais bon, c’est comme ça et je fais avec! J’ai perdu d’autres proches et j’ai accepté leur départ sans les avoir vu dans cette posture.
    En revanche un oncle paternel qui ressemblait beaucoup à mon père, eh bien là encore je n’aurais pas dû, parce que j’ai eu l’impression de voir mon père et ça m’a bouleversée. Et j’y repense et ça ne me fait pas de bien… je vis avec, c’est tout ce que je peux dire.
    Toutes ces réactions sont très personnelles en fait.

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